L’histoire de Pape Thiaw, la vraie

Pape Thiaw, sélectionneur de l'équipe nationale du Sénégal.. AFP or licensors

ChroniquePape Thiaw, sélectionneur de l’équipe nationale du Sénégal, a réussi quelque chose que très peu d’entraîneurs peuvent revendiquer: pousser l’IFAB et la FIFA à modifier les Lois du Jeu.

Le 08/05/2026 à 10h46

«J’ai vécu une aventure exceptionnelle lors de ma première Coupe d’Afrique des Nations en tant que sélectionneur de l’équipe nationale du Sénégal. On dit souvent qu’il y a plusieurs histoires dans une grande Histoire. La mienne, j’ai décidé de vous la raconter». Ainsi parle Pape Thiaw, dans la bande-annonce de son documentaire intitulé L’Antre du Lion, attendu dimanche 17 mai sur la RTS.

Effectivement, il y a plusieurs histoires dans une grande Histoire. Mais il existe aussi des vérités qui dépassent les récits soigneusement montés, les musiques dramatiques et les plans serrés sur des regards perdus dans le vide.

Car au fond, quelle histoire peut réellement raconter Pape Thiaw à part celle d’un sélectionneur ordonnant à ses joueurs de quitter la pelouse lors d’une finale de Coupe d’Afrique des Nations?

Ce 18 janvier 2026 à Rabat, le football mondial a basculé dans quelque chose d’inédit. Une scène irréelle: des joueurs qui abandonnent le terrain en pleine finale, des supporters qui envahissent la pelouse, des officiels de la CAF dépassés et la rencontre la plus importante au niveau du football africain suspendue dans un climat de chaos total. Au centre de tout cela, un homme: Pape Thiaw.

Et il ne s’agissait pas d’une contestation et encore moins d’une simple colère. Le football connaît les protestations, les entraîneurs furieux, les bancs qui explosent après une décision arbitrale. Cela fait partie du décor. Mais quitter volontairement la pelouse en finale continentale, dans le but évident de faire pression sur l’arbitre et sur les instances, c’était autre chose: une ligne rouge franchie devant le monde entier. Et c’est précisément là que l’affaire devient historique.

Parce qu’au fond, Pape Thiaw a réussi quelque chose que très peu d’entraîneurs peuvent revendiquer: pousser l’International Football Association Board (IFAB) et la FIFA à modifier les Lois du Jeu. Oui, modifier les règles du football mondial.

Réunie à Vancouver le 28 avril dernier, l’IFAB, l’instance qui développe et fait évoluer les règles du jeu du football, a validé de nouveaux amendements permettant désormais d’exclure immédiatement tout joueur quittant volontairement le terrain en signe de protestation. Plus encore: une équipe responsable de l’arrêt définitif d’un match sera désormais déclarée forfait. En langage clair, le football mondial a regardé la finale Maroc-Sénégal… et s’est dit: «plus jamais ça». Voilà donc le véritable héritage de Pape Thiaw.

L’IFAB n’a pas seulement répondu à un incident, elle a gravé dans le marbre une peur nouvelle: celle de voir d’autres équipes utiliser la menace du retrait comme arme stratégique.

Car c’est bien cela qui a terrorisé les instances. Pas uniquement le chaos de cette finale Maroc-Sénégal. Mais l’idée qu’un précédent puisse naître. Qu’une sélection découvre qu’il est possible d’interrompre un match, créer une crise, faire monter la pression populaire et médiatique… puis revenir jouer comme si rien ne s’était passé.

Le football mondial ne pouvait pas laisser cette brèche ouverte. Alors il l’a fermée. Définitivement.

Au fond, l’IFAB aurait presque pu baptiser ces amendements «règlement Thiaw». L’expression aurait eu du sens. Après tout, combien d’hommes peuvent dire qu’ils ont, à eux seuls, provoqué une évolution immédiate des Lois du Jeu? Très peu. Thiaw l’a fait. Mais probablement pas de la manière dont il rêvait. Et c’est peut-être cela, la vraie histoire de «L’Antre du Lion».

Par Adil Azeroual
Le 08/05/2026 à 10h46