Repérage, suivi et accompagnement: la recette de Touarga pour exporter le talent marocain

Collage. Les derniers transferts de l’Union Touarga Sportif vers l’Europe, de gauche à droite : Taha Majni (académie de Crystal Palace), Tawfik Bentayeb (Anderlecht) et Fouad Zahouani (U23 de l’Ajax).

VidéoFoued Zahouani, Taha Majni, Tawfik Bentayeb, Yassir Zabiri… Tout ce beau monde a récemment quitté Touarga pour rejoindre l’Europe. Une toute autre expérience qui met en lumière un travail de longue haleine de la part du club rbati, qui a développé son propre savoir-faire pour former, valoriser et exporter le talent marocain, parfois vers les plus grands championnats européens. Abdelmoula Khanfari, directeur administratif de l’UTS, nous explique ce modèle.

Le 09/09/2026 à 12h09

Taha Majni, 18 ans, a fait ses valises depuis Rabat pour rejoindre Londres. Le jeune joueur, champion du monde U20, doit désormais prendre ses marques dans son nouvel environnement, à l’académie de Crystal palace. Un tout nouveau chapitre dans la jeune carrière du défenseur, formé par l’Union Touarga.

Parce que la formation de la capitale, en plus d’avoir exporté le savoir-faire marocain, vient de signer un transfert historique. Pas forcément par son montant, mais bien par sa destination: Le jeune Majni est le premier joueur issu de la Botola Pro D1 Inwi à rejoindre la Premier League, le plus grand championnat de football au monde.

Et ce transfert n’est pas anodin. Il entre dans une stratégie particulière de l’Union Touarga: former, récupérer des profils depuis l’Académie Mohammed VI, grand vivier du football national avec laquelle l’UTS s’est associée depuis 2018, puis les suivre, les guider et, si l’occasion et le profil sont adéquats, les transférer.

Majni est dans l’histoire. Et Tawfik Bentayeb, prêté à Troyes la saison passée, a fini meilleur buteur de Ligue 2 avant d’être enrôlé par Anderlecht en Belgique. Fouad Zahouani, lui, champion du monde U20 également, a rejoint la réserve de l’Ajax, histoire de se révéler pour peut-être rejoindre l’équipe première. Puis il y a Yassir Zabiri. Formé à l’Académie, récupéré par Touarga, puis envoyé à Famalicão, le meilleur buteur de la Coupe du monde au Chili s’est fait repérer par Rennes, puis se teste actuellement en Liga, avec le Racing Santander, où il est devenu le 4e Marocain à inscrire un triplé en championnat. Pour ce dernier, ce n’est pas moins de trois championnats en moins de deux ans.

Alors que la première édition du tournoi «Mohamed Timoumi» de l’Union Touarga a récemment donné son coup d’envoi à Rabat, Abdelmoula Khanfari, directeur administratif du club, explique que, grâce aux liens étroits entre l’Académie Mohammed VI et la formation rbatie, liées par une convention depuis 2018, Touarga peut avoir accès à des joueurs déjà repérés par certains scouts lors du tournoi annuel de l’Académie Mohammed VI.

Chaque année, plusieurs clubs du monde entier se disputent le titre à Rabat, venant d’Amérique latine, d’Europe et d’ailleurs. Et si le joueur est enrôlé à Touarga par la suite, ces mêmes scouts peuvent suivre ces joueurs repérés lors du tournoi évoluer dans le championnat marocain: «Ça permet de dépasser le simple repérage, explique le directeur administratif, et pratiquement tous les clubs qui travaillent avec nous sont des clubs qui sont passés par ce tournoi ou qui y ont participé. C’est une opportunité qui nous aide».

Mais si le tournoi aide, il n’est absolument pas la seule stratégie adoptée. «Il y avait une idée claire dès le début: le chemin vers l’Europe passerait par l’Union Touarga, surtout avant que les joueurs n’atteignent un certain âge», explique l’interlocuteur. Le club rbati choisit l’accompagnement, le suivi, le chaperonnage: «Tu prends un joueur et tu considères qu’il doit être formé, qu’il doit être accompagné».

Et pour ce faire, les entraîneurs aux profils formateurs viennent là être un atout majeur: «Les entraîneurs suivent ces joueurs pendant longtemps. Ils connaissent leurs qualités, leurs défauts, ils les observent et réfléchissent à leur évolution. Ils savent, au bout d’un certain temps, ce qu’il y a chez le joueur, et ils réfléchissent à la manière de le faire progresser».

L’accompagnement, donc, mais aussi la «post-formation», comme l’explique Khanfari: «Cela leur permet d’améliorer leur niveau et leurs statistiques, tout en leur donnant l’opportunité de jouer des matchs officiels». L’intégration à l’équipe première, jouer un match de Botola, tout cela entre dans la stratégie du club pour assurer aux acheteurs que le profil a bien évolué dans l’élite marocaine: «C’est essentiel, parce que pour intégrer un joueur de 18 ou 19 ans, voire 20 ans, dans une équipe première, la plupart des clubs ne prennent pas forcément ce risque. Nous prenions donc toujours un risque, avec pour objectif de faire progresser le joueur et de l’amener à un niveau qui lui permette ensuite de réintégrer le groupe, que ce soit au niveau national ou international».

Dans la stratégie de recrutement, outre l’Académie, qui permet d’avoir accès à au moins «cinq ou six joueurs», Khanfari explique que des recrutements externes se font sur la base du talent: «Ils peuvent évoluer dans un club de Botola ou une équipe de division inférieure, voire chez les amateurs, et nous pouvons les découvrir à travers les matchs de détection que nous organisons». Et puis, rebelote: suivi, accompagnement...«nous les observons, nous regardons s’ils montrent quelque chose sur un match, deux matchs…et surtout s’ils disposent d’une marge de progression».

Sans oublier un critère primordial: «Le potentiel», nous dit Khanfari.

Taha Majni, de la Botola à la PL

Si les transferts de Zahouani, Zabiri et Bentayeb sont tout aussi respectables, le cas Majni vient dessiner une nouvelle route, sans escale, depuis la capitale jusqu’à Londres, un chemin que d’autres talents issus de la Botola pourraient désormais emprunter. Aucun joueur marocain n’avait jusqu’ici franchi directement le pas de la Botola Pro vers l’Angleterre. Khanfari explique que le jeune de 18 ans a gravi les échelons au sein du club: «Il est passé par toutes les catégories pour rejoindre l’équipe première».

Majni a ainsi pu gagner en réputation, jusqu’à attirer l’attention de Mohamed Ouahbi, qui l’a convoqué pour l’épopée chilienne. Le jeune joueur était alors le plus jeune à évoluer au sein du club, mais aussi du groupe des Lionceaux, finalement vainqueur de l’édition.

«Avec les matchs qu’il a disputés avec Touarga, il a montré qu’il avait le niveau et qu’il méritait sa place en sélection (…) Tout cela est d’abord très important sur le plan mental et l’aide à s’imposer encore davantage avec l’équipe première».

Un titre de Mondial U20 plus tard et un travail constant accompagné par son club de Touarga, Majni est maintenant à Londres pour viser plus haut. «Il y avait d’autres clubs intéressés, en Turquie et en Europe». Mais il a tout de même rejoint l’un des championnats les plus prestigieux au monde, même s’il évoluera dans un premier temps avec l’Académie du club.

Par Magda Soltani, Abderrahim Et-Tahiri et Khalil Essalak
Le 09/09/2026 à 12h09