De l’UTS à la Premier League: le jour où le Maroc change de trajectoire

khadija Sabbar / Le360

ChroniqueEn football il y a des transferts qui valent davantage que leur montant. Celui de Taha Majni, jeune joueur de l’Union Touarga Sportif, vers la Premier League, appartient à cette catégorie.

Le 14/09/2026 à 10h13

Parce qu’il ne s’agit pas simplement d’un jeune Marocain qui rejoint l’un des championnats les plus puissants du monde. Des Marocains ont déjà joué en Premier League. Beaucoup même. Certains y ont connu le succès, parfois au plus haut niveau. Mais le cas de Taha Majni est différent.

Il ne passe ni par la France, ni par l’Espagne, ni par un autre championnat européen mineur avant d’arriver en Angleterre. Il part directement du championnat marocain, de Botola, vers la Premier League. Et c’est précisément ce qui rend cette opération exceptionnelle.

Pendant des années, la trajectoire semblait presque écrite à l’avance. Un jeune joueur marocain était formé au Maroc, s’imposait en Botola, puis devait franchir une première frontière footballistique. France, Espagne particulièrement. Il fallait généralement passer par un championnat européen intermédiaire pour être identifié, évalué, valorisé, puis éventuellement recruté par un club anglais.

Autrement dit, le talent marocain devait souvent être validé par l’Europe avant d’être considéré comme suffisamment crédible pour l’Angleterre.

Le transfert de Taha Majni vient bousculer cette logique. Cette fois, le regard s’est posé directement sur le Maroc, attirant ainsi l’attention des supporters sur un championnat qu’ils ne connaissent que peu sinon pas du tout et sur un club qui ne leur est pas du tout familier.

C’est un changement considérable. Car derrière le joueur, c’est tout un système qui se trouve observé, évalué: la formation, les académies, les clubs, les infrastructures, les compétitions de jeunes et, surtout, la capacité du football marocain à produire des joueurs immédiatement visibles sur le marché international.

Le symbole est d’autant plus fort que le joueur vient de l’Union Touarga Sportif, et non d’un des trois ou quatre clubs marocains bénéficiant historiquement de la plus grande exposition médiatique et internationale.

Ce n’est pas le premier joueur que l’UTS transfert en Europe. Il y a eu Zabiri, Bentayeb et Zahouani. Le Club est devenu un exemple dans la formation et le passage quasi obligatoire des joueurs de l’Académie Mohammed VI vers Botola, puis vers les grands championnats ailleurs. En cela l’UTS est à saluer. Au lieu de courir derrière les joueurs dit expérimentés ayant trainé leurs bosses et parfois leur médiocrité un peu partout, le club donne la chance aux jeunes talents.

Cela signifie qu’un club anglais peut désormais regarder le championnat marocain non plus seulement comme un réservoir de joueurs à exporter vers l’Europe, mais comme un marché footballistique capable de produire directement des talents de niveau Premier League. La nuance est essentielle.

Le Maroc a depuis longtemps exporté ses footballeurs. Mais il est en train de passer progressivement d’une logique d’exportation de joueurs à une logique de valorisation internationale de sa propre chaîne de formation.

C’est là que se trouve le véritable enjeu. Car si cette opération reste aujourd’hui exceptionnelle, elle peut devenir demain une référence. Un précédent. Une porte qui s’ouvre.

Un recruteur anglais qui vient chercher directement un joueur au Maroc envoie un message à ses concurrents: il n’est peut-être plus nécessaire d’attendre que le joueur marocain passe par la France ou l’Espagne pour mesurer sa valeur. Cela peut changer la donne pour les clubs marocains. Pas tous. Plutôt sur les clubs formateurs avec tout ce que cela peut générer comme fond et comme notoriété à l’instar de Porto le portugais par exemple.

Jusqu’ici, une partie importante de la valeur créée par la formation marocaine était captée au moment où le joueur franchissait la Méditerranée. Le club marocain formait, un club européen révélait, puis un club anglais achetait parfois beaucoup plus cher.

Si demain des clubs de Premier League viennent directement au Maroc, la chaîne de valeur commencera alors à se déplacer. Le Maroc ne serait plus seulement le lieu où naît le talent. Il deviendrait aussi le lieu où commence sa valorisation internationale.

Il faut évidemment éviter de transformer un transfert en révolution avant l’heure. Un joueur ne constitue pas à lui seul un modèle économique. Et une opération exceptionnelle ne signifie pas encore que la Premier League aille se mettre à recruter massivement en Botola. Mais les grandes évolutions commencent souvent par des exceptions.

Le véritable mérite de cette opération est donc peut-être moins de faire de Taha Majni «un Marocain de plus en Premier League» que de créer une nouvelle voie d’accès entre la Botola et l’élite mondiale.

Cette voie est particulièrement intéressante pour un pays qui dispose aujourd’hui d’une génération de joueurs formés localement, par les performances des Lions de l’Atlas dans les catégories de jeunes. Cela devrait responsabilise par ailleurs les responsables des différents championnats nationaux et des clubs à être mieux structurés pour bâtir une réputation internationale considérablement renforcée.

Il y a quelques années encore, pour beaucoup d’observateurs étrangers, le football marocain était surtout associé à ses joueurs évoluant en Europe.

Aujourd’hui, la question commence à s’inverser: Et si les grands clubs commençaient à venir chercher des talents directement au Maroc sans passer par les petits d’Europe notamment?

C’est peut-être cela, au fond, le véritable caractère historique du passage de l’UTS à la Premier League. Pas seulement un transfert mais un véritable changement de trajectoire pour notre football.

Par Aziz Daouda
Le 14/09/2026 à 10h13