Du haut de ses 56 ans, le contre-attaquant infatigable au sourire lumineux n’a rien perdu de sa superbe. Seul joueur de l’histoire à avoir disputé trois finales de Coupe du monde consécutives (1994, 1998, 2002), il demeure le dernier capitaine de la Seleção à avoir soulevé le graal. Autant dire que lorsque l’éternel numéro 2 contemple la trajectoire du football marocain - de l’épopée de Doha en 2022 à la co-organisation du Mondial 2030 aux côtés de l’Espagne et du Portugal -, il y décèle le reflet d’une ambition royale, portée par la foi de tout un peuple.
«Après la demi-finale de 2022, le Maroc se projette déjà vers 2030», observe le double champion du monde, qui voit dans cette continuité la clé des grands succès. «Il avance fort de ses capacités, de son potentiel et des investissements majeurs réalisés au fil des années. Tout est en place pour une Coupe du monde magnifique», confie-t-il au micro de la MAP.
Cette vision se matérialise désormais à fleur de terre. À Benslimane, les contours du Grand Stade Hassan II dessinent ce qui sera le plus grand écrin de football de la planète. Cette œuvre de 115.000 places s’élève telle une immense tente de moussem traditionnelle ancrée en pleine forêt de chênes-lièges, alliance magistrale d’une culture ancestrale et d’une ultramodernité futuriste.
Cafu, de son nom complet Marcos Evangelista de Morais, a grandi dans le Jardim Irene, ce quartier populaire de São Paulo dont il avait gravé le nom au feutre noir sur son maillot avant de soulever le trophée en 2002. Il a essuyé les refus de neuf clubs au début de sa carrière avant de toucher les étoiles. Ce destin forgé dans la résilience lui permet de mesurer, mieux que quiconque, le cap psychologique franchi par les Lions de l’Atlas.
Au Qatar, les complexes ont volé en éclats pour faire place à une maturité tactique. «Ce qui m’impressionne le plus, raconte-t-il, c’est la maturité des Marocains dans le jeu actuel. Ils savent ce qu’ils valent et qu’ils peuvent rivaliser d’égal à égal avec l’élite mondiale».
Une force tranquille qui ne doit rien au hasard, mais tout à la patience des orfèvres de la formation locale. Car, derrière la magie de Doha, bat le cœur de l’Académie Mohammed VI de football, ce fleuron d’excellence qui a façonné des talents comme Azzedine Ounahi, Youssef En-Nesyri ou Nayef Aguerd, faisant que le Royaume récolte aujourd’hui ce qu’il a semé avec tant de rigueur.
Cette relation sacrée au maillot est la même dans son Brésil natal. Les peuples marocain et brésilien partagent une passion profonde pour le ballon rond et cette manière, quasi religieuse, de vibrer à l’unisson.
«Porter le brassard en Coupe du monde, c’est une responsabilité, un exemple à donner. C’est l’honneur et le bonheur de représenter tout un peuple», s’enflamme-t-il en mimant le geste d’enfiler une tunique. «Le peuple marocain est fier de ses couleurs. Il est passionné et croit profondément en sa bonne étoile pour décrocher une Coupe du monde», dit-il.
Cet esprit de gagne-petit a laissé la place à une ambition contagieuse qui infuse déjà la relève. Le sacre historique des moins de 20 ans au Mondial du Chili face à l’Argentine en est le plus beau témoin. « C’est une génération magnifique, qui apportera beaucoup de fierté à la nation », glisse-t-il, un brin nostalgique de cet âge d’or brésilien qu’il décrit comme une aventure collective « dédiée, impliquée, et totalement dépourvue de vanité ».
Mais l’ancien défenseur le sait : les stades flambant neufs et les exploits techniques restent lettre morte sans l’âme qui les habite. Alors que le Maroc s’apprête à devenir le centre de la planète football, le testament qu’il lègue à la jeunesse tient en une sainte trinité : humilité, respect, éducation. «Je veux que cette jeunesse saisisse l’occasion pour réaliser ses propres rêves. Le football a ce pouvoir magique», souligne la légende brésilienne.
Cette discipline de fer, l’ex-latéral l’applique à sa propre vie. Pas de place pour l’improvisation. Valise cabine bouclée à l’avance, timing calé à la minute près : c’est avec une totale sérénité qu’il s’apprête à traverser l’Atlantique en compagnie de son épouse, Mariah Morais. Ils prennent place à bord du vol inaugural de la cinquième desserte hebdomadaire de la Royal Air Maroc.
«Je suis très honoré de participer à ce moment si particulier», confie humblement Cafu avant d’embarquer. «J’espère avoir, cette fois-ci, davantage de temps pour apprécier cette culture que j’admire tant. C’est formidable de voir nos pays se rapprocher toujours plus», glisse-t-il encore.
Cette ligne aérienne entre São Paulo et Casablanca explose d’ailleurs les compteurs: La compagnie nationale a transporté 52.500 passagers à fin juin. Une rampe de lancement idéale pour son plan de développement géant visant une flotte de 200 appareils d’ici 2037 pour porter haut les ambitions du Mondial 2030. Le marché touristique brésilien confirme aussi sa ferveur avec plus de 30.000 arrivées sur le seul premier semestre 2026.
Une fois le tarmac foulé à la mi-journée, une itinérance de courtoisie mènera le double champion du monde de Casablanca à Rabat, jusqu’aux portes de Marrakech. Ce périple s’inscrit dans le cadre de la promotion de la destination Maroc, par le transporteur national et l’Office national marocain du tourisme sous la bannière «Maroc, Terre de Football».
C’est un juste retour aux sources de l’accueil pour cette légende brésilienne, dont le rêve marocain est désormais aussi le sien. «A chaque fois que je me rends au Maroc, raconte Cafu, je suis impressionné par ses progrès. C’est un honneur immense, un plaisir réel. Le peuple marocain m’a toujours reçu les bras ouverts. Sa culture rend cette hospitalité encore plus fascinante».









