Lions de l’Atlas: Ouahbi, moteur… Action!

Mohamed Ouahbi

ChroniqueÀ l’approche des deux rendez-vous face au Niger, les 13 et 17 novembre, le sélectionneur avance avec une double exigence: gagner et se rapprocher progressivement du groupe qu’il souhaite emmener à la CAN 2027.

Le 04/11/2026 à 13h56

Il y a quelque chose de cinématographique dans cette nouvelle séquence des Lions de l’Atlas. Un casting, des premiers rôles, des jeunes qui frappent à la porte, des revenants et des habitués dont le statut ne constitue plus une garantie. Mohamed Ouahbi poursuit son travail de mise en scène, mais le scénario, lui, reste à écrire. Et dans le football, contrairement au cinéma, le réalisateur ne maîtrise jamais totalement le dénouement.

À l’approche des deux rendez-vous face au Niger, les 13 et 17 novembre, le sélectionneur avance avec une double exigence: gagner et se rapprocher progressivement du groupe qu’il souhaite emmener à la CAN 2027. La prochaine fenêtre internationale, en mars, doit déjà lui permettre de disposer d’une sélection proche de celle qui disputera la compétition. Le temps des essais doit progressivement céder la place aux confirmations.

«Les Temps modernes», version Ouahbi. Avec une distribution qui évolue, des habitudes à bousculer et une exigence qui ne saurait se satisfaire des seuls noms inscrits au générique.

La concurrence, seule carte de fidélité

Le premier enseignement de cette liste tient moins aux absences qu’à la philosophie qui semble l’accompagner. Les mouchoirs resteront dans les poches. On ne pleurera pas les absents. En revanche, les nouveaux et les revenants ont une carte chance en main, façon Monopoly. À eux de la jouer: une convocation n’est pas encore un boulevard vers le onze de départ.

Les indisponibilités d’Ayoub El Kaabi, Soufiane Rahimi, Azzedine Ounahi et Ismaël Saibari réduisent les options du sélectionneur, mais ouvrent aussi des espaces à d’autres profils. C’est toute l’ambivalence d’une sélection: les blessures sont des contrariétés pour le collectif, mais elles peuvent devenir des occasions pour ceux qui attendent leur tour.

Ouahbi affirme suivre chaque semaine plus de 60 joueurs, avec l’appui de quatre analystes. La porte reste donc ouverte, mais l’opportunité doit être préparée. Il ne s’agit pas simplement d’élargir un carnet d’adresses, mais d’identifier les joueurs capables de répondre aux exigences immédiates et de s’inscrire dans une perspective plus longue.

La concurrence ne doit toutefois pas devenir une compétition individuelle. Elle doit servir le collectif. Une sélection performante n’est pas nécessairement celle qui aligne les onze joueurs les plus en vue, mais celle qui trouve les meilleures complémentarités. La convocation ouvre une porte ; elle ne garantit ni les clés du vestiaire ni le fauteuil de titulaire.

En-Nesyri, le retour d’un acteur pas toujours bankable

Le retour de Youssef En-Nesyri est l’un des choix les plus commentés de cette liste. Ouahbi en a expliqué la logique: disposer d’un profil différent et de solutions supplémentaires selon le scénario du match. Il ne s’agit pas d’un désaveu des autres attaquants, mais d’une recherche de complémentarité.

En-Nesyri possède des qualités identifiées: présence dans la surface, jeu aérien, appels dans la profondeur et capacité à fixer les défenseurs centraux. Il offre une autre manière d’occuper la ligne offensive. Là où un attaquant peut décrocher pour participer à la construction, lui peut davantage mobiliser la défense adverse et attaquer les espaces.

Encore faut-il créer les conditions de son efficacité. Alimenter un avant-centre, varier les centres, trouver le bon tempo et accompagner ses appels relèvent du travail collectif. Ses déplacements et son jeu de fixation peuvent également libérer des espaces pour ses partenaires.

En-Nesyri retrouve donc une scène, pas un rôle garanti. Son expérience est un capital ; encore faut-il qu’elle produise des dividendes sur le terrain. Le passé éclaire le présent, mais il ne marque pas les buts à sa place.

Le péril jeune… «Fin chabab?» — Ha houwa!

Le renouvellement générationnel ne se décrète pas à coups de convocations. Il se construit en donnant aux jeunes la possibilité de se confronter aux exigences du haut niveau, sans leur demander de porter seuls le poids d’une transition.

Reda Belahyane effectue son retour dans un entrejeu où les absences imposent de nouvelles associations. Son profil peut apporter dans la circulation du ballon et la construction. Mais sa capacité à jouer sous pression, à orienter le jeu et à assurer les équilibres lorsque le ballon est perdu sera tout aussi importante. Le talent attire l’œil ; la justesse des décisions fait gagner les matches.

