Les Lions de l’Atlas n’auront pas le temps de savourer longtemps leur exploit face aux Pays-Bas. À peine remis de la qualification acquise au bout de la séance des tirs au but, les hommes de Mohamed Ouahbi doivent déjà préparer un nouveau défi, celui du Canada, samedi 4 juillet au NRG Stadium de Houston.
Sur le papier, les coéquipiers de Yassine Bounou partent avec le statut de favoris. Sixième nation au classement FIFA, portée par une série de 33 matches sans défaite et forte d’une génération arrivée à pleine maturité, l’équipe nationale possède davantage d’expérience au plus haut niveau. Mais cette affiche est loin d’être un match facile.
En l’espace de deux ans, le Canada a changé de dimension. Quatrième de la Copa América 2024, troisième de la Ligue des nations de la CONCACAF en 2025, auteur de son meilleur classement FIFA avec une 26e place mondiale (septembre 2025), la sélection nord-américaine s’est surtout offert la première qualification de son histoire pour les huitièmes de finale d’une Coupe du monde grâce à son succès contre l’Afrique du Sud (1-0).
Sous Jesse Marsch, nommé en mai 2024 puis prolongé jusqu’en 2030, les Canadiens affichent un bilan particulièrement solide, avec environ 15 victoires, 14 matches nuls et seulement 6 défaites avant d’affronter le Maroc. Une progression qui ne doit rien au hasard.
Une équipe bâtie sur l’intensité
Le Canada n’est pas une sélection qui cherche avant tout à monopoliser le ballon. Son identité repose sur un football extrêmement énergique, où le pressing, les transitions et les courses vers l’avant occupent une place centrale.
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Dans l’organisation, Jesse Marsch alterne entre un 4-4-2 classique, un 4-2-3-1 et un 4-2-2-2 très agressif. Mais quelle que soit la structure de départ, l’objectif reste identique: récupérer le ballon le plus haut possible afin d’attaquer immédiatement la profondeur.
Ce pressing n’a rien d’un simple exercice défensif. Il est pensé pour raccourcir la distance vers le but adverse. Les deux attaquants ferment rapidement l’axe, les milieux sautent sur le porteur du ballon tandis que les latéraux accompagnent très haut les offensives.
Cette approche explique la capacité du Canada à produire régulièrement des occasions. Durant ce Mondial, les Nord-Américains ont inscrit neuf buts en quatre rencontres avant le huitième de finale et se sont créés plus d’une occasion franche par match, même contre des adversaires mieux classés. Leur démonstration face au Qatar (6-0) en est la meilleure illustration.
Jonathan David, le leader offensif
Le principal danger canadien reste Jonathan David. Meilleur buteur de l’histoire de la sélection (42), l’attaquant de la Juventus de Turin ne se limite pas au rôle de finisseur. Il décroche régulièrement entre les lignes, participe à la construction puis accélère brutalement vers la surface adverse. Cette mobilité permanente complique le travail des défenseurs centraux.
Autour de lui gravitent plusieurs profils explosifs. Tajon Buchanan apporte énormément de profondeur côté droit, Liam Millar multiplie les appels dans le dos des défenses, tandis que Tani Oluwaseyi, Cyle Larin ou Promise David offrent plusieurs solutions dans l’axe selon les scénarios de match.
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Le véritable cerveau de cette équipe demeure toutefois Stephen Eustáquio. Milieu organisateur, capitaine technique du Canada, il donne le tempo de toutes les attaques. Son influence est encore plus importante sur coups de pied arrêtés. Face à l’Afrique du Sud, il a créé cinq occasions sur phases arrêtées avant d’inscrire lui-même le but de la qualification, démontrant toute l’importance de son pied droit.
Au-delà de son rôle de distributeur, Eustáquio constitue le premier relais du pressing canadien. Lorsqu’il parvient à imposer son rythme, toute l’équipe gagne en confiance et accélère considérablement ses transitions.
Les Lions devront éviter le piège du chaos
L’une des principales conclusions de l’analyse du parcours canadien est claire: le Maroc ne devra surtout pas accepter le rythme que souhaite imposer son adversaire.
Lorsque les rencontres deviennent décousues, avec de nombreuses transitions, des duels incessants et des deuxièmes ballons, le Canada prend une tout autre dimension. Ses joueurs offensifs excellent dans les espaces et multiplient les appels dès la récupération. À l’inverse, les Canadiens éprouvent davantage de difficultés lorsque l’adversaire monopolise le ballon et les oblige à défendre pendant de longues séquences.
La Suisse l’a parfaitement démontré lors de la phase de groupes. Malgré 13 tirs et 1,66 expected goals (xG), le Canada n’a jamais réussi à installer une véritable domination et s’est incliné 2-1 après avoir longtemps couru derrière le ballon.
