Le Brésil n’a plus tout à fait le même visage. Depuis l’arrivée de Carlo Ancelotti à la tête de la Seleção en mai 2025, l’équipe brésilienne s’est transformée. Moins brouillonne, moins dépendante du talent individuel, elle affiche désormais un football beaucoup plus structuré, discipliné et vertical. Une évolution qui change profondément la nature du défi qui attend les Lions de l’Atlas lors du Mondial 2026.
Face au Maroc de Mohamed Ouahbi, ce Brésil version Ancelotti arrivera avec une idée très claire: contrôler le rythme, monopoliser le ballon quand il le faut, puis accélérer grâce à la vitesse de ses ailiers. Une équipe moins romantique que certaines générations passées, mais probablement plus équilibrée et plus difficile à désorganiser.
La première grande révolution concerne l’organisation collective. Longtemps accusée de vivre uniquement sur les exploits de ses stars, la Seleção défend aujourd’hui de manière beaucoup plus compacte. Carlo Ancelotti a importé plusieurs principes qui ont fait son succès au Real Madrid: bloc médian, gestion des temps faibles, transitions rapides et utilisation intelligente des couloirs.
Le Brésil évolue principalement dans un 4-2-3-1 modulable en 4-3-3 selon les phases du match. Casemiro reste la pièce centrale devant la défense. Son rôle est essentiel pour protéger l’axe, casser les transitions adverses et permettre aux joueurs offensifs de prendre davantage de liberté. À ses côtés, Bruno Guimarães, Fabinho ou Danilo Santos assurent le pressing, la récupération et la première relance.
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Plus haut, Lucas Paquetá (ou Neymar qui retrouve la sélection après des mois d’absence) occupe souvent un rôle libre entre les lignes. Ils décrochent pour orienter le jeu et créer des espaces pour les appels des ailiers. Devant, Vinícius Jr, Raphinha et Endrick représentent la principale arme offensive de cette équipe.
La vitesse comme arme fatale
Quand Vinícius reçoit le ballon lancé côté gauche, le Brésil devient immédiatement dangereux. Sa vitesse oblige souvent l’adversaire à défendre à deux sur lui, ce qui ouvre des espaces dans l’axe pour Endrick, Cunha ou les milieux qui se projettent.
Mais la vraie force du Brésil d’Ancelotti réside surtout dans les transitions. Contrairement à certaines idées reçues, la Seleção ne cherche pas forcément à presser haut en permanence. L’équipe préfère souvent attendre dans un bloc médian avant d’accélérer brutalement après récupération. Une interception de Casemiro, une passe verticale rapide, puis immédiatement Vinícius ou Raphinha lancés dans la profondeur. Trois ou quatre passes suffisent parfois pour traverser le terrain.
Le Brésil est devenu beaucoup plus direct. Les statistiques montrent d’ailleurs une baisse du temps de possession et du nombre de passes clés par match. Ce n’est plus une équipe qui cherche systématiquement à étouffer l’adversaire avec le ballon. Elle veut surtout frapper vite et fort.
Neymar Junior (Santos)
Les latéraux jouent également un rôle majeur dans ce système. Ils montent constamment pour donner de la largeur, pendant que les ailiers repiquent vers l’intérieur. Toute la circulation de balle peut parfois être construite dans un seul objectif: isoler Vinícius en un contre un.
Pourquoi le pressing sur Casemiro sera capital
Techniquement, cette Seleção reste évidemment redoutable. Vinícius Jr demeure l’arme numéro un grâce à sa capacité d’élimination et sa vitesse. Raphinha apporte percussion et qualité sur coups de pied arrêtés. Neymar, malgré les blessures, conserve une qualité de passe exceptionnelle. Derrière, Alisson et Ederson (gardiens) permettent aussi au Brésil de casser le pressing adverse grâce à leurs longues relances.
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Mais malgré toutes ses qualités, cette équipe possède plusieurs failles que le Maroc peut exploiter. La première concerne les espaces laissés dans le dos des latéraux. Comme Ancelotti demande énormément de projection sur les côtés, les transitions rapides peuvent faire très mal au Brésil. Le Japon (3-2 en octobre dernier) ou l’Équateur (0-0 lors des éliminatoires) ont montré que cette Seleção souffre lorsque l’adversaire attaque vite après récupération.
Autre faiblesse: quand Casemiro est pressé agressivement, la première relance devient beaucoup moins fluide. Le Brésil peut alors ralentir son jeu et devenir plus stérile dans les petits espaces. Lorsque l’axe est fermé et que Vinícius ne peut pas partir lancé, l’équipe dépend parfois trop des exploits individuels.
Le pressing brésilien n’est pas non plus constant. L’intensité baisse souvent après l’heure de jeu, ce qui crée des espaces entre les lignes. Défensivement, certains centraux comme Marquinhos n’aiment pas défendre très loin de leur surface.
Hakimi et les transitions marocaines, clés du match
C’est précisément là que le Maroc peut trouver des solutions. Mohamed Ouahbi devra avant tout fermer les couloirs et empêcher Vinícius de se retrouver trop souvent en un contre un. L’idée d’un système à trois défenseurs centraux pourrait devenir intéressante pour libérer Achraf Hakimi dans un rôle de piston droit tout en conservant une couverture défensive suffisante.
Hakimi pourrait justement devenir une arme capitale dans le dos du latéral gauche brésilien. Si le Maroc réussit à obliger Vinícius à défendre plus bas, cela réduira considérablement l’impact offensif du Madrilène. À gauche, Mazraoui ou un profil plus hybride pourraient également profiter des espaces laissés par les montées brésiliennes.
Le pressing marocain devra surtout être intelligent. Pas question d’aller presser constamment sous peine d’ouvrir des espaces énormes. L’objectif sera plutôt d’empêcher Casemiro, Bruno Guimarães ou Neymar de recevoir tranquillement entre les lignes.
Dès la récupération, les Lions devront ensuite jouer vite vers l’avant avant que le bloc brésilien ne se replace. Car le paradoxe de cette Seleção reste le même: elle adore attaquer, mais elle laisse parfois beaucoup d’espaces lorsqu’elle perd le ballon.
Sous Carlo Ancelotti, le Brésil ressemble désormais davantage à une machine froide qu’à une équipe portée uniquement par l’inspiration. Une équipe organisée pour gagner avant tout. Mais le Maroc possède aujourd’hui suffisamment de maturité tactique, de discipline collective et de qualités individuelles pour regarder cette Seleção droit dans les yeux.


























