Wydad: les causes d’un déclin devenu inquiétant

Le Wydad de Casablanca

Entre choix sportifs incohérents, instabilité chronique et perte d’identité, le Wydad de Casablanca traverse une saison inquiétante. Derrière un début prometteur, les Rouge et Blanc se sont progressivement enlisés, exposant les limites d’un projet mal maîtrisé et d’une gestion qui interroge à tous les niveaux.

Le 14/04/2026 à 08h26

Il semble bien loin, le temps où le Wydad de Casablanca marchait sur la Botola et imposait sa loi sur le continent africain. Pendant près d’une décennie, le club rouge et blanc a incarné l’excellence: cinq titres de champion du Maroc (2014/15, 2016/17, 2018/19, 2020/21 et 2021/22), deux Ligues des champions (2017, 2022) et une Supercoupe de la CAF en 2017. Une domination nette, presque naturelle. Puis tout a basculé.

L’arrestation de Said Naciri, dans l’affaire dite de «l’Escobar du Sahara», a marqué une rupture profonde. Le Wydad a perdu bien plus qu’un président: une stabilité, une continuité, un équilibre.

Le départ de Walid Regragui a accentué cette cassure. Artisan du doublé Botola–Ligue des champions en 2022, il avait façonné une équipe avec une identité claire. Depuis son départ, treize entraîneurs se sont succédé sur le banc. Treize tentatives, sans jamais retrouver une véritable ligne directrice.

Le mirage Aït Menna

La saison 2025-2026 devait être celle de la renaissance. Sur le papier, tout y ressemblait: participation à la Coupe du monde des clubs, rentrée financière importante, nouveau projet porté par Hicham Aït Menna. Mais très vite, la réalité a repris ses droits.

Dès le Mondial des clubs, les premiers signaux d’alerte sont apparus. Au lieu de construire sur le long terme, la direction a privilégié des choix immédiats, parfois incohérents. Des recrutements ponctuels, sans vision globale. L’exemple d’Omar El Soumah, utilisé sur deux matchs seulement, symbolise cette gestion à courte vue.

Sous Aït Menna, la gestion sportive est aujourd’hui fortement contestée. Vingt-trois recrues en une seule saison, deux entraîneurs, aucune stabilité. Le Wydad s’est transformé en chantier permanent, incapable de dégager un onze type ou une cohésion collective.

Certaines décisions ont fragilisé encore davantage l’équilibre du groupe. Les départs de joueurs clés comme Thembinkosi Lorch et Aziz Ki, en plein mercato hivernal, illustrent une gestion déconnectée des besoins sportifs.

Un mercato «trompe-l’œil»

Dans le même temps, le recrutement de joueurs expérimentés mais en fin de cycle (Nordin Amrabat, Wissam Ben Yedder, Hakim Ziyech) renforce l’impression d’un projet tourné vers l’image plutôt que vers la performance. Le Wydad regarde dans le rétroviseur au lieu de construire l’avenir.

Les choix sur le marché sud-américain, avec les arrivées des Boliviens Ramiro Vaca et Moises Paniagua, confirment cette absence de ligne directrice. Si Vaca montre quelques signes d’adaptation, Paniagua, lui, peine à exister, preuve d’un recrutement peu adapté aux réalités de la Botola.

Autre interrogation majeure: le rôle d’Adil Hermach. Officiellement conseiller sportif, il est impliqué dans certaines décisions, sans que son influence réelle ne soit clairement définie. Une zone floue de plus dans une organisation déjà brouillonne.

Sur le terrain, les conséquences sont visibles. Le Wydad a perdu son identité. Ce club qui s’appuyait sur un jeu direct, structuré et intense, propose aujourd’hui une copie sans relief. Une équipe sans repères, incapable d’imposer son rythme.

Y a-t-il un pilote dans l’avion?

Le contraste est frappant avec les années où des leaders comme Brahim Nekkach, Salaheddine Saidi ou Yahya Jabrane incarnaient l’âme du vestiaire. Aujourd’hui, ce leadership a disparu.

La saison elle-même confirme cette régression. Le Wydad a laissé filer un premier titre et s’est arrêté dès les quarts de finale de la Coupe de la CAF. Un échec qui reflète les limites actuelles du club.

Sur le terrain, un autre problème saute aux yeux: l’absence de patron. Hakim Ziyech devait incarner ce rôle. Mais entre blessures et irrégularité, il n’a jamais réussi à s’imposer comme le leader attendu. Sans guide, l’équipe avance sans direction.

Défense d’en rire

Derrière, la défense symbolise ce malaise. Loin de sa solidité d’antan, elle accumule les erreurs. El Wafi et Moussadaq apparaissent trop justes, tandis qu’Aboulfath est loin de son meilleur niveau. Une arrière-garde fébrile, incapable de sécuriser les résultats.

Ce Wydad version 2025-2026 donne l’image d’un club en roue libre. Un laboratoire d’expérimentations, sans cohérence ni vision claire.

Depuis l’arrestation de Said Naciri, le club n’a jamais retrouvé son équilibre. Et sous la présidence de Hicham Aït Menna, la crise semble s’installer durablement. Car aujourd’hui, le Wydad ne ressemble plus à un géant en reconstruction. Il ressemble à un club qui cherche encore sa direction.

Par Omar Nabile
Le 14/04/2026 à 08h26