Spartan Race: Française sur le papier, Casablancaise de cœur, Kristen Ré fait flotter le drapeau marocain à Barcelone

Dimanche 18 octobre, à Santa Susanna, près de Barcelone, Kristen Ré est montée sur le podium de la Spartan Race et y a déployé le drapeau marocain.

Deuxième de la catégorie des 35-39 ans de la Spartan Race, disputée dimanche 18 octobre à Santa Susanna, près de Barcelone, la Casablancaise Kristen Ré a brandi le drapeau marocain sur le podium. Une performance inattendue pour la Casablancaise de 36 ans, dont la préparation a été perturbée par des problèmes de santé. Entre dépassement de soi, esprit de revanche et fierté de représenter le Maroc, récit d’une course qui en dit long sur son parcours.

Le 19/10/2026 à 16h56

Il y a des sports qui permettent d’évacuer, et d’autres qui poussent à se dépasser. La course à obstacles appartient aux deux catégories. Sur des parcours naturels, la Spartan Race, l’une des références mondiales de la discipline, mêle course à pied et épreuves physiques, du bitume à la montagne, en passant par le sable et la boue. Force, équilibre, agilité et endurance sont indispensables pour venir à bout des obstacles qui jalonnent le parcours. Kristen Ré, née et ayant grandi à Casablanca, a choisi de se confronter à cet exercice exigeant: «Je suis perfectionniste, j’aime souffrir dans le sport et me surpasser», nous confie-t-elle.

À 36 ans, la coach sportive et entrepreneure vient de décrocher la deuxième place de sa catégorie d’âge lors de la Spartan Race de Santa Susanna, sa deuxième course dans une série professionnelle. Sur le podium, elle a brandi le drapeau marocain, sourire aux lèvres, après plusieurs heures d’effort. Derrière cette performance, il y a une préparation contrariée, des doutes, mais aussi un parcours personnel qui a forgé sa résilience.

«Ma vie est une course à obstacles. J’ai pas mal galéré, j’ai traversé plusieurs épreuves». À l’arrivée, l’émotion prend le dessus: «Quand je suis arrivée deuxième, j’ai éclaté en sanglots. Je n’y croyais pas».

Un podium inattendu après une préparation perturbée

Cette deuxième place, Kristen Ré ne l’avait pas forcément envisagée. Sa préparation a été perturbée par le Covid, puis par une blessure au genou, à quelques jours de l’épreuve. Elle ne prend son billet pour Barcelone que cinq jours avant le départ: «Mon ostéo m’avait dit: “Vas-y, tu vas avoir mal, mais vas-y, fais-le”».

À Santa Susanna, la Casablancaise arrive avec un esprit de revanche. En avril, lors d’une course à Rome, elle avait été pénalisée alors qu’elle espérait monter sur le podium. Une déception qui l’a poussée à travailler ses points faibles dès son retour au Maroc: «C’était une revanche. Dès le lendemain de Rome, je me suis entraînée sur mes points faibles. Je me suis dit que j’allais éviter toute pénalité pour monter sur le podium».

À Casablanca, elle s’appuie sur son studio, «Origin», pour préparer cette nouvelle échéance. Elle y adapte ses entraînements aux exigences de la discipline: «J’y ai installé des anneaux en hauteur, des barres, j’ai accroché des cordes, porté des poids, traîné des pneus… J’ai fait des exercices pour progresser sur les qualités indispensables à la course à obstacles, comme s’accrocher à une barre ou attraper des poids lourds».

Malgré ce travail, les doutes persistent au moment de s’élancer. Elle sait qu’elle n’est pas dans les meilleures dispositions physiques et décide de ne pas se mettre de pression. «Sur la ligne de départ, j’étais détendue. Je me suis dit que le podium n’était pas pour cette course, et que la revanche encore moins. Mais j’allais donner ce que je pouvais».

La tension retombe même au point de laisser place à quelques pas de danse avant le départ. Une légèreté qui va finalement lui réussir.

«J’associe ça au parcours du combattant. On va à la guerre»

La course à obstacles peut sembler accessible au premier abord. Mais après deux expériences en amateur, à Tenerife puis à Barcelone en 2025, et une première course compétitive à Rome, Kristen Ré sait que l’épreuve est loin d’être une promenade de santé... «J’associe ça au parcours du combattant. On va à la guerre !»

À Santa Susanna, le format «Super» prévoit officiellement 10 km, sur un parcours qui sollicite autant les jambes que le haut du corps. Les concurrents doivent enchaîner les kilomètres et franchir une série d’obstacles, avec des exigences différentes selon les épreuves.

