Liste, préparation, joueurs blessés… ce qu’il faut retenir de l’entretien de Mohamed Ouahbi sur Arryadia

Mohamed Ouahbi, sélectionneur national

De sa philosophie de jeu pour le Mondial 2026 à la gestion des joueurs blessés, en passant par la future liste des 26, Mohamed Ouahbi s’est longuement confié ce vendredi 15 mai lors d’un entretien accordé à Arryadia. Pendant près d’une heure, le sélectionneur des Lions de l’Atlas est revenu sur les grands chantiers de sa sélection, les enseignements du dernier rassemblement, l’intégration des jeunes talents, mais aussi le programme de préparation à quelques semaines du coup d’envoi de la grand-messe mondiale, prévue aux États-Unis, au Canada et au Mexique à partir du 11 juin prochain.

Le 15/05/2026 à 23h28

Sur les amicaux contre l’Équateur et le Paraguay: «C’était un premier stage. C’était important, très important, de faire une revue d’effectif et de mettre des principes en place. Ce n’était pas évident, on n’avait pas beaucoup de temps, mais c’était positif. Il y a des choses à modifier. Ce qu’on a voulu montrer à ce stage, on l’a fait, notamment en termes de résultats. On a fait de bons résultats contre deux équipes aux styles différents. J’ai beaucoup apprécié. On voit qu’on a mieux géré le deuxième match, pas parce que l’équipe était moins agressive, mais parce qu’on a eu plus de temps pour travailler avec l’équipe. Ceux qui ont joué ont pu montrer des choses positives, et inversement. Je l’ai dit aux joueurs: “tout le monde aura sa chance”. Et j’ai senti un groupe qui avait envie de tourner la page de la CAN et de se projeter sur le Mondial. On a encore du travail. Les idées qu’on veut mettre en place, on a senti que les joueurs les avaient appliquées, et c’est important. Il faut aussi convaincre les joueurs que ce que vous mettez en place va être efficace. Le plan de jeu était très intéressant. Des joueurs ont montré qu’ils étaient présents et pouvaient même rivaliser pour être titulaires. Quand vous mettez quelque chose en place, vous avez besoin de temps. Des matches comme le Paraguay servent à juger, à se remettre en dynamique… Il faut du temps, mais là, on ne l’a pas. Donc ce qu’on fait, c’est aller à l’essentiel. On va prendre ce qui va nous servir pour être performants à la Coupe du monde».

Sur sa philosophie de jeu: «Ce qu’il faut savoir, c’est que mon identité et ma philosophie dépendent beaucoup des joueurs. Bien sûr, on sélectionne les joueurs performants, mais on doit aussi pouvoir s’adapter à leur profil. Les joueurs qui ont travaillé avec moi savent que je ne suis pas quelqu’un qui a une vision de jeu figée. J’essaie d’avoir des styles hybrides. Lors des deux matches qu’on a joués, on avait la possession. Il y aura aussi des matches où on l’aura moins».

Sur l’intégration des U20 et des jeunes joueurs: «Les joueurs U20 qui ont joué se sont bien intégrés. Ce n’est pas une question de qui a joué ou pas, ils ont tous apporté quelque chose. Ce qui était important, c’était de les intégrer dans les bonnes conditions. Les intégrer avec des cadres. Gessime avec Hakimi, El Mourabet avec El Aynaoui et Halhal à côté de Diop, ça les a aussi mis en confiance. Et c’est important, mon but, c’est de construire quelque chose. Il faut aller étape par étape. J’ai toujours dit qu’un jeune ou un moins jeune, pour moi, ça ne fait pas beaucoup de différence. Celui qui sera performant pour le Mondial sera appelé».

Sur un XI déjà fixé: «Tactiquement, il y a beaucoup de travail. On a eu peu de séances d’entraînement. J’ai beaucoup de choses que je veux faire, mais il n’y a pas le temps. Les gens pensent que j’ai déjà un XI en tête, mais je n’ai pas de onze fixe. Ce sera celui qui sera le plus performant».

