Il fut un temps où la CAN féminine ne réunissait que huit sélections africaines, de sa première édition en 1998 jusqu’en 2018. À partir de 2022, la compétition est passée à 12 nations engagées. Depuis cette édition 2026, organisée au Maroc pour la troisième fois consécutive, elles sont désormais 16 à prendre part au tournoi. Un bond majeur en près de trois décennies pour le ballon rond féminin sur le continent.
Notons même que depuis l’édition 2024, reportée à 2025 et organisée au Maroc, la Coupe d’Afrique des nations féminine a franchi un cap sur le plan médiatique, avec une diffusion dans plus de 120 pays à travers le monde.
Le football féminin monte en flèche donc, et les équipes nationales sont elles aussi en pleine progression, à l’instar des Lionnes de l’Atlas, quatrièmes meilleures sélections africaines au classement FIFA (64es), derrière le Nigeria (36e), l’Afrique du Sud (57e) et le Ghana (60e).
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Et si le classement reste amené à évoluer, les Marocaines affichent, depuis 2022, une progression impressionnante. Elles ont d’abord signé une première qualification historique à la Coupe du Monde 2023, devenant la première sélection nord-africaine à atteindre les huitièmes de finale du Mondial féminin. Quelques mois auparavant, elles avaient déjà disputé leur toute première finale de la CAN 2022, perdue face aux Banyana Banyana (2-1).
Rebelote à la CAN 2024. Cette fois-ci, les Marocaines, emmenées par Jorge Vilda, se hissent une nouvelle fois jusqu’en finale, avant de s’incliner face au Nigeria (3-2), après avoir pourtant mené 2-0 jusqu’à l’heure de jeu. Pas encore de titre, certes, mais une montée en puissance en quelques années qui témoigne d’un football féminin marocain en train de tutoyer les sommets.
Et pour cette édition 2026, Vilda et ses Lionnes ont déjà annoncé la couleur avec un succès inaugural 4-0 face au Kenya.
Lionnes de l'Atlas. DR
Déterminées à décrocher leur premier sacre à domicile, les Lionnes s’appuient sur un groupe mêlant jeunesse et expérience. La Ballon d’Or africaine en titre Ghizlane Chebbak, ou encore la défenseure Hanane Aït El Haj, passée par l’AS FAR et désormais pensionnaire du Deportivo Alavés en Espagne, encadrent les plus jeunes, à l’image de l’attaquante Sakina Ouzraoui ou encore de Kautar Azraf, 18 ans, pensionnaire de la réserve du FC Barcelone.
Des profils formés au pays, d’autres aguerris à l’étranger... Les Lionnes de l’Atlas présentent un effectif où se mêlent talents issus de la Botola et expériences acquises hors des frontières, reflet d’un championnat marocain devenu un véritable tremplin vers la sélection nationale. L’AS FAR, notamment, reste le club le plus représenté au sein du groupe.
Khadija Illa, présidente de la Ligue Nationale de Football Féminin (LNFF) et l’une des figures majeures du développement du ballon rond féminin au Maroc, est convaincue que les Marocaines ont l’étoffe pour aller chercher le titre. Dans un entretien accordé à Le360 Sport, elle revient sur cette CAN féminine 2026, symbole de l’évolution du football féminin, aussi bien sur le continent qu’au Royaume.
Le360 Sport: Au fil des éditions de la CAN féminine, sentez-vous que le football féminin franchit un cap, tant sur le plan sportif que médiatique?
Khadija Illa: Oui clairement. Le niveau technique et tactique progresse d’une édition à l’autre. On constate également une évolution dans l’organisation de la compétition avec un format qui s’élargit progressivement et un nombre croissant de nations participantes. L’engouement du public est lui aussi en forte progression, alors qu’auparavant les rencontres étaient majoritairement accessibles sur invitation ou en accès libre, on voit aujourd’hui des billets vendus en ligne et une réelle demande des supporters. La couverture médiatique s’est également considérablement renforcée. Tous ces éléments montrent que le football féminin africain est sur une dynamique très positive.
Cette édition marque le passage de 12 à 16 équipes. Est-ce un signe que le football féminin africain continue de progresser? Qu’est-ce qu’un tel élargissement peut apporter dans la compétition?
C’est un signe fort de la progression du football féminin en Afrique. Le passage à 16 équipes permet aux sélections de participer à une compétition de haut niveau, d’acquérir de l’expérience et de disputer un plus grand nombre de matchs. Cela prolonge également la durée du tournoi ce qui offre au public plus d’occasions de découvrir et de suivre les différentes sélections africaines.
Pour les joueuses c’est une opportunité de se mesurer à des adversaires aux profils variés et de gagner en expérience et de mettre en valeur leurs qualités. Au final, cet élargissement rend la compétition plus relevée, plus attractive et plus représentative du potentiel du football féminin dans le continent.
Depuis le début du tournoi, y a-t-il une sélection qui vous a particulièrement surpris ou impressionné sur le plan sportif?
Depuis le début du tournoi plusieurs sélections ont confirmé les progrès réalisés ces dernières années, tandis que d’autres ont surpris par rapport aux attentes.
