Lions de l’Atlas: les gagnants et les perdants du dernier rassemblement

Les Lions de l'Atlas

Deux victoires, un nul et des enseignements à plusieurs niveaux. Si certains Lions de l’Atlas ont marqué des points durant ce rassemblement d’octobre, d’autres ont déçu ou n’ont tout simplement pas eu l’occasion de se montrer. Avec plusieurs joueurs très peu utilisés et six éléments restés sans la moindre minute, la gestion des 30 joueurs convoqués par Mohamed Ouahbi soulève aussi son lot de questions.

Le 06/10/2026 à 21h24

Trois matchs, deux victoires contre le Gabon (2-0) et le Lesotho (2-0), puis un nul face au Mali (1-1). Sur le plan comptable, le rassemblement d’octobre des Lions de l’Atlas reste positif. Sur le plan des enseignements, le bilan est beaucoup plus contrasté.

Mohamed Ouahbi disposait pourtant d’une fenêtre idéale pour passer son groupe au révélateur. Deux rencontres officielles pour lancer les éliminatoires de la CAN 2027, puis un amical contre le Mali. Certains joueurs en ont profité pour gagner du terrain dans la hiérarchie. D’autres ont déçu. Et plusieurs repartent sans même avoir eu la possibilité de défendre leur place.

Tour d’horizon des gagnants, des perdants et de ceux dont le statut n’a finalement pas beaucoup évolué.

LES GAGNANTS

Ayyoub Bouaddi: il n’est déjà plus là pour apprendre

À 19 ans, Ayyoub Bouaddi est probablement l’un des principaux gagnants du rassemblement. Titulaire contre le Gabon puis face au Mali, il a confirmé une maturité qui tranche avec son jeune âge.

À l’aise sous pression, capable de jouer dans de petits espaces et de casser des lignes par la passe, le milieu de Manchester City a surtout montré face au Mali qu’il pouvait prendre davantage de responsabilités lorsque le jeu marocain se grippe. Il reste du déchet et une marge de progression importante, mais une chose semble désormais acquise: Bouaddi n’est plus simplement un jeune joueur que l’on prépare pour demain.

Noussair Mazraoui: l’assurance tous risques

Il n’a pas terminé le rassemblement en raison de sa blessure contractée face au Lesotho, mais il avait déjà fait le nécessaire. Buteur et excellent contre le Gabon, puis de nouveau très performant lors de la deuxième journée, Noussair Mazraoui a rappelé toute son importance.

«El Haj» apporte une intelligence tactique et une qualité technique dont peu de joueurs disposent dans cet effectif. Sa trêve s’est arrêtée prématurément, mais son statut, lui, est encore renforcé.

Bilal El Khannouss: il réclame davantage de responsabilités

Une passe décisive en sortie de banc contre le Gabon, puis probablement sa meilleure prestation de la trêve face au Lesotho. Bilal El Khannouss a montré qu’il pouvait apporter ce dont cette équipe manque parfois: de la créativité entre les lignes.

Son match contre le Mali a été beaucoup moins convaincant. Il a beaucoup touché le ballon, parfois trop loin des zones où il pouvait réellement faire mal. Mais sur l’ensemble du rassemblement, il a marqué des points et confirmé qu’il pouvait devenir l’un des principaux animateurs du jeu marocain.

Azzedine Ounahi: deux très bons matchs, puis le mauvais réflexe

Excellent contre le Gabon et buteur face au Lesotho, Azzedine Ounahi a retrouvé durant une bonne partie de cette trêve ce qui fait sa force: mobilité, disponibilité, conduite de balle et capacité à éliminer.

Face au Mali, il est retombé dans certains de ses travers. À vouloir parfois trop provoquer ou porter le ballon, il a ralenti des séquences qui demandaient davantage de simplicité. Son bilan reste positif, mais le contraste entre ses deux premières sorties et la troisième rappelle qu’Ounahi est souvent meilleur lorsqu’il cherche à accélérer le jeu plutôt qu’à le monopoliser.

Oussama Targhalline: une apparition qui compte

Il n’a pas eu besoin de trois matchs pour se signaler. Titulaire face au Lesotho, Oussama Targhalline a été le véritable régulateur de l’entrejeu marocain. Toujours disponible à la relance et particulièrement propre dans ses transmissions, il a donné de l’équilibre au milieu et permis à Neil El Aynaoui d’évoluer plus haut. Une prestation suffisamment convaincante pour rappeler qu’il existe dans la concurrence au milieu.

