En quatre ans, le foot a le temps, sinon de changer, du moins de passer d’une étape à une autre. Et l’édition 2026, qui vient de
se clôturer, n’a pas manqué de nous renseigner, à son tour, sur l’air du temps.
Les équipes parvenues jusqu’au dernier carré offraient d’ailleurs quatre styles assez représentatifs des grandes tendances du moment. L’Angleterre a ainsi évolué dans un style classique, à l’ancienne ou presque, avec un avant-centre (Kane) comme pointe haute d’un schéma arborescent où Bellingham reste le joueur le plus libre, évoluant dans un registre de vrai-faux dix, capable de défendre comme un six ou de jouer en deuxième attaquant.
La France a opté pour un schéma à l’apparence déséquilibrée, reposant sur quatre attaquants et un milieu de balayeurs-ratisseurs, et dans lequel l’animation peut transformer l’ensemble en rouleau compresseur (c’est ce qu’on a vu lors du quart contre les Lions de l’Atlas) ou en bloc coupé en deux et quasi paralysé (la demie ratée contre l’Espagne).
L’Argentine a reconduit, pour sa part, le plan qui lui a permis de remporter ses deux derniers trophées mondiaux: un bloc-équipe
rigoureux et rugueux, surtout, au service d’un génie. Hier Maradona, aujourd’hui Messi: l’idée est la même. Dix «gardes du corps» prêts au sacrifice, protégeant et servant au mieux le «maitre».
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Quant à l’Espagne, elle est restée fidèle au style qu’on lui connaît depuis que Guardiola a révolutionné le football mondial avec le
FC Barcelone à la fin des années 2000. En clair, pas d’attaquant axial et pas de poste fixe, dix joueurs de champ capables d’utiliser le ballon à merveille et de permuter les uns avec les autres, avec en prime deux latéraux ratissant continuellement les couloirs. Et aucun joueur d’impact. En d’autres termes, le meilleur moyen de neutraliser l’adversaire n’est pas d’aligner des casseurs de jeu, mais des manieurs de ballon.
Il se trouve que c’est l’Espagne qui a raflé la mise. Et son schéma rejoint, grosso modo, celui du PSG qui vient de gagner les deux dernières éditions de la Champion’s league.
A Paris, Luis Enrique a poussé très loin sa théorie du football total, encore plus «folle» que celle de Guardiola. La possession n’est pas tout. Le maitre-mot est l’imprévisibilité. Pour surprendre continuellement l’adversaire, il faut être «illisible». C’est pour cela qu’on a souvent retrouvé un Hakimi ou Nuno Mendès dans des positions de milieu axial ou de neuf, carrément, à la réception des centres de Dembelé ou Barcola.
Le foot qui marche, en tout cas celui qui triomphe en ce moment, en club comme en sélection, repose sur un collectif très soudé et une animation extrêmement bien huilée, sans casseur de jeu ni joueur d’impact, sans attaquant de pointe, mais avec des joueurs mobiles, techniques, polyvalents et capables de permuter et d’assumer plusieurs fonctions à la fois, selon les besoins du jeu. Jamais, d’ailleurs, l’apport des entraineurs n’a été aussi prépondérant.
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A des degrés divers et avec des profils de joueurs bien différents, avec aussi un Fabian Ruiz en point commun (et candidat très probable au prochain Ballon d’or), le PSG et l’Espagne incarnent ce nouveau football qui gagne, loin des standards du passé. A sa manière, un Ouahbi s’inscrit lui aussi dans cette idée du foot. Ce n’est pas un pragmatique à la Deschamps, qui fait avec le matériel dont il dispose, plutôt un homme de conviction qui semble croire à ce foot «illisible» où tous les joueurs de champ peuvent permuter et restent avant tout d’excellent manieurs de ballon. Nous y reviendrons.
