Dans La Casa de Papel, les braqueurs portaient des combinaisons rouges, des masques de Dali et des noms de villes. Mais le véritable personnage principal n’était ni Tokyo, ni Berlin, ni Rio. C’était un homme discret, presque effacé. Un homme qui ne criait jamais, ne cherchait jamais la lumière et semblait toujours avoir plusieurs coups d’avance sur tout le monde: Le Professeur. Son arme n’était ni la force ni le charisme, mais la réflexion.
Samedi soir, au MetLife Stadium du New Jersey, en regardant Mohamed Ouahbi sur le banc des Lions de l’Atlas, difficile de ne pas penser à ce personnage devenu culte. Évidemment, la comparaison a ses limites. Le football n’est pas une série Netflix et une Coupe du Monde n’a rien d’un braquage. Pourtant, il existe chez le sélectionneur national quelque chose qui rappelle cette figure singulière: le calme dans la tempête.
Depuis sa nomination à la tête des Lions, Mohamed Ouahbi avance à contre-courant de son époque. À l’heure où les entraîneurs deviennent des personnages médiatiques à part entière, où les conférences de presse prennent parfois davantage d’importance que les séances d’entraînement, lui a choisi une autre voie, celle du travail.
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Depuis plusieurs mois, le débat autour de sa nomination n’a jamais réellement cessé. Certains ont salué son parcours remarquable avec les Lionceaux U20. D’autres ont estimé qu’il manquait encore d’expérience au plus haut niveau. D’autres encore ont considéré que le poste arrivait trop tôt dans sa carrière. L’intéressé, lui, n’a jamais répondu. Ou plutôt, il a répondu à sa manière… sur le terrain.
Il faut reconnaître qu’il n’avait pas hérité de la situation la plus simple. Succéder à Walid Regragui après l’épopée historique de Doha, le sacre en Coupe d’Afrique des Nations et dans un contexte de très fortes attentes populaires relevait presque du défi impossible.
Ouahbi le savait. Il savait également qu’il n’aurait ni le temps, ni le luxe de construire lentement. La Coupe du Monde arrivait vite, trop vite.
Trois mois à peine après sa prise de fonction, le voilà déjà confronté au premier grand test de son mandat: le Brésil. Et pas n’importe quelle Seleção, celle de Carlo Ancelotti, un monument du football mondial.
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Sur le papier, l’affiche ressemblait presque à un examen de passage. D’un côté, un technicien aux multiples Ligues des Champions. De l’autre, un sélectionneur qui découvrait encore le très haut niveau international avec les A.
Mais le football n’est pas une compétition de CV, mais d’idées. Et ce samedi 13 juin, les idées marocaines ont tenu tête aux idées brésiliennes. Pendant une heure, les Lions de l’Atlas ont proposé un football ambitieux, courageux et discipliné. Un football qui ne cherchait pas seulement à survivre face à la Seleção, mais à exister. Puis est arrivée cette période du match où les organismes commencent à souffrir.
Les courses deviennent plus lourdes, les espaces plus difficiles à fermer et les jambes répondent moins vite que les intentions. Et c’est à ce moment-là qu’un sélectionneur révèle sa véritable valeur. Car gérer un match ne consiste pas uniquement à préparer un plan. Il faut savoir le modifier.
Ouahbi l’a compris. Alors que beaucoup auraient conservé leurs cadres jusqu’à l’épuisement, il a osé et sorti des cadres comme Brahim Diaz, Azzedine Ounahi et Noussair Mazraoui. Résultat: il a redistribué les rôles et l’équipe n’a pas craqué. Et c’est précisément ce qui a marqué les observateurs.
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Parce que derrière les changements, il y avait surtout une lecture du match. Comme ce joueur d’échecs qui anticipe plusieurs coups avant son adversaire. Comme El Profesor.
Personne ne sait jusqu’où ira cette équipe dans ce Mondial, ni si Ouahbi deviendra l’un des grands sélectionneurs de l’histoire du football marocain. Il est encore beaucoup trop tôt pour l’affirmer. Mais une chose apparaît déjà évidente, sur le banc des Lions de l’Atlas se trouve un entraîneur qui refuse les raccourcis, qui comprend que dans le football, comme dans les plus grandes opérations imaginées par les scénaristes de La Casa de Papel, la réussite commence toujours par une préparation minutieuse.
AFP













