Botola Pro 2026-2027: après 81 jours d’attente, le championnat reprend (enfin) ses droits

Ballon de la Botola Pro Inwi

Après 81 jours d’attente, la Botola Pro reprend ses droits ce jeudi 24 septembre. Projet avorté d’un championnat à 20 clubs, mercato agité, changements sur les bancs et dans les directions, litiges et problèmes de stades: l’intersaison aura été particulièrement mouvementée. Désormais, place au terrain, avec un Maghreb de Fès appelé à défendre son titre face à des concurrents qui ont largement rebattu leurs cartes.

Le 24/09/2026 à 10h29

81 jours. C’est le temps qu’il aura fallu attendre pour revoir la Botola Pro reprendre ses droits. Ce jeudi 24 septembre, le championnat national ouvre une nouvelle saison après une longue coupure durant laquelle, paradoxalement, le football national n’a jamais vraiment été à l’arrêt. Entre le projet avorté d’un passage à 20 clubs, un mercato particulièrement animé, les changements d’entraîneurs et de dirigeants, les litiges financiers et les difficultés liées aux stades, l’été a été tout sauf tranquille.

Il est désormais temps de revenir au terrain. Et les questions ne manquent pas au moment d’ouvrir ce nouvel exercice. Le Maghreb de Fès peut-il conserver sa couronne? Le Wydad et le Raja, profondément remaniés, retrouveront-ils les premiers rôles? L’AS FAR et la RS Berkane pourront-elles mener de front championnat et Ligue des champions? Et que peuvent espérer les nouveaux venus dans une élite qu’ils vont découvrir, ou retrouver, avec des moyens et des ambitions très différents?

Avant même de parler football, la saison a pourtant commencé autour d’une table. Quelques semaines après la fin du dernier championnat, l’hypothèse d’un élargissement de la Botola à 20 clubs s’est invitée au centre des discussions. Défendue par plusieurs présidents et portée notamment par l’Union marocaine des footballeurs professionnels (UMFP), l’idée a suffisamment avancé pour être soumise aux clubs.

Le 17 août, lors d’une réunion de la Ligue nationale de football professionnel (LNFP) avec les dirigeants de Botola 1 et 2, 17 clubs se sont prononcés en faveur de la réforme, contre sept oppositions et trois abstentions. Sur le papier, les partisans de l’élargissement étaient largement majoritaires. Mais cela ne suffisait pas.

Une modification de cette ampleur devait recueillir l’unanimité avant d’être transmise au Comité directeur de la Fédération royale marocaine de football (FRMF). Le consensus n’étant pas au rendez-vous, le projet a été rangé dans les tiroirs. La Botola conservera donc son format, mettant fin à plusieurs semaines de spéculations.

Le MAS, champion mais en reconstruction

Sur le terrain, tous les regards se tourneront d’abord vers le Maghreb de Fès. Le champion en titre se présente pourtant au départ de cette nouvelle saison dans une situation assez inhabituelle pour un club qui vient de décrocher le trophée.

Le sacre n’a pas empêché plusieurs changements importants durant l’été. Le directeur sportif Omar El Kaddouri est parti, tout comme l’entraîneur espagnol Pablo Franco. Le MAS devra donc défendre son titre avec un nouveau staff et un groupe qui a lui aussi évolué durant le mercato.

Le défi sera d’autant plus important que les Fassis vont retrouver la compétition africaine après environ quatorze années d’absence. Une exposition supplémentaire, mais aussi un calendrier plus exigeant pour un club désormais attendu partout. La saison dernière, le MAS avançait avec le statut du prétendant. Cette fois, il sera l’équipe à battre.

Derrière lui, les candidats ne manquent pas. À Casablanca, le Wydad a pratiquement changé de décor. Après une saison compliquée, le club a connu une importante transition institutionnelle avec le départ de Hicham Aït Menna et l’arrivée d’Ibrahim El Assri à la présidence. Une nouvelle direction qui a rapidement été confrontée aux dossiers laissés sur la table.

Le plus urgent concernait les nombreux litiges qui empêchaient le club de recruter normalement. Pendant plusieurs semaines, le Wydad a dû avancer sur son mercato tout en travaillant à lever les sanctions qui pesaient sur lui. Les dossiers ont finalement été réglés et l’interdiction de recrutement levée avant le début de la saison, permettant la qualification des nouveaux venus.

Sportivement aussi, le changement est profond. Le Portugais Paulo Sérgio Brito a pris les commandes de l’équipe et plusieurs joueurs sont venus renforcer un effectif appelé à retrouver rapidement de la compétitivité. L’été wydadi aura également été marqué par le feuilleton Hakim Ziyech. Arrivé quelques mois plus tôt avec un immense retentissement, l’ancien de Chelsea a finalement quitté Casablanca pour rejoindre Botafogo.

Après des mois où l’actualité du Wydad s’est souvent écrite en dehors du rectangle vert, le club sera désormais jugé sur ses résultats.

Raja, nouveau banc et retour en Afrique

Chez le voisin, le chantier n’a pas été beaucoup moins important. Troisième du dernier championnat, le Raja a lui aussi décidé de repartir avec un nouveau projet sportif.

Nasreddine Nabi a quitté son poste et la direction a choisi l’Espagnol Paco Jémez pour conduire l’équipe. L’effectif a également connu plusieurs mouvements, entre arrivées, départs et joueurs libérés. Une transformation qui intervient au moment où les Verts retrouvent la scène continentale.

Le Raja disputera cette saison la Coupe de la CAF, avec tout ce que cela implique en matière de déplacements, de gestion physique et de profondeur d’effectif. Le championnat restera évidemment une priorité pour un club dont l’absence au sommet est difficilement compatible avec les attentes de son public.