Autre retour, celui d’Amine Sbai. Ouahbi souligne sa régularité et sa polyvalence, puisqu’il peut évoluer en numéro 10 ou sur le côté gauche. Cette fenêtre peut lui offrir davantage de temps de jeu. Une carte Chance supplémentaire: à lui de transformer cette confiance en arguments sur le terrain.

Et puis, il y a Ayoub Oufkir. Avec lui, le casting s’enrichit d’un nouveau visage, celui d’un jeune joueur né à Rotterdam et façonné par le football néerlandais. Son parcours rappelle que le vivier marocain ne se limite pas aux frontières du Royaume. Il s’étend à ces générations nées, grandies ou formées ailleurs, dont les trajectoires européennes peuvent trouver un prolongement sous le maillot national.

Pour évoquer ces itinéraires, une chanson vient presque naturellement à l’esprit: «Ya Rayah», le classique de Dahmane El Harrachi, popularisé auprès d’un nouveau public par Rachid Taha. Une chanson du départ, du voyage et de l’éloignement, qui trouve une résonance particulière dans ces parcours traversant les frontières et les générations.

Oufkir découvre le groupe A. Son talent devra désormais trouver sa traduction dans le collectif. Le voyage ne fait peut-être que commencer. À lui de choisir la destination de son histoire.

S’adapter et non adopter: la géométrie du jeu

La présence de plusieurs latéraux dans la liste offre un autre éclairage sur la réflexion du sélectionneur. Ouahbi a notamment expliqué ses choix par la forme du moment et la nécessité de disposer de plusieurs options sur les côtés.

Le latéral moderne ne se réduit plus à une fonction défensive ou à la simple capacité de déborder. Selon les séquences, il doit donner de la largeur, rentrer dans l’entrejeu, accompagner l’attaque ou rester en couverture pour prévenir une transition adverse. Ses déplacements conditionnent l’équilibre de toute l’équipe.

La question ne concerne donc pas uniquement les noms alignés sur la feuille de match. Elle touche à la manière dont le Maroc entend utiliser ses couloirs, organiser sa première relance et protéger ses espaces lorsque le ballon est perdu. Des individualités de qualité ne suffisent pas si leurs déplacements ne se répondent pas.

C’est ici que se dessine une nuance essentielle : s’adapter et non adopter. Il ne s’agit pas de plaquer un modèle, d’importer une recette ou de reproduire un football qui ne correspondrait pas aux caractéristiques du groupe. Il s’agit d’exploiter les qualités disponibles, de corriger les insuffisances et de construire une identité capable de répondre aux exigences du football moderne.

Le Maroc n’a pas besoin de devenir la copie d’une autre sélection. L’identité de jeu ne se proclame pas: elle se construit dans la répétition des principes et la cohérence des choix.

Casablanca, décor de cinéma: «Play it, Ouahbi!»

Le retour de la sélection à Casablanca, face au Niger le 13 novembre, ajoute une dimension particulière à ce rassemblement. Les Lions retrouvent Donor après quatre ans et demi d’absence. Le stade Mohammed-V appartient à la mémoire du football marocain, à ses émotions et à cette relation singulière entre une équipe nationale et son public.

Mais le retour à Casablanca ne doit pas se transformer en séquence nostalgique. Le public attend une équipe lisible, engagée et convaincante. Il ne suffit pas de retrouver un stade ; il faut lui offrir un spectacle à la hauteur de l’attente.

Ces deux rencontres doivent permettre de gagner, bien sûr, mais aussi de vérifier les associations, de mesurer les complémentarités et de donner une continuité au travail entrepris. Les expérimentations doivent désormais produire des enseignements concrets.

On pense alors à Chaplin et à ses Temps modernes. Dans le film, l’homme tente de trouver sa place dans un monde où les machines accélèrent le rythme et imposent leurs cadences. Le football moderne fonctionne lui aussi à grande vitesse. Il exige de l’adaptation, de l’intelligence et une capacité permanente à se réinventer.

Le décor est planté. Donor retrouve ses lumières, les tribunes s’apprêtent à reprendre leur rôle et les Lions vont bientôt entrer en scène. Dans les coulisses, Mohamed Ouahbi a distribué les rôles, rappelé quelques acteurs, lancé de nouveaux visages et laissé planer une part de suspense sur la distribution finale.

Mais le réalisateur ne peut ni souffler les répliques ni recommencer les prises à l’infini. Une fois le coup d’envoi donné, le terrain reprend ses droits.

À Donor, le 13 novembre, ce ne sera plus une bande-annonce. Ce sera la première projection, avec une partition à interpréter et un public qui connaît déjà la musique. Aux Lions de trouver le bon tempo, d’accorder leurs instruments et de transformer les individualités en orchestre. Car le football, comme la musique, ne récompense pas toujours les solistes les plus brillants, mais souvent les ensembles les mieux accordés. Et si la symphonie est réussie, les Lions pourront prétendre au Grammy du meilleur album collectif. Le trophée, lui, ne se gagnera pas aux applaudissements: il se jouera sur la pelouse.

Par Amine Birouk
Le 04/11/2026 à 13h56