Sur les axes de travail: «La structure, c’est sûr que c’est important. C’est le principe de base: comment va-t-on défendre quand on sera dans les 30-40 derniers mètres? En bloc moyen? En bloc haut? C’est ce qu’on va essayer de travailler. Une fois qu’on a ça, les joueurs feront vivre le système mis en place. Je crois que c’est important d’avoir une structure mais aussi de faire confiance aux joueurs. Ce qui me fait le plus plaisir, c’est de voir mon équipe maîtriser son sujet, savoir ce qu’elle doit faire et jouer en confiance. Et quand elle sera en difficulté, parce qu’on le sera, c’est sûr, c’est une Coupe du monde, que l’équipe ne panique pas. Si j’arrive avec le staff à mettre ça en place, on aura coché un gros objectif».

Sur les blessés et leur présence pour le Mondial: « Il y a des petites blessures. On ne peut pas dire aujourd’hui qu’il y a des joueurs out pour le Mondial. Tout le monde est récupérable. Bien sûr, il y a un travail derrière et du calme à garder, mais il n’y a pas de gros problèmes. Tous ceux qui sont blessés sont récupérables».

Sur Achraf Hakimi: «Il a largement le temps de revenir. Il va être prêt normalement pour la finale de la Ligue des champions avec le PSG. Il sera sûrement de retour avant. Il faut juste espérer qu’il ne revienne pas trop vite. (...) Quand je le vois jouer contre le Bayern, l’intensité qu’il met, les courses, les replis et la manière dont il prend soin de lui… Ce sont vraiment des athlètes. On a des joueurs qui jouent au plus haut niveau et ça nous aide pour les objectifs fixés ici au Maroc».

Sur Nayef Aguerd: «Nayef, c’est plus compliqué. C’est quelqu’un qui a beaucoup forcé pour être prêt à la CAN. Il a beaucoup souffert aussi pendant. Il a parfois été attaqué, mais il a beaucoup donné de sa santé pour être prêt et jouer cette CAN. Il a eu aussi des conditions difficiles au retour avec Marseille. Il a beaucoup insisté. Il s’est fait opérer et malheureusement, il a abîmé d’autres choses. Il lui faut beaucoup de repos. Mais il se sent mieux. Dès qu’il sera rétabli et pourra rejouer, on verra. Mais je suis confiant parce que c’est quelqu’un de très professionnel. Il travaille tellement bien et fait attention à son corps qu’il n’a pas besoin de beaucoup pour revenir à sa forme».

Munir Mohamedi: «Il a joué un match, il en jouera d’autres entre-temps. Il s’est bien senti. C’est un garçon qui a prouvé qu’il était prêt mentalement, et c’est important. Il l’a montré au dernier Mondial en 2022 contre la Belgique alors qu’il revenait aussi de blessure à cette époque. Aujourd’hui, il a encore des matchs pour revenir. Il a bien travaillé, ça se voit. Ce sont des joueurs pros, il a fait ses entraînements».

Sur les critères de sélection: «La performance, mais aussi la performance avec nous. On ne se dit pas: “Il marque 81 buts donc il va venir”, ça dépend de où il joue, aussi. Que vous jouiez en Liga, en Botola, à Malte ou en Italie, c’est différent et il faut le reconnaître dans les choix. On regarde le profil et si ça va coller avec ce qu’on veut mettre en place, il sera appelé».

Sur une liste déjà définie: «On a fait la liste élargie des 55, mais on n’en prend que 26. Il y a encore des doutes, oui. C’est pour ça qu’on travaille sur le suivi des joueurs, parce que ce n’est pas facile. Une fois que la sélection sera faite, on ira de l’avant. On pourra la dévoiler le 26 mai… mais on peut aller jusqu’à la nuit du 1er juin».

