Le football africain se pare souvent d’un voile de fraternité et d’hospitalité. Mais les faits, eux, racontent une autre histoire. Les mots crus de Youssef El Motie, gardien de l’Olympique de Safi, après la rencontre rocambolesque face à l’USM Alger en Coupe de la CAF, viennent percer cette bulle. Une voix rare dans un monde de silences codifiés, hypocrites.
Dans un milieu où la langue de bois règne en maître, El Motie a lâché une colère brute et lucide. Il dénonce des comportements hostiles, un accueil dégradé et une asymétrie flagrante dans le traitement des équipes. Son message est clair: le Maroc accueille avec faste, parfois, sinon souvent jusqu’à l’excès, mais ses clubs peinent à recevoir un minimum de respect à l’extérieur. Il parlait explicitement d’Algérie.Cette franchise rompt avec une tradition de retenue qui masque, depuis trop longtemps, des déséquilibres profonds du football continental.
«Nous n’avons rien appris de la CAN», lâche El Motie. Il s’adresse aux responsables marocains en fait en évoquant la Coupe d’Afrique des Nations 2025 au Maroc, censée marquer un jalon en matière de gouvernance, de sécurité et de respect mutuel. Pourtant, les incidents survenus, les arbitrages contestés, prouvent que lors de ces grands rendez-vous les principes et les valeurs restent lettres mortes.
La CAN n’est pas qu’un tournoi: c’est un laboratoire. Ces leçons se seraient-elles évaporées trop vite...
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Les propos du gardien de but de l’OCS posent la question en termes crus. S’agit-il d’hospitalité marocaine et de générosité ou simplement de naïveté?
Au cœur de cette critique acerbe: la posture du Maroc en général. Accueillir dignement est une force culturelle. Mais sans réciprocité, cela vire à la faiblesse stratégique. D’un côté, des réceptions chaleureuses, presque rituelles. De l’autre, des délégations marocaines entravées par des lenteurs administratives ou des pressions subtiles, des fois avec une hostilités à peine voilée. Cela est explicitement utilisé pour peser sur le moral des joueurs et partant sur le résultat.
Peut-on être aussi vil? Le fair-play peut-il être unilatéral?
Dans le sport comme en diplomatie, la réciprocité est reine. Sans elle, la générosité expose à la vulnérabilité. Les responsables marocains sont directement interpellés ici.A ce propos aussi la CAF est à la traîne avec des règles archaïques, une gouvernance hésitante et la politique de la sourde oreille. Les difficultés souvent rencontrées par les équipes dans les aéroports sont jugées être des formalités administratives alors que manifestement utilisées pour peser sur les résultats.
El Motie parle du comportement des dirigeants du football marocain mais vise aussi un autre aspect de la Confédération africaine de football (CAF), coupable de règles obsolètes comme la valorisation du but à l’extérieur. Au-delà du technique, c’est la modernisation globale qui coince. Comment rivaliser mondialement sans aligner les normes sur les standards FIFA? Ce retard reflète une gouvernance déconnectée du terrain, freinant l’ambition africaine.
La sortie d’El Motie appelle un changement de paradigme pouvant s’articuler autour de trois priorités:
- Réciprocité non négociable: Chaque club et sélection doit jouir des mêmes standards d’accueil, de sécurité et de respect.
- Réalisme marocain assumé: Fini l’exemplarité morale solitaire. Il faut défendre les intérêts avec fermeté.
- Réforme en profondeur de la CAF: Moderniser les règles, professionnaliser l’organisation, appliquer des sanctions dissuasives.
Il s’agit manifestement d’une sincérité qui force le débat venu de la bouche d’un acteur sur le terrain, soit le cœur même du métier.
Les mots d’El Motie tirent leur force de leur authenticité, ni diplomatiques, ni calculés. Ils traduisent un vécu brut. Dans un continent où le foot unit autant qu’il divise, ignorer ces signaux serait une faute grave. La CAF doit certes se saisir de la question pour rééquilibrer les pratiques mais le Maroc doit également comprendre l’enjeu avec pragmatisme.
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Le football africain est à un carrefour déterminant. Il y a manifestement une illusion d’unité au prix de frustrations graves alors que l’on doit tendre vers une maturité fondée sur la réciprocité et des règles claires imposables à tous et toutes circonstances.
La prise de parole d’El Motie pourrait bien en être le déclencheur de cette prise de conscience, à condition d’avoir le courage de l’entendre.
Depuis quelques temps déjà les équipes marocaines qui se déplacent notamment en Algérie subissent des comportements inacceptables dès leurs arrivées à l’aéroport et sur les terrains. Le drapeau marocain n’est jamais hissé, les joueurs et leur pays se font insulter... De petits jeunes ont même été agressés. La CAF n’a jamais agi. Ici à Safi c’est le public d’un club algérien qui sème le KO... Que va décider la CAF?
El Motie aura eu le courage de parler comme jamais personne avant lui. Bravo.
