Finale de la CAN: seule une sanction exemplaire du Sénégal peut éviter que l’on assassine une deuxième fois le football

Le sélectionneur du Sénégal, Pape Thiaw, ordonne à son équipe de quitter la pelouse après lors de la finale de la Coupe d’Afrique des Nations face au Maroc, au stade Moulay Abdellah, le 18 janvier 2026.. 2026 DeFodi Images

Ce qui s’est passé en finale de la Coupe d’Afrique des Nations n’est pas une polémique: c’est une alerte. Un retrait collectif, des minutes de confusion, des supporters déchaînés, des dégâts et des blessés. À ce niveau, une amende et des suspensions ne dissuadent personne. Une décision forte, oui. Si la FIFA et la CAF veulent éviter le remake de ce massacre du football, il faut retirer le trophée au Sénégal et le disqualifier du Mondial.

Le 21/01/2026 à 08h50

La finale Maroc-Sénégal devait être un sommet. Une vitrine pour l’Afrique. Une célébration du football continental dans un Maroc, hôte exceptionnel, qui a hissé le football africain aux meilleurs standards internationaux. Elle s’est transformée, en quelques minutes, en scènes d’une désolation inédite: retrait des coéquipiers de Sadio Mané, à l’instigation du coach du Sénégal, match interrompu pendant seize interminables minutes, tribunes en ébullition, spectateurs sénégalais, visiblement galvanisés par les déclarations de la veille de l’entraîneur de leur pays et le communiqué de leur fédération, qui ont envahi la pelouse, agressé les stadiers, vandalisé les équipements du stade… Le tout sous les yeux de Gianni Infantino, président de la FIFA, et de Patrice Motsepe, président de la CAF.

Walid Regragui a trouvé les mots justes au coup de sifflet final: «L’image qu’on a donnée de l’Afrique est honteuse». L’auteur de cette honte a un nom: l’équipe du Sénégal et son staff dirigeant. Parce qu’il ne s’agit plus d’un simple fait de match, ni d’une polémique d’après-finale. Les protagonistes du chaos de la finale de la CAN ont signé un précédent qui met en danger non seulement l’essence même du jeu, mais peut produire de futures mutineries si des sanctions dissuasives ne sont pas prises. Ces sanctions doivent éviter de banaliser l’inacceptable, de laisser croire qu’en Afrique, contester une décision arbitrale peut justifier le retrait, la pression, la violence, puis la négociation, comme si l’on pouvait tailler sur mesure les règles du football.

Le sélectionneur sénégalais, Pape Thiaw, a choisi l’escalade. Il a appelé ses joueurs à se retirer, au motif d’un arbitrage contesté: un but annulé, et surtout un penalty accordé au Maroc après recours à la VAR dans le temps additionnel. Sauf que la réalité, images à l’appui, est autrement plus simple: le penalty est valable, et l’action antérieure (la faute sifflée sur Hakimi) intervient dans le fil du jeu, bien avant le but. Dire que les décisions de l’arbitre congolais étaient irréprochables ne veut pas dire que l’entraîneur sénégalais a eu tort d’appeler à transformer un stade de football en arène sans règles, ni lois. Quelle que soit la nature de la décision d’un arbitre, les deux équipes en lice doivent s’y soumettre. Autrement, on viole les règles du jeu. Et c’est ce qu’a fait honteusement l’équipe du Sénégal.

Le Sénégal a donc refusé de reprendre. Les joueurs ont quitté l’aire de jeu pour rejoindre les vestiaires, provoquant l’interruption de la rencontre pendant plus de seize minutes, dans une confusion totale. Et comme toujours, quand les acteurs sur la pelouse envoient le signal du «tout est permis», la tension déferle dans les tribunes: des supporters sénégalais ont tenté d’envahir la pelouse, s’en sont pris aux stadiers, utilisant des chaises. Des blessés sont signalés et le stade a été vandalisé.

Maintenant, il faut sanctionner

Après d’intenses médiations, le Sénégal est revenu sur le terrain, et le match a repris. Entre-temps, le Maroc a raté son penalty: Brahim Diaz a tenté une panenka, repoussée par le gardien. Au même moment où Diaz s’apprêtait à tirer, les stadiers menaient une âpre bataille avec des supporters sénégalais qui avaient envahi la pelouse. Est-ce ainsi que l’on joue au football? De quelle force intérieure un joueur doit-il disposer pour rester serein et concentré dans une telle pagaille?

Gianni Infantino l’a reconnu publiquement, avec une fermeté rare: scènes inacceptables, retrait intolérable, violence condamnée, nécessité de respecter les décisions des officiels… et surtout cette phrase clé: il attend que les instances disciplinaires compétentes prennent les mesures appropriées. La CAF a, elle aussi, publié un communiqué allant dans le même sens, annonçant l’examen des images et la saisine des instances compétentes.

Mais il y a une différence entre condamner et corriger. Entre déplorer et dissuader. Une sanction sous forme d’une amende de quelques dizaines de milliers de dollars et de suspensions des auteurs de la mutinerie ne permettra pas d’éviter le remake du 18 janvier. Pire: elle installera l’idée qu’on peut contester les décisions d’un arbitre, quitter le terrain, déclencher le désordre et être récompensé au coup de sifflet final. Le refus des règles du jeu risque de devenir contagieux et de contaminer d’autres rencontres sur le continent.

Si l’on suit les Lois du jeu et les textes de la compétition, la question n’est même pas émotionnelle. L’article 82 est explicite: si une équipe refuse de jouer ou quitte le terrain avant la fin réglementaire sans autorisation, elle est considérée perdante et définitivement éliminée de la compétition en cours. L’article 84 va plus loin: exclusion définitive, match perdu 3-0, et d’autres mesures possibles.

Ce qui s’est passé ne doit plus jamais se reproduire. Ni au Maroc, ni ailleurs. Et pour que cela n’arrive plus, il faut une réponse qui parle le langage que le football comprend: des conséquences dissuasives.

La CAF doit frapper fort, sans trembler, et la FIFA doit se tenir à ses côtés pour aller au bout de la logique: retirer le trophée au Sénégal, retirer la prime de vainqueur, parce qu’on ne récompense pas un comportement qui met en danger l’essence même du football, et effacer les points FIFA engrangés sur une rencontre dont le déroulement normal a été altéré par un abandon temporaire et des incidents graves. Et comme les faits graves constituent une faute majeure, portant atteinte à l’intégrité de la compétition, alors il faut assumer la sanction ultime: disqualifier l’équipe du Sénégal des prochaines échéances internationales, y compris le Mondial. Car à ce niveau, l’exemplarité de la sanction n’est pas seulement un devoir, mais une obligation.

Et ce n’est pas du «revanchardisme». C’est le seul moyen d’éviter qu’une autre sélection, demain, se dise: «On se rebelle contre les décisions d’un arbitre, on quitte le terrain, on met la pression, et on revient quand ça nous arrange, si l’on veut changer le cours d’un match, à l’instar du Sénégal».

Par Adil Azeroual
Le 21/01/2026 à 08h50