Sur une présence de joueurs U20 dans la liste définitive: «C’est plus des joueurs U20. Ce sont des joueurs disponibles, performants, qui ont des qualités et qui sont sélectionnables avec les A. Parce que je ne réfléchis pas comme ça: “c’est un U20”, “c’est un champion du monde”… Dans les 55, il y a beaucoup de joueurs. Avant même que je sois sélectionneur, Gessime, Zabiri, Maamma étaient déjà dans les présélections. Ce n’est pas parce que je suis là qu’ils sont présélectionnés».

Sur la présence d’une surprise: «Statistiquement, c’est difficile. Il n’y a pas beaucoup de surprises dans les sélections. Mais il y a une possibilité, oui. Il y a des joueurs performants qui n’ont jamais été appelés. Mais sincèrement, s’ils sont dans les 55, c’est qu’ils peuvent être appelés».

Sur la présence de Botolistes: «Dans les 55, il y a des joueurs de Botola Pro. J’ai toujours regardé le joueur et ses performances».

Sur le programme de préparation: «Il y en a qui terminent le championnat le 17 mai. On va faire un premier stage avec un groupe de joueurs qui sont dans les présélections et qui seront disponibles à partir du 17. Ils seront en stage du 22 au 26, ce qui nous permettra de voir l’état de forme de certains joueurs, les voir à l’œuvre, avec un match d’entraînement à huis clos, le 26 mai contre le Burundi. C’est un match d’entraînement pour donner du rythme à certains et permettre à d’autres de montrer leur niveau. Le 26 au soir, on donnera la sélection des 26. On va couper deux jours pour l’Aïd. Ils n’auront pas beaucoup de jours pour couper, mais c’est important de faire ça. Il y a eu la CAN avant, c’était une année très éprouvante physiquement et mentalement. Et s’ils peuvent faire l’Aïd en famille… Le 29, on sera de retour, mais sans notre capitaine, qui sera occupé avec la finale de l’UEFA Champions League. Puis nous jouons le 2 juin à domicile contre Madagascar, le 3 juin nous partons aux États-Unis, puis nous jouons le 7 juin contre la Norvège dans le New Jersey».

Sur le choix du Madagascar et de la Norvège: « Il fallait un sparring-partner. Tout le monde n’est pas au même niveau physiquement, il faut mettre en place des tactiques et gérer les joueurs. Ce n’est pas mal, Madagascar commence à monter en Afrique. Mais en même temps, on n’a pas eu beaucoup de choix, on l’a trouvé assez tard. Beaucoup d’équipes avaient déjà prévu leurs matches en Europe ou aux États-Unis. La Norvège, c’est une équipe sur place, qui participe au Mondial et qui peut te poser des problèmes dans le jeu».

Sur le groupe du Maroc au Mondial: «C’est un bon groupe, il représente la Coupe du monde; des styles différents, des cultures différentes. Le Brésil, c’est un match de prestige. Tout le monde attend ce match. Pour tout le monde, c’est une fierté. Et l’Écosse, c’est une équipe qui met de l’énergie, de l’intensité, de la force sur les coups de pied arrêtés et les transitions. Haïti, c’est le petit poucet qui se découvre mais qui peut être une surprise. Ce qui est important, c’est qu’on ait la même ambition dans les trois matches. Quels sont les moyens qu’on va se donner pour gagner ? Il faut qu’on se donne les mêmes moyens, avec le même sérieux, la même confiance et la même humilité. Aborder les matches de la même manière pour gagner et terminer premiers du groupe, inchallah».

Le sélectionneur est aussi revenu sur son staff, les souvenirs de la Coupe du monde, avant de terminer sur un mot aux supporters marocain: « On est conscients que cette équipe doit vous rendre fiers. Je ne peux pas vous garantir de résultat, ça reste du foot. Mais je peux vous garantir qu’on a tout ce qu’il faut et qu’on fera tout pour que ça arrive».

Par La Rédaction
Le 15/05/2026 à 23h28