CAN U17: Chronique d’une dérive préméditée

ChroniqueIl y a des défaites qui vous grandissent le cœur, qui forgent le caractère et qui restent gravées comme des leçons de vie. Et il y a des victoires qui vous rapetissent l’âme, qui révèlent une petitesse intérieure et qui laissent un arrière-goût de soufre longtemps après le coup de sifflet final. Jeudi soir, au stade Moulay Hassan de Rabat, le Sénégal a éliminé le Maroc aux tirs au but (1-1, 7-6 tab).

Le 29/05/2026 à 17h27

Sportivement, il faut être honnête: les Lionceaux ont été opportunistes avec le but précoce de Mouhamed Wagner, résilients face à la pression marocaine et impressionnants de sang-froid dans l’épreuve des pénos, portés par les parades décisives de leur gardien Assane Sarr. Une qualification méritée sur le plan du jeu et du mental. Mais sur le terrain de la dignité, du fair-play et du respect élémentaire du spectacle sportif, ce fut une descente aux enfers préméditée, une exhibition de médiocrité morale qui laisse les vrais amoureux du ballon rond pantois, écœurés, presque trahis par un spectacle qui aurait pu être beau et qui s’est transformé en vaudeville de bas étage.

La joie ou le cirque?

On peut parfaitement comprendre l’émotion brute, la sueur, l’adrénaline qui bouillonne chez des adolescents de 16-17 ans qui viennent de vivre un ascenseur émotionnel d’une rare intensité: domination marocaine en seconde période, penalty salvateur dans les arrêts de jeu, puis le suspense insoutenable des tirs au but. La qualification pour la finale contre la Tanzanie justifiait une explosion de joie collective.

Mais entre la célébration légitime et le cirque ambulant de mauvaise qualité, il existe une frontière que la raison, la classe et l’éducation ne sauraient ignorer sans se discréditer. Certains joueurs sénégalais ont passé leur soirée à confondre la pelouse sacrée du Moulay Hassan avec une scène de provocation gratuite et pathétique. Chutes théâtrales à répétition dès le moindre contact, simulations outrancières dignes d’un remake indigeste du Malade imaginaire de Molière – version série B, sans panache, sans timing comique, juste du grotesque pur. On gesticulait face au public marocain, on provoquait, on transformait une victoire arrachée en parade vulgaire.

Avec l’élégance d’un éléphant dans un magasin de porcelaine, ils ont piétiné l’esprit du jeu. Au lieu de savourer cette qualification avec la gravité noble de ceux qui ont frôlé le précipice, ils ont préféré l’outrance et le mépris. On croirait relire une fable de La Fontaine revisitée: ces «petits» acteurs, en voulant se donner des airs de conquérants par l’excès et la provocation, n’ont fait qu’exposer cruellement leur propre petitesse. Ce n’est plus de l’émotion sportive, c’est du théâtre de l’absurde à la Samuel Beckett: des «pantins» qui s’agitent frénétiquement dans un vide de sens, attendant une gloire qui se dérobe à mesure qu’ils s’enlisent dans l’indécence et la vulgarité gratuite.

Le flashback: L’ADN du «Sénégalisme» ou la culture de l’excuse

Ce naufrage moral n’est pas un accident isolé ni le simple fruit de l’adrénaline d’un soir. Il faut replonger dans les racines profondes de ce que l’on pourrait appeler le «sénégalisme» ambiant: cette conviction arrogante, presque culturelle, que les règles, le fair-play et l’éthique sportive sont des options réservées aux faibles, aux naïfs ou aux autres nations.

Ce qui s’est joué jeudi soir est le résultat direct d’un terreau toxique cultivé depuis plusieurs mois. Rappelons la finale de la CAN 2025, où le sélectionneur Pape Thiaw ordonnait froidement à ses troupes de quitter la pelouse en signe de protestation théâtrale. Ce n’était pas un caprice technique isolé: c’était la première pierre d’un édifice pourri. Le message envoyé à toute une génération était limpide et dangereux: l’autorité est une option, le règlement un détail encombrant, la contestation systématique une vertu cardinale. On leur a appris à être des victimes professionnelles, des contestataires impunis, des provocateurs en puissance. Ce jeudi 28 mai, au stade Moulay Hassan, on ne récolte que ce que les instances africaines ont laissé semer par lâcheté: une équipe talentueuse mais formatée pour le chaos plutôt que pour la grandeur durable.

Le silence des «adultes»: la couardise de l’encadrement

Le plus triste et le plus grave, ce n’est pas le dérapage d’un gamin de 17 ans submergé par l’adrénaline. La jeunesse s’égare, manque parfois cruellement de jugeote, c’est dans l’ordre des choses. Le véritable scandale réside dans l’absence totale de cadre, de repères et d’autorité adulte.

