Souvenez-vous du Mondial du Qatar, en 2022, et du quart de finale Maroc-Portugal (1-0). Au moment où Youssef En-Nesyri s’élève très haut dans le ciel de Doha pour reprendre le centre de Yahia Attiat-Allah, les caméras du monde entier se tournent vers Cristiano Ronaldo, dépité. CR7 a fini ce match en larmes. Pas seulement parce qu’il venait de laisser filer une énième chance de devenir champion du monde, mais parce qu’il pensait sans doute avoir disputé son dernier Mondial. Il avait déjà 37 ans.
Quatre ans plus tard, on l’a pourtant retrouvé en Amérique, bon pied bon œil, prêt à tenter l’impossible: soulever la Coupe à 41 ans bien sonnés. L’histoire a bégayé, en pire. Le Portugal est tombé dès les huitièmes, face au voisin espagnol, sur un but encaissé dans le temps additionnel. Et l’on a bien vu, entre-temps, que Cristiano était devenu un poids pour son équipe, pour ne pas dire un handicap. Jouer seul en pointe à 41 ans, c’est une sacrée gageure. Au coup de sifflet final, en larmes encore, il a confirmé que c’était sa dernière Coupe du monde.
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On pensait que la suite irait de soi: la retraite internationale, voire la retraite tout court. Tout le monde le pensait, sauf Cristiano. Il est revenu en sélection en septembre. Puis, mercredi dernier à Copenhague, vexé d’avoir passé une demi-heure à s’échauffer sans entrer en jeu, il a quitté le rassemblement en jet privé, à la veille d’un match. Sortie de scène ou caprice de star? Avec lui, on ne sait jamais.
Car Cristiano est un cas à part. Avec 234 sélections et 146 buts, il détient les deux records mondiaux. Il court aujourd’hui après les mille buts en carrière, dont il n’est plus très loin. Et il y a l’argent, qu’on aurait tort d’oublier: son contrat avec Al-Nassr compte parmi les plus lucratifs de l’histoire du sport. Une légende, c’est aussi une marque. Et une marque n’aime pas prendre sa retraite.
Bien sûr, CR7 n’est pas seul au monde. Messi continue de «rouler» à 39 ans bien tassés, et il sort d’un Mondial extraordinaire sur le plan individuel. Modric, 41 ans, est toujours dans le coup. On ne parle pas de Vozinha, le gardien du Cap-Vert, 40 ans, qui est un cas un peu à part.
Au Maroc, où la Botola reste un championnat de «vieux», on peut compter sur Mohsine Metouali, 40 ans au compteur. Et comment oublier Roger Milla, qui a marqué en Coupe du monde à 42 ans, en 1994, et reste le plus vieux buteur de l’histoire de la compétition. Impossible, non plus, d’oublier l’époque bénie des entraineurs-joueurs qui continuaient de jouer jusqu’à pas d’âge…
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Pour revenir à CR7, même ses admirateurs savent combien il est agaçant, égocentré. Maradona avait dit un jour: «Celui-là, chaque fois qu’il marque un but, il vous vend un shampoing». Oui, mais c’est un immense champion. Son but, au fond, est de devenir le plus grand joueur de l’histoire. Certains en riront, mais pas lui. Il est dans son rêve, encore et toujours. Et il veut continuer. Il veut battre de nouveaux records.
Cette quête a quelque chose de fascinant et même de touchant, quand on y réfléchit. Au-delà de cette histoire de records, au-delà des enjeux d’argent, il y a un homme en face de lui-même et de la douloureuse et belle question du dépassement à soi. Le dernier tour de piste de CR7 nous offre, en définitive, l’image d’un homme qui a toujours faim, qui n’abdique jamais et qui continue de bosser dur, très dur… Il y a pire comme modèle!