«Il peut s’agir de murs d’environ 1,80 m à franchir par-dessus ou par-dessous, de structures métalliques sur lesquelles il faut passer d’un barreau à l’autre, ou encore de poutres qui demandent de l’équilibre». Le terrain complique encore la tâche. À Barcelone, la pluie s’invite dans la course et rend certains passages particulièrement glissants: «Il pleuvait, les obstacles glissaient parfois…C’était l’enfer, il y avait de la boue», raconte-t-elle en riant.

Pour la coureuse, l’esprit de la Spartan Race se rapproche de celui d’un entraînement militaire: «Les militaires ne reculent devant rien! ». Une philosophie mise à l’épreuve tout au long du parcours, où chaque obstacle manqué peut entraîner une pénalité: burpees ou transport de charges. «Les femmes peuvent notamment être amenées à porter une chaîne d’environ 30 kg, contre 40 kg pour les hommes».

La fin du parcours réserve encore quelques difficultés. Après huit kilomètres d’effort, les trois derniers kilomètres mettent les organismes à rude épreuve, avec notamment un passage sur le sable: «Tu es explosée et le sable est mou, les mollets souffrent».

Un obstacle en particulier peut entraîner une élimination directe. Suspendu à environ 2,50 m de hauteur, il impose de progresser sur des barreaux métalliques espacés d’une trentaine de centimètres, en mobilisant essentiellement la force des bras: «Je me disais: “J’ai peur.” Mais quand j’ai passé cet obstacle qui peut t’éliminer, je me suis dit: “Il ne reste plus rien, Kristen. Vas-y !”»

Et elle ira jusqu’au bout. En 1h 33min 02s, elle décroche la deuxième place de sa catégorie d’âge, malgré une condition physique qu’elle jugeait insuffisante. La gagnante comptait déjà 33 courses à son actif, contre 27 pour la troisième: «Je n’y croyais pas ! Je n’étais même pas prête physiquement!»

«Je me sens plus marocaine que française»

—  Kristen Ré, vice-championne de la catégorie des 35-39 ans de la Spartan Race à Santa Susanna

Après l’effort, place à l’émotion. Sur le podium, Kristen Ré n’hésite pas à brandir le drapeau rouge frappé de l’étoile verte, alors que le classement officiel affiche le drapeau français à côté de son nom.

À l’inscription, la Spartan Race demande aux participants de renseigner leur nationalité, qui apparaît ensuite dans les résultats. Mais pour la Casablancaise, le choix du drapeau est avant tout une question d’identité. «Je suis née ici, à Casablanca, et j’ai grandi ici. Je veux représenter le Maroc, mais il n’y a pas de droit du sol. Ils ont donc retenu ma nationalité française. Mais je me sens plus marocaine que française».

36 ans, elle n’a jamais vécu en France. C’est à Casablanca qu’elle a construit sa vie, entre son activité professionnelle avec son studio, et ses deux enfants.

«Je me bats chaque jour dans ma vie, pour mes enfants, pour mes adhérents. Je veux qu’ils soient résilients, qu’ils aient du mental, pas seulement du physique. Les deux vont de pair».

Une philosophie qui dépasse largement le cadre sportif. Mère célibataire et entrepreneure, Kristen Ré voit dans la course à obstacles une discipline qui fait écho aux épreuves traversées au fil de sa vie.

De Casablanca à l’élite, un nouveau défi

La Spartan Race de Santa Susanna ne marque pas une fin, mais une étape. Kristen Ré a déjà les prochaines échéances en tête, avec Milan puis Madrid.

«J’ai envie de m’améliorer, de progresser et de voir jusqu’où je peux aller. Je ne m’arrête pas là».

La Casablancaise souhaite désormais se rapprocher du niveau élite, où évoluent des athlètes qui consacrent une grande partie de leur temps à la compétition. Elle entend continuer à travailler ses points faibles et à gagner en expérience, malgré les contraintes liées à sa vie de mère et d’entrepreneure.

Mais son ambition ne se limite pas à ses propres performances. À terme, elle aimerait contribuer à faire connaître la discipline au Maroc et pourquoi pas y organiser des courses.

«J’aimerais me faire connaître dans la discipline et importer la Spartan Race ici, au Maroc. Il y a de quoi faire : de beaux parcours, des montagnes, du désert, du béton…Ça serait incroyable».

Car si la course à obstacles reste encore peu connue du grand public marocain, Kristen Ré y voit un potentiel important, grâce à la diversité des paysages et des terrains naturels du Royaume.

«On parle du marathon, mais pas assez des courses à obstacles en pleine nature. Tu bouges ton corps par-dessus et par-dessous les obstacles. Tu n’as pas besoin de machines: tu as ton corps, la météo, le terrain naturel et le mental».

Après avoir hissé le drapeau marocain sur le podium espagnol, elle espère désormais ouvrir la voie à d’autres athlètes, ici au Maroc. Et bien sûr de poursuivre, obstacle après obstacle, son propre chemin.

Par Magda Soltani
Le 19/10/2026 à 16h56