Des équipes annoncées parmi les plus compétitives ont rencontré davantage de difficultés, alors que d’autres, comme le Malawi lors de son premier match contre le Nigeria ont affiché un niveau de performance très intéressant.
Cela illustre une évolution importante du football féminin africain: l’écart entre les sélections tend à se réduire, le niveau global s’élève et chaque rencontre devient de plus en plus disputée.
Le Maroc accueille la CAN féminine pour la troisième fois consécutive. Selon vous, que dit ce choix de la CAF sur les ambitions du Royaume en matière de développement du football féminin?
Le fait que le Maroc accueille la CAN féminine pour la troisième édition consécutive reflète la confiance de la CAF dans les capacités organisationnelles du Royaume, mais aussi dans sa vision à long terme pour le développement du football féminin.
Ce choix témoigne des efforts importants réalisés ces dernières années notamment en matière d’infrastructures, de structuration des compétitions et de développement de la pratique. Accueillir régulièrement une compétition de cette envergure contribue également à renforcer la visibilité du football féminin, à attirer plus de jeunes vers cette discipline et à laisser un héritage durable pour les clubs, les joueuses et l’ensemble de l’écosystème du football féminin marocain.
Quel impact une compétition comme la CAN féminine peut-elle avoir sur la Botola féminine?
La CAN féminine constitue une véritable vitrine pour le championnat féminin. Cette édition en est un excellent exemple avec 21 joueuses évoluant dans notre championnat qui participent à la compétition, dont 12 internationales marocaines.
Cela démontre que la championnat féminin est aujourd’hui capable de former et de développer des joueuses qui évoluent au plus haut niveau continental.
Cette visibilité renforce la crédibilité du championnat, valorise le travail des clubs et peut encourager plus de jeunes filles à pratiquer le football, tout en attirant de nouveaux partenaires et en poursuivant la professionnalisation de la discipline.
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La sélection marocaine est composée de joueuses évoluant dans le championnat local et d’autres évoluant à l’étranger. Estimez-vous que cet équilibre est aujourd’hui l’une des forces de cette équipe?
Oui, cet équilibre constitue un véritable atout. Les joueuses évoluant dans le championnat local apportent une bonne connaissance du football africain, un football qui se distingue souvent par son intensité physique, son engagement et sa combativité. Elles assurent également une continuité dans le travail réalisé au niveau national et contribuent à la cohésion du groupe. D’une part, les joueuses évoluant à l’étranger enrichissent la sélection grâce à l’expérience acquise dans des championnats aux styles de jeu variés et à un niveau d’exigence élevé. Cette complémentarité permet à l’équipe nationale de disposer d’un effectif plus équilibré, plus compétitif et capable de s’adapter à différents profils d’adversaires.
Les Lionnes de l’Atlas, deux fois finalistes, figurent parmi les favorites de cette CAN. Quel regard portez-vous sur leur début de tournoi et pensez-vous qu’elles ont les moyens d’aller chercher le titre?
Le début de parcours des Lionnes de l’Atlas est globalement positif. L’équipe a montré de bonnes qualités collectives, de la maîtrise dans le jeu et une réelle capacité à gérer les différents temps des matchs. Les ambitions sont légitimes, mais dans une compétition de ce niveau, chaque rencontre présente ses propres défis. Le Maroc possède les qualités techniques, tactiques et mentales pour viser le titre, à condition de maintenir le même niveau d’engagement, de concentration et de régularité jusqu’au bout du tournoi.
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Mais avant de viser une finale, le Maroc affronte l’Algérie (Jeudi 30 juillet, NDLR) elle aussi vainqueur de son premier match avec maîtrise. Ce genre d’affiche est toujours excitant. Quelles seront les forces marocaines pour passer cet obstacle?
Il s’agit avant tout d’une rencontre entre deux sélections qui connaissent une progression importante ces dernières années. Ce sera un match de haut niveau qui se jouera sur de nombreux détails. La sélection marocaine devra s’appuyer sur la qualité de son collectif, sa discipline tactique, sa maîtrise du jeu ainsi que sur le soutien de son public. L’objectif sera d’aborder cette rencontre avec sérénité, confiance et beaucoup de concentration afin de mettre toutes les chances de son côté.
Quelles sont aujourd’hui les priorités de la LNFF pour permettre au championnat local de continuer à se professionnaliser et à produire davantage d’internationales?
Les priorités de la LNFF sont de poursuivre la structuration du championnat local et d’accompagner les clubs dans leur développement, aussi bien dans les championnats professionnels que dans les compétitions amateurs et le futsal.
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Un travail important est également mené sur les compétitions des catégories de jeunes, notamment les championnats U19 et U16, qui constituent un véritable vivier pour les clubs et les sélections nationales. L’objectif est d’assurer une continuité dans la formation des joueuses, de leur offrir un parcours de développement clair, des catégories de jeunes jusqu’au plus haut niveau, et de renforcer l’attractivité du championnat local afin que les meilleures joueuses choisissent d’y évoluer. Plus le niveau de notre championnat progresse, plus il contribue au développement du football féminin national.