Soufiane Rahimi: encore décisif

Rahimi n’a pas forcément beaucoup pesé dans le jeu, mais il a encore fait ce qu’on attend d’un attaquant: être décisif. Buteur quelques minutes après son entrée contre le Gabon, puis passeur face au Lesotho, il a parfaitement endossé le rôle de supersub.

Son entrée contre le Mali a en revanche été ratée. Mais avec un but et une passe décisive sur la trêve malgré un temps de jeu limité, son bilan reste à son avantage.

CEUX QUI CONSERVENT LEUR STATUT

Yassine Bounou: irréprochable, mais avait-il besoin de tout jouer?

Bounou a encore répondu présent. Décisif contre le Gabon, pratiquement au chômage face au Lesotho et solide contre le Mali, il n’a donné aucune raison de remettre en cause son statut de numéro un.

La question est ailleurs: fallait-il vraiment lui faire disputer les trois rencontres? Bounou n’avait rien à prouver. Ses doublures, si.

Issa Diop: trois matchs sérieux, sans bruit

Utilisé régulièrement, Issa Diop a livré un rassemblement propre. Sérieux dans ses interventions, à l’aise dans la première relance et rarement pris individuellement, il n’a pas réalisé de prestation spectaculaire mais n’a pas davantage donné de raisons de l’écarter.

Neil El Aynaoui: beaucoup de sérieux, pas encore assez d’influence

Présent dans les différentes configurations utilisées par Ouahbi, El Aynaoui a alterné les rôles. Sérieux contre le Gabon, plus libre et intéressant aux côtés de Targhalline contre le Lesotho, il a en revanche été beaucoup trop neutre face au Mali.

Son volume et son intelligence tactique sont précieux, mais il doit encore peser davantage avec le ballon pour devenir incontournable.

Abdessamad Ezzalzouli: beaucoup de promesses dans les prises de balle

Abde a beaucoup provoqué pendant ce rassemblement. Face au Gabon, il a régulièrement mis son adversaire direct sous pression sans suffisamment bien terminer ses actions. Entré contre le Lesotho, il a apporté de la percussion. Face au Mali, il a obtenu puis transformé le penalty marocain.

Il reste toutefois cette impression persistante: Abde semble capable de faire basculer une rencontre à chaque accélération, mais le résultat final de ses actions ne correspond pas toujours à ce qu’elles promettent.

Gessime Yassine: intéressant, mais trop peu vu

Sa titularisation contre le Gabon avait laissé entrevoir une progression évidente. Plus sûr techniquement, plus mature dans ses choix et impliqué dans le travail défensif, Gessime Yassine avait livré une prestation encourageante.

La suite ne lui a pas vraiment permis de confirmer. Quelques minutes contre le Mali ne suffisent évidemment pas pour juger davantage son rassemblement.

Anass Salah-Eddine: une occasion sans véritable déclic

Quelques minutes face au Gabon, puis une titularisation contre le Mali. Anass Salah-Eddine a montré sa capacité à accompagner les attaques et à occuper son couloir, mais son apport dans les derniers mètres est resté limité.

Il n’a pas raté son rassemblement, mais il n’a pas non plus suffisamment marqué les esprits pour bouleverser la hiérarchie.

Abdelhamid Aït Boudlal: propre quand Ouahbi a fait appel à lui

Titulaire face au Lesotho, le jeune défenseur a fait ce qu’on lui demandait. Sérieux dans la couverture, attentif et sans prise de risque inutile, il a livré une prestation correcte.

L’opposition limitée du Lesotho ne permettait toutefois pas de tirer de conclusions définitives. Il aurait été intéressant de le revoir contre un adversaire du calibre du Mali.

Soufiane El Faouzi: beaucoup trop peu pour juger

Quelques minutes seulement face au Lesotho. Impossible d’en tirer une conclusion sérieuse. Son rassemblement restera essentiellement celui d’une découverte du groupe.

Tawfik Bentayeb: une utilisation presque anecdotique

Lui aussi a eu droit à quelques minutes face au Lesotho avant d’être lancé à la 90e minute contre le Mali. Difficile de comprendre ce qu’un attaquant est censé démontrer dans de telles conditions.

Bentayeb n’a ni gagné ni perdu sa place. On ne lui a simplement pas donné suffisamment de temps pour savoir ce qu’il pouvait apporter.

LES PERDANTS

Ismael Saibari: une trêve à oublier

Suspendu contre le Gabon, Saibari avait deux rencontres pour se montrer. Il les a manquées. Très discret contre le Lesotho, imprécis techniquement et sans influence dans les trente derniers mètres, il a légèrement relevé son activité contre le Mali sans retrouver son véritable niveau. Deux sorties insuffisantes pour un joueur dont le statut et les qualités autorisent beaucoup plus. Il est l’un des grands perdants sportifs de cette trêve.