Où étaient les techniciens? Où était le staff technique censé incarner la maturité? Silence radio assourdissant. Pire, certains ont activement allumé la mèche. On a vu des scènes lunaires et indignes: un membre du banc sénégalais se muant en boutefeu, provocant ouvertement le public marocain. Lorsqu’un cadre orchestre le dérapage au lieu de le contenir, il ne commet pas une simple faute professionnelle: il valide la bassesse, il la légitime, il l’institutionnalise au sein du groupe.

À l’image d’un personnage de Molière aveuglé par son propre orgueil – un mélange de Tartuffe et de Monsieur Jourdain sur gazon –, ce staff semble ignorer qu’en football comme dans la vie, le ridicule finit toujours par rattraper celui qui le provoque, avec une régularité d’horloge suisse et une cruauté impitoyable.

L’impartialité, cette juge qui ne pardonne pas

Certains, par réflexe tribal pavlovien, s’abriteront derrière le paravent facile du «biais marocain». Mais quand Osasu Obayiuwana, analyste continental respecté et loin d’être un ami inconditionnel du Maroc, s’insurge publiquement en qualifiant ces provocations de «TOTALEMENT INACCEPTABLES», il ne parle pas en partisan. Il parle en gardien intransigeant de l’éthique sportive. Il l’a d’ailleurs répété sans ambiguïté: «Quand le Maroc dérape, je le dis. Quand le Sénégal fait la même chose, je le dis aussi. Pas de sentiments. Simple comme ça».

Cette impartialité rend la condamnation encore plus accablante et irréfutable. Elle n’est pas le fruit d’une animosité nationale, mais la conclusion logique et froide d’observateurs lucides qui constatent, impuissants, l’effondrement moral d’une équipe par ailleurs techniquement douée.

L’heure du choix pour la CAF: autruche ou lion?

Mais que fera désormais l’instance présidée par «My Brother»? Adoptera-t-elle, une fois de plus, la politique de l’autruche qui semble être devenue sa marque de fabrique depuis trop longtemps? Ou fera-t-elle enfin preuve du courage, de l’audace et de la fermeté nécessaires pour purger ces écuries d’Augias du football africain?

Le silence est une réponse en soi, et dans le cas présent, il est le complice le plus actif et le plus pernicieux du déclin. À force de temporiser devant l’indécence répétée, on finit par se rendre coupable de la déchéance que l’on feint de ne pas voir. Cette posture rappelle cruellement celle de certains dirigeants déconnectés des réalités du terrain, observant leur entreprise sombrer dans le chaos tout en poursuivant, imperturbables, des discussions futiles autour de la qualité de leur cigare. Pendant que l’édifice se consume, ils s’accrochent aux apparences, prisonniers d’un confort qui les empêche de mesurer l’ampleur du désastre.

La sanction: le réveil brutal

La récréation touche à sa fin. Le journaliste continental Micky Jnr a été catégorique et sans appel: «Ce comportement de la part du staff technique du Sénégal est honteux et totalement inacceptable. C’est une insulte au football. La CAF doit intervenir immédiatement et prendre des mesures disciplinaires sévères contre eux. Ils ne peuvent pas continuer à agir comme des voyous et s’attendre à ce que les instances dirigeantes ferment les yeux. La honte sur vous!»

La balle est désormais dans le camp de la CAF. La procédure disciplinaire n’est plus une option, c’est une nécessité impérieuse si l’on veut sauver ce qui reste de crédibilité au football des jeunes catégories. À force de valider l’indécence par le silence complice, la Fédération Sénégalaise a laissé s’installer une culture toxique qui ronge de l’intérieur le talent réel de cette génération prometteuse. Ils jouent bien, ils ont du potentiel, certes. Mais ils jouent pour une équipe qui a oublié comment se tenir en société, comment gagner avec classe et comment perdre avec dignité.

Tant que les adultes confondront arrogance et force, ce sont ces gamins qui paieront l’addition salée, traînant sur leurs épaules le poids d’une image dégradée dont ils ne sont, au fond, que les tristes exécutants.

Le sage se demande ce qu’il a fait pour mériter le désordre, tandis que l’ignorant cherche des coupables à sa propre turpitude. En refusant de sanctionner avec fermeté, nos instances préfèrent l’illusion confortable à la vertu exigeante, oubliant que l’autorité sans dignité n’est qu’un vain bruit dans le vent de l’histoire.

Par Amine Birouk
Le 29/05/2026 à 17h27