Le football marocain a toujours aimé les derbys. Les grandes affiches, les tifos, les chants, les tribunes pleines à craquer, cette tension particulière qui transforme une ville entière en terrain de débat pendant plusieurs jours. Le derby casablancais fait partie de cette culture populaire qui dépasse le simple cadre du sport. Mais encore faut-il savoir où s’arrête la passion et où commence la dérive.
Ce week-end, avant même le coup d’envoi du 140e Raja-Wydad, le spectacle avait déjà commencé. Pas sur la pelouse, mais sur les réseaux sociaux.
Les comptes officiels des deux clubs se sont livrés à une guerre numérique d’un niveau affligeant. Chambrage, provocations, sous-entendus insultants, vidéos déplacées… tout y est passé. Comme si les institutions elles-mêmes avaient décidé d’imiter les comportements les plus toxiques des réseaux sociaux au lieu de les combattre.
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Le summum a été atteint lorsqu’une vidéo publiée par le Wydad montrait une personne collant des autocollants «Casa Roja» sur les portes du complexe Oasis du Raja. Une scène puérile, inutile et surtout irresponsable dans un contexte où la tension autour des derbys atteint déjà des niveaux inquiétants.
La réponse n’a évidemment pas tardé. Des individus, vraisemblablement des supporters rajaouis, ont aspergé de peinture blanche les murs et l’entrée du complexe Benjelloun, allant jusqu’à masquer le logo du Wydad.
Et voilà comment deux institutions historiques, censées représenter le prestige du football marocain, se retrouvent indirectement mêlées à une escalade ridicule qui ne fait qu’alimenter la haine et la violence.
Le plus grave dans cette histoire, ce n’est même pas le contenu des publications. Le plus grave, c’est la normalisation de ce comportement. Comme si provoquer l’adversaire était devenu une stratégie de communication moderne. Comme si l’on pouvait jouer avec les nerfs des supporters sans conséquences.
Or, dans le football marocain actuel, chaque mot compte et chaque publication peut devenir une étincelle.
Les incidents récents lors du match AS FAR-Raja auraient pourtant dû servir de leçon. Des sièges arrachés au stade Moulay Abdellah, des équipements vandalisés, des scènes de chaos devenues presque habituelles. Et malgré cela, certains dirigeants continuent d’attiser les tensions au lieu de les apaiser.
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Il faut avoir le courage de le dire: ce type de communication est une autre forme de hooliganisme. Un hooliganisme en costume, derrière un écran, validé parfois par des responsables qui devraient pourtant montrer l’exemple.
Les directions du Raja et du Wydad auraient dû incarner la responsabilité et l’esprit sportif. Elles ont choisi la surenchère.
La commission de discipline de la FRMF ne peut pas fermer les yeux. Les sanctions ne doivent plus concerner uniquement les tribunes. Lorsqu’un club participe à un climat de tension, il doit également rendre des comptes.
Le football reste un espace de passion, de rivalité et d’émotions. Mais il ne doit jamais devenir un terrain de haine. Car avant d’être un business, une bataille de communication ou une guerre de communautés virtuelles, le football reste une fête populaire. Un moment où des familles devraient pouvoir aller au stade sans peur, sans tension et sans violence. Le rappeler aujourd’hui n’a rien d’exagéré. C’est devenu une urgence.