Brahim Diaz: un but qui masque difficilement le reste

Brahim Diaz a marqué contre le Lesotho, et ce but compte. Mais dans le jeu, le rassemblement reste mitigé. Souvent enfermé et en difficulté pour faire des différences lors de sa titularisation, il n’a ensuite rien changé en entrant face au Mali. Pour un joueur censé apporter de la créativité et faire basculer les matchs fermés, sa dernière sortie est particulièrement décevante.

Nayef Aguerd: toujours pas rassurant

Son retour était attendu. Il n’a pas complètement dissipé les doutes. Solide dans les duels face au Gabon mais assez neutre avec le ballon, Aguerd a ensuite livré une prestation inquiétante contre le Mali. Manque de sérénité, difficultés lorsque l’adversaire accélère et une autorité insuffisante pour un joueur appelé à être l’un des patrons de la défense. Son statut protège encore sa place, mais son rassemblement ne l’a certainement pas renforcée.

Zakaria El Ouahdi: occasion manquée

Titulaire face au Lesotho, El Ouahdi avait une vraie possibilité de marquer des points. Il ne l’a pas saisie. Trop de déchet technique, des contrôles approximatifs et peu d’impact dans son couloir. Son entrée tardive contre le Mali ne pouvait évidemment pas changer le constat. Dans une zone où la concurrence existe, c’était une occasion à ne pas laisser passer.

Yassir Zabiri: perdant sans avoir vraiment eu sa chance

Sa situation est différente. Zabiri a certes débuté contre le Gabon, mais pour une première titularisation, il s’est retrouvé confronté à un marquage individuel très serré et souvent isolé.

Ouahbi ne lui a ensuite pratiquement plus donné l’occasion de se montrer. C’est dommage. Pour un attaquant arrivé en sélection en pleine confiance, le revoir dans une autre configuration aurait eu du sens.

Le joueur quitte donc le rassemblement sans avoir réellement marqué de points, mais aussi avec le sentiment légitime que l’échantillon était beaucoup trop faible pour le juger.

Ilias Akhomach: un retour pour presque rien

Après une longue absence, Akhomach avait besoin de jouer. Il n’a eu droit qu’à une fenêtre réduite contre le Gabon.

Son entrée avait pourtant été encourageante, avec de l’envie et de la percussion. Puis plus rien. Pour un joueur que l’on rappelle après une longue période loin de la sélection, la gestion interroge.

Achraf Hakimi: une convocation difficile à comprendre

C’est l’un des cas les plus étranges du rassemblement. Suspendu contre le Gabon, Hakimi est entré en jeu face au Lesotho avant de ne pas être utilisé contre le Mali. Son temps de jeu sur trois rencontres aura donc été extrêmement faible.

S’il existait un accord avec son club pour ménager le capitaine, pourquoi l’avoir convoqué alors qu’il était déjà certain de manquer le premier match? Et s’il n’existait aucun arrangement, pourquoi l’avoir si peu utilisé? Dans les deux cas, la logique sportive de sa convocation mérite une explication.

SIX JOUEURS CONVOQUÉS, ZÉRO MINUTE

Munir El Kajoui, Ahmed Reda Tagnaouti et Alaa Bellaarouch: les spectateurs de luxe

C’est probablement le choix le plus difficile à défendre. Ouahbi avait quatre gardiens à sa disposition et trois matchs à disputer. Il a choisi de faire jouer Bounou à chaque fois.

Personne n’avait besoin de découvrir les qualités du gardien titulaire. La véritable interrogation concernait précisément ses doublures. Qui est le numéro deux? Qui peut répondre présent si Bounou est absent? Quelle est aujourd’hui la hiérarchie entre Munir, Tagnaouti et Bellaarouch? Après trois matchs, aucune réponse.

Le plus étonnant reste l’amical contre le Mali. Si même ce type de rencontre ne permet pas de tester un autre gardien, quand le fera-t-on?

Marwane Saadane et Redouane Halhal: appelés, puis oubliés

Même interrogation en défense centrale. Saadane et Halhal ont traversé l’intégralité du rassemblement sans jouer. Pourtant, Ouahbi a utilisé différentes associations et disposait du match contre le Mali pour poursuivre ses essais.

Les convoquer pour ne leur accorder aucune minute sur trois rencontres réduit forcément l’intérêt de leur présence.