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Face à l’Afrique du Sud, il a fallu attendre la fin de rencontre pour faire la différence, preuve que cette équipe perd parfois en lucidité lorsque le scénario ne lui est pas favorable.
Pour Mohamed Ouahbi, la priorité sera donc de conserver la maîtrise du tempo. Depuis sa nomination, le sélectionneur national a progressivement fait évoluer le visage des Lions de l’Atlas. Sans renier la solidité défensive qui avait fait la force du Maroc au Qatar, il a installé une équipe davantage tournée vers la possession, le pressing coordonné et la maîtrise collective. Un profil qui pourrait justement mettre en difficulté les Canadiens.
Les espaces sur les côtés, une piste à exploiter
Le pressing canadien présente toutefois un revers. À force de vouloir récupérer rapidement le ballon, les latéraux se retrouvent régulièrement très haut sur le terrain, laissant des espaces importants dans leur dos.
Ce déséquilibre apparaît comme l’une des principales faiblesses identifiées. Le côté gauche canadien pourrait notamment devenir une cible privilégiée, surtout si Alphonso Davies, de retour après une blessure aux ischio-jambiers, n’est pas encore capable d’enchaîner les efforts sur l’ensemble de la rencontre. S’il ne débute pas, Richie Laryea devrait occuper ce couloir.
Cette situation ouvre naturellement des perspectives pour Achraf Hakimi. Le capitaine des Lions, auteur de son 100e match sous le maillot national face aux Pays-Bas, représente l’une des principales armes offensives marocaines. Associé à Brahim Diaz, il pourrait profiter des espaces laissés derrière le latéral du Bayern Munich pour multiplier les projections.
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Les demi-espaces, entre le latéral et le défenseur central, constituent également une zone particulièrement vulnérable lorsque le premier rideau canadien est éliminé.
Le forfait de Koné change la donne
Autre élément susceptible de peser sur cette rencontre: l’absence d’Ismaël Koné. Victime d’une fracture de la jambe face au Qatar, le milieu de terrain de Sassuolo manquera toute la suite de la compétition. Une perte considérable pour Jesse Marsch. Au-delà de son activité, Koné était capable de casser les lignes balle au pied, de résister au pressing adverse et d’apporter de la stabilité à l’entrejeu. Son absence oblige désormais Nathan Saliba à prendre davantage de responsabilités aux côtés d’Eustáquio.
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Le Canada conserve du volume dans cette zone du terrain, mais perd incontestablement en créativité et en maîtrise lorsque le pressing initial ne produit pas les effets attendus.
Pour le Maroc, cela représente une opportunité. Avec des joueurs comme Neil El Aynaoui, Ayyoub Bouaddi ou Azzedine Ounahi, capables d’éliminer une première ligne de pression par la passe ou la conduite de balle, les Lions disposent des profils idéaux pour faire basculer la rencontre.
Attention aux coups de pied arrêtés
S’il existe un secteur où la vigilance devra être maximale, c’est bien celui des phases arrêtées. Le Canada en a fait une véritable arme offensive. Grâce à la qualité de pied d’Eustáquio et à la puissance de ses défenseurs centraux, chaque corner ou coup franc excentré représente un danger.
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Contre l’Afrique du Sud, cinq occasions sont nées directement des coups de pied arrêtés avant que le milieu de Porto ne marque le but de la qualification. Le Maroc devra donc limiter les fautes inutiles à proximité de sa surface et éviter d’offrir des corners facilement.
À l’inverse, si les Lions parviennent à imposer leurs longues séquences de possession, à faire courir le bloc canadien et à varier les rythmes, ils possèdent les qualités techniques pour faire craquer une équipe qui montre encore quelques signes d’impatience lorsque le score tarde à évoluer.
Un duel de styles plus qu’un duel de générations
Ce huitième de finale ne se résume finalement pas à une opposition entre deux effectifs. Il mettra face à face deux philosophies. D’un côté, un Canada qui cherche à accélérer chaque action, à provoquer un maximum de transitions et à transformer le match en bataille physique. De l’autre, un Maroc qui s’appuie sur la qualité technique de son milieu, la mobilité de ses joueurs offensifs et sa capacité à contrôler les temps du match.
Aujourd’hui, le Canada n’a plus rien d’un simple outsider, mais les Lions de l’Atlas abordent également ce rendez-vous avec des certitudes. Leur parcours face au Brésil, à l’Écosse puis aux Pays-Bas a confirmé leur capacité à rivaliser avec les meilleures sélections de la planète.
Si les hommes de Mohamed Ouahbi réussissent à casser le pressing canadien, à contrôler les transitions et à exploiter les espaces derrière les latéraux, ils disposeront de tous les arguments pour poursuivre leur rêve américain et rejoindre les quarts de finale de la Coupe du monde 2026.













