Mondial 2026: Deux poids, deux mesures? L’équipe nationale du Sénégal oublie aux États-Unis ce qu’il dénonçait au Maroc

Lors de la CAN 2025 au Maroc, les responsables de la sélection sénégalaise n’avaient pas hésité à dénoncer avec virulence ce qu’ils considéraient comme des manquements organisationnels et sécuritaires autour de leur équipe. Pourtant, confrontés aujourd’hui à des situations comparables durant leur préparation au Mondial 2026 aux États-Unis, les mêmes acteurs observent un silence total. Un contraste qui nourrit les critiques et relance le débat sur une certaine mauvaise foi affichée à l’époque envers l’organisation marocaine.

Le 09/06/2026 à 14h45

À leur arrivée à San Antonio pour leur dernier match de préparation face à l’Arabie saoudite, les Lions de la Teranga ont vécu une mésaventure dont les images ont rapidement fait le tour des réseaux sociaux. Plusieurs heures d’attente sur le tarmac sous une chaleur étouffante, suivies d’un contrôle approfondi des autorités américaines. Quelques jours auparavant, un important bain de foule s’est formé autour du bus de l’équipe à l’occasion de la prière du vendredi.

Curieusement, aucun dirigeant, aucun membre du staff et aucun responsable de la Fédération sénégalaise de football n’a jugé utile de dénoncer publiquement ces incidents. Pas de communiqué, de déclaration ou de polémique.

Pourtant, les souvenirs de la CAN 2025 organisée au Maroc restent encore frais. À la veille de la finale face aux Lions de l’Atlas, le sélectionneur Pape Thiaw avait vivement critiqué ce qu’il considérait comme un manquement à la sécurité après qu’un groupe de supporters eut approché son équipe. Le ton était alors grave, alarmiste même, évoquant des joueurs «en danger» et une situation «anormale». Le contraste est saisissant.

Car les scènes observées aujourd’hui aux États-Unis ne sont pas fondamentalement différentes. Dans un cas comme dans l’autre, il s’agit d’une équipe nationale confrontée à une forte proximité avec ses supporters. La différence réside surtout dans la réaction.

«Il y a une belle organisation et il faut bien finir cette CAN. Ce qu’il s’est passé hier est anormal. Anormal! Une équipe comme le Sénégal qui descend, et on la laisse avec la foule comme ça? Mes joueurs étaient en danger! Avec des personnes mal intentionnées, par exemple, tout aurait pu se passer. Et ça, ça ne doit pas se produire, surtout entre deux pays frères», avait déclaré le sélectionneur sénégalais Pape Thiaw, la veille de la finale Maroc-Sénégal.

Au Maroc, l’incident avait été érigé en sujet majeur, alimentant une controverse qui avait éclipsé, pendant quelques heures, les nombreux témoignages saluant la qualité générale de l’organisation du tournoi. Aux États-Unis, les mêmes faits ou presque semblent désormais relever de la simple anecdote.

Cette différence d’appréciation laisse forcément place aux interrogations. Était-ce réellement la sécurité qui préoccupait les responsables sénégalais lors de la CAN 2025 ou s’agissait-il davantage d’un discours dicté par le contexte et la tension d’une finale continentale? Chacun se fera son opinion.

Une chose est sûre: la crédibilité d’un discours se mesure souvent à sa constance. Lorsqu’une situation est dénoncée avec vigueur dans un pays mais acceptée avec silence dans un autre, il devient difficile d’échapper à l’accusation de deux poids, deux mesures.

Et c’est précisément ce sentiment qui ressort aujourd’hui de cette comparaison entre les critiques adressées hier au Maroc et la discrétion observée actuellement aux États-Unis.

Par Anas Zabari
Le 09/06/2026 à 14h45