Samir El Mourabet: aucune chance de se montrer

Même sort pour Samir El Mourabet. Dans un secteur où Ouahbi a pourtant cherché différentes associations, le milieu n’a pas eu une seule minute. Difficile alors de savoir ce que sa convocation devait permettre d’évaluer. Il repart exactement comme il est arrivé: sans que le public ait pu voir ce qu’il pouvait apporter à cette équipe.

Ali Maamar: une classe sautée un peu trop vite?

Le cas Ali Maamar mérite d’être nuancé. Pour ses premiers pas comme titulaire avec les Lions de l’Atlas, le jeune latéral n’a été ni franchement mauvais ni réellement convaincant. Il a montré de l’envie, beaucoup couru et tenté d’apporter offensivement, mais ses prestations ont également révélé des approximations dans le placement, les transmissions et la gestion de certaines situations défensives. Rien d’anormal pour un joueur qui découvre à peine ce niveau.

La question concerne donc moins Maamar que la manière dont Mohamed Ouahbi a choisi de l’installer. Passer presque directement des U20 à une place de titulaire chez les A, sans véritable passage par l’étape intermédiaire des U23, ressemble à une classe sautée. Un pari qui peut se défendre lorsqu’un jeune survole son sujet, beaucoup moins lorsque ses premières prestations restent simplement correctes.

Ouahbi a pourtant insisté en lui accordant une nouvelle titularisation face au Mali. Une confiance importante pour un joueur encore en phase d’apprentissage, alors que d’autres éléments du groupe n’ont pas bénéficié de la moindre minute pour tenter de convaincre. Maamar n’est pas responsable de cette situation. Mais sa promotion express illustre une nouvelle fois une répartition du temps de jeu difficile à comprendre durant ce rassemblement.

Et Mohamed Ouahbi dans tout ça?

C’est finalement le sélectionneur qui laisse le plus de questions derrière lui. Deux victoires, un nul: personne ne peut contester le bilan comptable. Mais réduire un rassemblement à ses résultats serait passer à côté de sa fonction, particulièrement lorsqu’un sélectionneur convoque un groupe aussi large.

Ouahbi disposait de trois matchs. Il avait un premier rendez-vous officiel contre le Gabon, un deuxième face au Lesotho, puis un amical contre le Mali. Il pouvait à la fois sécuriser les six points en éliminatoires et profiter du troisième match pour pousser beaucoup plus loin ses essais. Il ne l’a pas vraiment fait.

Trois gardiens sont repartis sans jouer une seule minute alors que Bounou n’avait absolument rien à prouver. Deux défenseurs centraux n’ont jamais quitté le banc. El Mourabet non plus. Akhomach a été à peine aperçu. Zabiri n’a eu qu’une véritable chance. Bentayeb a notamment été lancé à la 90e minute contre le Mali, lorsqu’il ne restait pratiquement plus rien à jouer.

À l’inverse, Ouahbi s’est montré particulièrement insistant avec certains joueurs, notamment Ali Maamar, qu’il voulait manifestement revoir.

Et puis il y a Hakimi. Suspendu pour le premier match, utilisé quelques minutes seulement contre le Lesotho et laissé sur le banc face au Mali. S’il fallait le ménager, sa convocation interroge. S’il était disponible, son utilisation interroge encore davantage.

Mais le plus préoccupant dépasse la simple gestion des minutes. Face au Mali, dès que l’adversaire a fermé les espaces et imposé davantage d’impact, les Lions ont retrouvé de vieux problèmes: circulation trop lente, manque de mouvement, peu de solutions entre les lignes et incapacité à modifier le scénario d’une rencontre qui leur échappait progressivement.

Ouahbi peut retenir les six points pris contre le Gabon et le Lesotho. Il peut également se satisfaire de l’émergence de Bouaddi, de la confirmation de Mazraoui ou des bonnes séquences d’El Khannouss, Ounahi et Targhalline.

Mais il devra aussi répondre à une question beaucoup plus simple: à quoi sert de convoquer 30 joueurs si une partie d’entre eux n’a pratiquement aucune chance de jouer?

Un rassemblement doit aussi servir à préparer l’imprévu. Tester une doublure de Bounou. Voir une nouvelle charnière. Donner trente ou quarante-cinq minutes à un joueur que l’on connaît moins. Mettre un jeune attaquant dans différentes configurations. Créer une véritable concurrence.

Sur ce plan, les Lions terminent la trêve avec presque autant d’interrogations qu’au moment de la commencer.

Par Adil Azeroual
Le 06/10/2026 à 21h24