Wydad et Raja abordent ainsi cette saison avec un point commun: tous deux ont beaucoup changé et doivent désormais transformer leurs mouvements estivaux en résultats.

L’AS FAR et Berkane sur deux fronts

L’AS FAR et la RS Berkane partent, elles aussi, avec de grandes ambitions. Les deux formations ont renforcé leurs effectifs durant l’été et devront surtout apprendre à jongler entre la course au titre et la Ligue des champions.

Chez les Militaires, le mercato a été actif avec plusieurs renforts destinés à étoffer un groupe qui sait que la régularité sera indispensable pour tenir sur plusieurs tableaux.

À Berkane, le changement le plus visible se trouve sur le banc. La RSB a confié son équipe à Bubista, ancien sélectionneur du Cap-Vert, après le parcours historique réalisé avec les Requins Bleus lors de la Coupe du monde 2026. Le technicien arrive dans un club qui a pris l’habitude de jouer les premiers rôles au Maroc comme en Afrique et où les exigences sont désormais installées.

Pour l’AS FAR comme pour Berkane, l’un des enjeux sera précisément de ne pas sacrifier le championnat aux ambitions continentales. Les déplacements africains, l’enchaînement des rencontres et la fatigue ont souvent coûté des points aux clubs engagés sur plusieurs fronts. La profondeur des effectifs sera donc rapidement mise à l’épreuve.

Trois promus et trois histoires différentes

La saison 2026-2027 apportera aussi son lot de nouveaux visages. Le Moghreb de Tétouan, l’Amal Tiznit et le Widad Sportive de Témara rejoignent l’élite avec des histoires et des réalités bien différentes.

Pour le MAT, il s’agit de retrouvailles. Le club tétouanais revient en première division après son passage à l’échelon inférieur, mais son retour parmi l’élite n’a pas été accompagné d’un été paisible. Plusieurs dossiers administratifs ont occupé les dirigeants, obligeant le club à mener de front la préparation sportive et la gestion de ses problèmes en coulisses.

L’Amal Tiznit, lui, entre dans l’inconnu. Le club du Souss s’apprête à vivre sa première saison au plus haut niveau du football marocain. Une accession historique qui s’accompagne déjà des contraintes propres à la Botola Pro. Son stade n’étant pas homologué pour recevoir les rencontres de l’élite, l’USAT devra évoluer loin de son public pour ses matchs à domicile.

Un handicap loin d’être anodin pour un promu qui aurait naturellement compté sur l’enthousiasme suscité par son accession pour faire de son terrain l’un de ses principaux atouts.

Le Widad Sportive de Témara va lui aussi découvrir un nouvel univers. Et le calendrier ne lui a accordé aucun round d’observation. Pour son entrée en matière, le promu se déplacera au Complexe Mohammed V afin d’y défier le Wydad de Casablanca. Difficile d’imaginer baptême plus spectaculaire.

Un mercato jusqu’au bout

Comme souvent, le marché des transferts aura occupé une grande partie de l’été. Mais cette fois, son épilogue a ajouté une nouvelle polémique à une intersaison déjà particulièrement chargée.

Alors que la période devait initialement prendre fin le 15 septembre, une prolongation jusqu’au 25 septembre a été annoncée par la LNFP. Problème: cette extension n’a pas été validée par la FIFA pour les transferts internationaux. Plusieurs clubs qui comptaient encore réaliser des opérations avec l’étranger ont ainsi été pris de court.

L’épisode a rappelé à quel point le mercato marocain ne se résume plus à la recherche de joueurs. Les clubs doivent désormais composer avec les règlements internationaux, les litiges devant la FIFA, les interdictions de recrutement, les délais de qualification et des exigences administratives de plus en plus importantes.

Pour plusieurs formations, l’été s’est donc joué autant dans les bureaux que sur les terrains d’entraînement.

Des stades, encore et toujours

L’autre sujet qui accompagnera inévitablement les premières semaines de compétition: celui des stades. Entre les enceintes en travaux, celles qui ne répondent pas aux critères d’homologation et les clubs contraints de recevoir loin de leurs villes, la question reste l’un des grands défis de l’organisation du championnat.

La situation de l’Amal Tiznit en est l’exemple le plus visible au moment de la reprise, mais elle rappelle une réalité devenue familière ces dernières saisons: pour certains clubs, jouer «à domicile» ne signifie plus nécessairement évoluer devant leur public.

Un paradoxe au moment où le football marocain investit massivement dans ses infrastructures et prépare les grandes échéances internationales à venir.

Enfin, le football

Voilà donc la Botola 2026-2027 prête à démarrer. Un champion qui doit apprendre à défendre son titre, des grands clubs en reconstruction, des prétendants engagés en Afrique, trois promus aux destins très différents et des effectifs largement remodelés.

Les inconnues sont nombreuses, peut-être davantage que lors des dernières saisons. Elles constituent aussi tout l’intérêt de ce nouvel exercice.

Car après 81 jours sans championnat, l’attente a été longue. Et si le football marocain n’a jamais cessé de faire parler de lui pendant l’été, il l’a trop souvent fait pour ce qui se passait loin des pelouses: réunions, votes, changements de dirigeants, litiges, règlements, interdictions de recrutement ou problèmes de stades.

À partir de ce jeudi 24 septembre, il faudra de nouveau parler de points, de buts, de classement et de résultats. Après un été passé dans les coulisses, la Botola peut enfin revenir là où elle est la plus attendue: sur le terrain.

Par Omar Nabile
Le 24/09/2026 à 10h29