Tu ne marcheras jamais seul

Les supporters marocains à Boston

ChroniqueParfois, les plus beaux ambassadeurs d’un pays ne portent pas de crampons. Ils portent un maillot rouge, un drapeau sur les épaules, un tarbouch pour certains, une voix cassée par les chants, et cette fierté simple qui se résume en deux mots: Dima Maghrib.

Le 04/07/2026 à 12h44

Pendant que Lionel Messi bat de nouveaux records, que Cristiano Ronaldo signe un retour fracassant, que Kylian Mbappé continue de faire du Mondial son terrain de jeu favori et qu’Erling Haaland porte la Norvège sur ses épaules, une autre histoire s’écrit loin des projecteurs. Elle ne se raconte ni en buts, ni en statistiques, mais dans les tribunes, les rues et les fan-zones. Cette histoire, c’est celle des supporters marocains, de ceux qui n’ont qu’un mot à la bouche: «Dima Maghrib».

Depuis le début de cette Coupe du Monde, ils sont partout où passent les Lions de l’Atlas. À New York, Boston, Atlanta, Monterrey puis Houston, ils accompagnent les hommes de Mohamed Ouahbi avec une fidélité qui force le respect. Ils ne figurent dans aucun onze de départ, pourtant, ils font pleinement partie de l’aventure.

Derrière cette marée rouge, il y a des histoires que l’on ne voit pas toujours. Des femmes et des hommes qui ont mis leur vie entre parenthèses pour suivre l’équipe nationale. Certains ont quitté leur travail quelques jours, d’autres ont posé toutes leurs économies sur ce voyage. Il y en a qui se sont endettés, qui ont accepté des sacrifices lourds, qui ont laissé derrière eux leurs obligations, simplement pour être là, derrière les Lions.

Dans les tribunes, on croise aussi des supporters âgés, des enfants, des Marocains venus de plusieurs continents, mais aussi des personnes en fauteuil roulant qui ont tenu, elles aussi, à vivre cette Coupe du Monde au plus près de notre «Mountakhab».

Tout avait commencé au New Jersey, où la sélection nationale avait établi son camp de base. Les supporters étaient déjà là, devant l’hôtel, autour des séances ouvertes au public, ou simplement pour apercevoir le bus de l’équipe. Certains avaient traversé plusieurs États américains. D’autres avaient quitté le Canada, l’Europe ou le Maroc. Tous avaient le même objectif: accompagner les Lions aussi loin que possible.

Puis il y a eu le MetLife Stadium, dans le New Jersey, face au Brésil. Avant même le coup d’envoi, une marée rouge avait envahi les tribunes, les parkings et les stations de train menant au stade. Les «Sir, Sir, Sir!», «Dima Maghrib!», «Allah, Al Watan, Al Malik!» couvraient parfois les chants des supporters brésiliens.

La suite n’a fait que confirmer le phénomène. Boston, Atlanta, Monterrey, Houston: à chaque étape, le même décor. Des drapeaux rouges dans les rues, des cafés transformés en points de ralliement, des cortèges improvisés, des chants repris en boucle et cette impression, troublante pour les adversaires, que le Maroc ne joue jamais vraiment à l’extérieur.

Ce qui frappe, ce n’est pas seulement leur nombre. C’est leur manière d’être présents. Ils célèbrent avec les supporters adverses et repartent souvent en laissant derrière eux une image de fête et de convivialité.

À une époque où les grandes compétitions sont parfois marquées par des tensions ou des débordements, cette ferveur tranquille mérite d’être soulignée. Les supporters marocains défendent leurs couleurs avec intensité, mais aussi avec respect. Ils rappellent que le football peut encore être une fête populaire, un moment de partage, un espace où l’on peut aimer son équipe sans détester celle d’en face. Si les Lions de l’Atlas donnent une belle image du Maroc sur le terrain, leurs compatriotes, eux, la prolongent partout ailleurs.

Depuis l’épopée du Qatar, le monde connaît la force du public marocain. Mais certains pensaient alors que cette ferveur devait beaucoup à la proximité géographique et culturelle. L’Amérique du Nord a balayé cet argument. Les distances sont énormes, les billets coûteux, les déplacements compliqués. Pourtant, les Marocains sont là.

C’est peut-être cela, la vraie force de cette sélection. Elle ne rassemble pas seulement vingt-six joueurs. Elle rassemble un peuple dispersé, parfois éloigné de ses racines, mais jamais détaché de ses couleurs. Un peuple capable de traverser des frontières, de faire des sacrifices et de tout laisser derrière lui pour suivre une équipe qui représente bien plus qu’un simple maillot.

Ce samedi, au NRG Stadium de Houston, face au Canada, les Hakimi, Bounou et autres Saibari tenteront d’écrire une nouvelle page de leur histoire. Comme toujours depuis le début de ce Mondial, ils ne seront pas seuls.

Par Adil Azeroual
Le 04/07/2026 à 12h44