Lamine Yamal: l’exemple et le contre-exemple

Lamine Yamal

ChroniqueLamine est le plus fort mais il n’est pas encore le meilleur. Cela viendra peut-être un jour. Il y a des conditions à remplir, il y a des pièges à éviter.

Le 20/04/2026 à 08h12

Rien que sur le quart de finale de C1, qui a récemment opposé Barcelone à l’Atlético Madrid (0-2, 2-1), Lamine Yamal nous a encore tiré les oreilles et ouvert les yeux pour nous rappeler qu’il était sans doute le plus beau joueur de notre époque. Le plus doué et le plus beau à voir jouer, avec ses dribbles chaloupés, ses accélérations de dingue, ses slaloms dans une forêt de jambes, ses frappes aussi soudaines que précises, son art de la passe millimétrée dans des angles impossibles, sa hargne, sa vista, son exceptionnel volume de jeu… Et la liste est encore longue.

Lamine, c’est l’artiste dans son expression absolue. C’est peut-être le dernier romantique qui nous rappelle le football d’hier, celui de toujours, celui qui a fait rêver nos devanciers et qui a donné à ce sport sa dimension universelle. Quand il touche le ballon, quand il le caresse à peine, on sent immédiatement le foot de la rue, celui du derb, de la plage, du talent brut et de l’insouciance, celui du chambrage aussi (petits ponts, grands ponts, cette manière presque insolente de ridiculiser son vis-à-vis). Voilà le meilleur de Lamine.

Mais attention: il ne joue pas que pour le plaisir esthétique. Le joyau du Barça appartient pleinement à son époque. Il veut gagner, empiler les trophées individuels et collectifs, marquer l’histoire. À 18 ans à peine, il est déjà dans l’urgence. Pressé de tout prendre, de tout conquérir. Trop pressé? C’est là que le récit se fissure. C’est là que surgit le contre-exemple, le revers de la médaille, cet autre Lamine, celui qui agace autant qu’il fascine.

Face à l’Atlético, il en a trop fait. Trop de gestes inutiles, trop de ballons gardés, trop d’énervement. Et en dehors du terrain, le même excès: déclarations intempestives, posture de star déjà installée. Ce n’est plus de la confiance, c’est de l’excès de zèle. L’extrême jeunesse du garçon y est pour quelque chose mais elle n’explique pas tout. La perle est encore brute et doit se polir. Lamine est le plus fort mais il n’est pas encore le meilleur. Cela viendra peut-être un jour. Il y a des conditions à remplir, il y a des pièges à éviter. Les très grands ont toujours su doser. Ils parlaient peu, ou alors ils parlaient juste. Ils laissaient le jeu faire le bruit à leur place.

Le football de très haut niveau ne récompense pas celui qui en fait le plus, mais celui qui choisit le bon geste au bon moment. Le mélange entre talent et facilité peut devenir un piège. À vouloir tout faire, on finit par mal faire. À vouloir humilier l’adversaire, on oublie de construire. À vouloir exister seul, on fragilise le collectif.

C’est précisément là que se joue l’avenir de ce joueur déjà extraordinaire. Non pas dans sa capacité à éliminer trois ou quatre défenseurs, mais dans sa capacité à renoncer, à simplifier, à comprendre que la maîtrise est supérieure à la démonstration. Le football n’est pas un concours de virtuosité, c’est un art de la décision.

Lamine Yamal est donc à la fois un exemple et un contre-exemple. L’exemple d’un talent pur, presque miraculeux, qui reconnecte le football à son essence populaire. Et le contre-exemple d’une génération pressée, exposée trop tôt, qui confond vitesse et précipitation.

Par Footix marocain
Le 20/04/2026 à 08h12