Dans une vie, il y a les récompenses qui saluent une performance, un titre, une saison. Et puis, il y a celles qui dépassent le simple palmarès. Des distinctions qui ne viennent pas seulement récompenser ce que l’on a accompli, mais qui inscrivent un nom dans l’histoire d’un sport. Le 182e à entrer dans le Hall of Fame du rugby appartient désormais à cette deuxième catégorie. Son nom: Abdelatif Benazzi.
«C’est quelque chose qui paraît inaccessible. Je connais la symbolique de ça, c’est très sélect. C’est le club fermé du monde du rugby (...) ça m’a pris aux tripes», confie-t-il à Le360 Sport. Plus de vingt ans après sa dernière mêlée, le natif d’Oujda est encore récompensé pour son empreinte immense dans la discipline, notamment en France.
Et pourtant, l’ancien joueur de deuxième et troisième ligne ne peut s’empêcher de «penser à mes origines» lorsqu’il évoque les débuts de sa carrière, ses premiers pas dans le rugby, dans la capitale de l’Oriental, où la discipline était encore très discrète: «Je suis né au milieu des palmiers, entouré de joueurs de football et d’athlétisme».
Benazzi, alors jeune adolescent, «timide, introverti», au gabarit imposant, «1,90 m pour 115 kg», a écouté son professeur de collège, qui l’a dirigé vers la discipline: «je me suis senti valorisé. Je ne le remercierai jamais assez de m’avoir donné une passion très tôt».
L’ancien rugbyman franco-marocain Abdelatif Benazzi pose lors d’une séance photo à Paris, le 4 novembre 2024.. AFP
Rapidement, Benazzi s’épanouie à Oujda, entouré de collègues partageant une même passion: «On était à part. Une famille, une vraie ambiance». Quelques déplacements en Europe plus tard, il se fait repérer: «J’ai été contacté par des clubs français». Le début d’une épopée qui le mènera vers une immense carrière, qui commence d’abord à Cahors à la fin des années 1980, puis au SU Agen, l’un des plus grands clubs de l’époque, où les titres s’enchaînent pour le joueur.
Convoqué en équipe de France, Benazzi honore sa première cape avec le XV de France en 1990 et dispute la Coupe du monde 1991. Lors de la tournée de l’équipe de France en Nouvelle-Zélande, le Oujdi participe à la double victoire historique des Français face aux All Blacks.
Puis vient la Coupe du monde 1995. En demi-finale face à l’Afrique du Sud, Benazzi pense offrir la victoire au XV de France en inscrivant un essai à deux minutes du terme. Mais celui-ci est refusé pour quelques centimètres. Un essai qui aurait pu envoyer les Bleus en finale, mais qui laisse finalement le Oujdi aux portes de son premier grand rendez-vous mondial.
Nommé capitaine l’année suivante, Benazzi conduit le XV de France vers le Grand Chelem dans le Tournoi des Cinq Nations en 1997, en remportant l’ensemble de leurs matchs. En 1998, une blessure vient freiner son élan, avant son retour l’année suivante pour la Coupe du monde 1999, où le Oujdi et les Bleus s’inclinent en finale face à l’Australie, terminant ainsi vice-champions du monde.

Benazzi se livre un dernier défi à Saracens, club anglais, pendant deux saisons (2001-2003), avant de raccrocher les crampons en 2003, à l’âge de 34 ans.
Décoré chevalier de la Légion d’honneur en 1999, puis commandeur de l’Ordre national du Mérite en 2008, Benazzi connaît une après-carrière toujours proche du ballon ovale. Un choix qu’il a voulu vouer à une discipline qu’il chérit tant, un sport qui, «peu importe d’où on vient, vous valorise».
Et par son empreinte en France et son amour de la discipline, Abdelatif Benazzi est nommé vice-président de la Fédération française de rugby en 2023, puis président du conseil des Six Nations en 2025, avant son intronisation dans le cercle respecté de ceux qui ont fait briller la discipline, au Hall of Fame.
Et si, en France, son impact n’est plus à prouver, au Maroc, Benazzi veille de près au rayonnement de la discipline: «Je suis en relation très étroite avec le président de la Fédération, les entraîneurs. Je veille sur les règles. Je crois à l’évolution de ce sport au Maroc et je vois la motivation des filles et des garçons».
Lire aussi : Exclu360: Abdelatif Benazzi reçu et décoré commandeur de l’ordre national du Mérite ce jeudi par Emmanuel Macron
Élevé récemment au grade de commandeur de l’Ordre national du Mérite par Emmanuel Macron à l’Élysée, Abdelatif Benazzi continue de recevoir les honneurs d’une carrière hors norme.
Mais au moment de regarder dans le rétroviseur, le Oujdi revient à ceux qui ont été là avant les titres, les sélections et les distinctions: «je rends hommage à ceux qui m’ont entouré au début. Beaucoup d’émotions: le lycée Omar, le lycée Wahda, les entraîneurs, les coéquipiers… Le rugby, c’est une famille. On veille sur les plus jeunes».





