Ce dimanche, j’ai couru un semi-marathon. Une simple sortie longue. 21 kilomètres… en 2 heures et 8 minutes. Rien d’extraordinaire. La routine d’un marathonien amateur: on part tranquillement, on trottine, on jette un œil à la montre, on négocie avec ses jambes… et on essaie simplement d’aller au bout.
Mais ce 26 avril 2026 n’était pas un jour comme les autres. Parce qu’au même moment, quelque part sur cette planète, un humain accomplissait quelque chose que l’humanité poursuivait depuis plus d’un siècle. Sabastian Sawe courait 42,195 kilomètres en moins de deux heures. Oui. Deux fois ma distance. Et plus vite que moi.
Pendant des décennies, scientifiques, entraîneurs et physiologistes répétaient la même chose : le marathon sous les deux heures représentait une frontière humaine. Un mur invisible. Presque mystique. Comme si la nature avait posé là une limite silencieuse: jusqu’ici… mais pas plus loin.
Et pourtant, l’histoire humaine est faite de ces moments où les murs tombent. Le mur du son. Le mile en moins de quatre minutes. Et aujourd’hui… le mur des deux heures.
Mais en pensant à ces barrières qui cèdent, je ne peux m’empêcher de ressentir une petite nostalgie. Parce que nous, Marocains, avons déjà connu un de ces moments suspendus.
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En 1987, un homme venu de Kénitra, Saïd Aouita, faisait vaciller une autre frontière mythique: celle des 13 minutes sur 5000 mètres. Ce jour-là, lui aussi avait rappelé au monde une vérité simple : les limites humaines sont souvent des croyances qui ont simplement duré trop longtemps.
Et aujourd’hui, une autre frontière vient de céder. 42 kilomètres. Moins de deux heures. Le chrono a cédé. Le mythe aussi.
Et moi, pendant ce temps-là… je terminais mon semi en 2h08. Mais au fond… ça me rassure.
Parce que si un humain peut courir un marathon en moins de deux heures… alors peut-être que toutes les limites que nous portons en nous ne sont que des mirages. Des murs imaginaires. Des frontières que nous croyons infranchissables… jusqu’au jour où quelqu’un décide simplement de courir assez vite pour les faire tomber.
Alors, ce soir, l’humanité vient de déplacer une limite. Et moi… eh bien moi, j’ai simplement déplacé la mienne. De quelques minutes. Mais après tout… dans l’histoire des grandes conquêtes humaines, il faut bien que quelqu’un commence modestement. Même en 2h08.
