Le Maroc, une équipe européenne?

Achraf Hakimi

ChroniqueLe Maroc, nous dit-on, ne joue pas «comme une équipe africaine ou arabe». Oui, et puis quoi encore?

Le 22/06/2026 à 11h13

En attendant le match de Haïti, le Maroc a fait forte impression sur ses deux premières sorties face au Brésil et à l’Écosse. Quatre points, un jeu solide, une organisation sans faille et un collectif bien huilé. Avec, bien entendu, des individualités bien en vue. La team de Mohamed Ouahbi a rendu des copies propres, ambitieuses, parfois dominatrices. Et ça, visiblement, ça dérange certaines grilles de lecture.

Nous avons des experts et des analystes qui nous expliquent que le Maroc ne joue pas «comme une équipe africaine ou arabe». C’est d’une condescendance…

Nos experts laissent entendre que les équipes «africaines ou arabes» sont naïves, immatures et mentalement friables. D’accord. Comment, alors, expliquent-ils que le Maroc soit «différent», alors qu’il s’agit bien d’une sélection «africaine et arabe»? Pourquoi le Maroc passe tout près de faire tomber le Brésil, alors que l’Algérie sombre face à Messi que la Tunisie est déjà hors du Mondial après seulement deux matchs, et que l’Arabie saoudite «disparait» littéralement face à l’Espagne?

Réponse: parce que le Maroc «n’est pas une sélection africaine ou arabe mais européenne». C’est-à-dire? «Les joueurs qui composent cette sélection sont majoritairement nés en Europe». C’est tout? Et puis, quoi encore?

Que répondre à de telles balivernes qui feraient pâlir les racialistes et les suprémacistes de la fin du XIX° et du début du XX° siècle? Rien, justement. Il faut continuer de répondre dans le jeu et par le jeu.

Le pire, c’est de lire ou écouter ces inepties dans des médias arabes…

En réalité, une sélection restera nulle si elle est composée de joueurs qui n’ont pas le niveau, qu’ils viennent d’Europe ou d’ailleurs. Ce n’est pas le passeport qui décide mais le talent et le travail, surtout. Cela fait d’ailleurs un moment que les sélections ont intégré des joueurs nés «ailleurs». C’est valable en Afrique comme en Europe. Cela ne fait pas d’elles de meilleures équipes. C’est juste la traduction du monde que l’on vit aujourd’hui, un monde éclaté et globalisé au possible.

Ah oui, s’il y a quelque chose qui a changé, et qui ne semble pas avoir affecté nos chers experts, c’est la mentalité. C’est-à-dire la manière dont on regarde et analyse le jeu. Quand l’Algérie prend l’eau face à une Argentine pourtant en mode diesel et que l’expert trouve que les Fennecs ont livré un «bon match», on se dit que certains cerveaux ont besoin d’une sérieuse mise à niveau…

Pour revenir à la bande de Ouahbi, ils ne sont pas là par hasard. Leur réussite n’est ni une nouveauté, ni une surprise. C’est une suite logique des choses. L’humilité et la solidarité font par ailleurs partie de leurs qualités. Le jour où ils l’oublieront, ils sortiront aussitôt du Mondial. On espère bien sûr que ce jour n’arrive jamais, ou le plus tard possible. D’ici là, bonne continuation et dima Maghrib!

Par Footix marocain
Le 22/06/2026 à 11h13