Après avoir mis un terme à sa carrière internationale en février dernier, Romain Saïss continue de suivre avec attention l’actualité des Lions de l’Atlas. Figure emblématique de la sélection nationale durant plus d’une décennie et capitaine entre 2019 et 2025, l’ancien défenseur central a marqué l’histoire du football marocain, notamment en participant à l’épopée historique du Maroc lors de la Coupe du monde 2022 au Qatar.
Pour Le360 Sport, il revient sur les principaux atouts des Lions de l’Atlas à l’aube de leur entrée en lice au Mondial 2026, leur capacité à rivaliser avec les plus grandes nations, le choc d’entrée face au Brésil, mais aussi sur l’ambition de voir un jour le Maroc devenir la première nation africaine sacrée championne du monde.
«Porter le maillot du Maroc est un honneur, une fierté et une responsabilité»
— Romain Saïss
Le Maroc possède aujourd’hui un effectif riche en talents. Est-ce, selon vous, la meilleure génération de l’histoire du football marocain?
Je ne sais pas si c’est la meilleure génération de l’histoire du football marocain, et je vais vous répondre très honnêtement. Nous avons finalement trop peu vu jouer la génération de 1986. Je pense à des joueurs comme Zaki, Timoumi ou Dolmy. Nous les connaissons surtout à travers les récits, les images d’archives et ce que l’on nous en a raconté. De ce qu’on a vu et entendu, c’était une génération exceptionnelle.
Je ne peux donc pas affirmer que celle d’aujourd’hui est supérieure en termes de qualité ou de talent. En revanche, ce qui est certain, c’est que les joueurs actuels évoluent dans de très grands clubs et disputent les compétitions les plus relevées au monde. C’est un élément important.
Mais une chose est sûre: cette génération figure parmi les meilleures de l’histoire du Maroc. C’est même la meilleure que j’ai connue personnellement. Elle réunit énormément de qualités et possède tous les ingrédients pour réussir. Surtout, elle est encore jeune, ce qui laisse espérer de très belles années pour le football marocain.
«Il faut jouer avec son cœur, mais aussi avec sa tête»
— Romain Saïss
Jusqu’où cette sélection marocaine peut-elle aller lors de ce Mondial, selon vous?
Pour réussir une Coupe du Monde, la chose la plus importante, c’est l’état d’esprit, la solidarité du groupe et la discipline. Ensuite, il faut du talent et de la qualité, et je pense que le Maroc en possède beaucoup.
Il faut également savoir jouer avec son cœur et avec sa tête, tout en gardant de l’humilité. Cette équipe a les qualités nécessaires pour rivaliser avec les meilleures nations et ambitionner un parcours important.
Quels sont les principaux atouts de cette équipe pour réussir une grande Coupe du Monde?
Pour réussir une Coupe du Monde, de mon point de vue, la chose la plus importante, c’est l’état d’esprit et le groupe. Il faut que ton groupe soit irréprochable, qu’il n’y ait pas de problèmes d’ego.
Pourquoi je ne joue pas? Pourquoi ceci? Un qui fait la tête parce qu’il n’est pas content de son temps de jeu... C’est vraiment la pire des choses qui peut arriver. Il faut vraiment un groupe solide mentalement, solidaire et discipliné.
L’état d’esprit est primordial. Tu peux avoir les meilleurs joueurs du monde, si tu n’as pas le bon état d’esprit et la bonne attitude, tu ne feras rien. Après, il faut quand même de la qualité et du talent. Je pense qu’on en a pas mal.
Après l’exploit historique réalisé au Qatar en 2022, pensez-vous que le Maroc peut encore surprendre lors de cette Coupe du Monde?
Il faut jouer avec son cœur, mais aussi avec sa tête. Il faut aller là-bas avec de l’humilité, parce qu’il faut respecter les grandes nations qui répondent présentes depuis toutes ces années.
Mais sur le terrain, c’est 11 contre 11 et nous sommes tous égaux. Il ne faut avoir aucun complexe d’infériorité. Comme je l’ai toujours dit, quand tu commences une compétition, peu importe laquelle, Coupe du Monde, tournoi de quartier ou tournoi de Ramadan, tu y participes pour gagner et aller au bout.
C’est en ayant cet état d’esprit de se dire «Je vais là-bas pour gagner» que tu peux aller loin dans la compétition et faire de belles choses.
Peut-être que tu ne la gagneras pas, mais cela te poussera à aller plus loin. Il ne faut pas se dire: «J’y vais pour passer les poules et après on verra». Une fois les poules passées, inconsciemment, on a l’impression d’avoir atteint notre objectif. Il y a un relâchement qui s’installe et, au tour suivant, on se retrouve dehors en se disant qu’on a fait ce qu’on avait à faire.
Le Maroc affrontera le Brésil lors de son entrée en lice. Est-ce le genre de match idéal pour lancer une compétition de cette envergure?
Le premier match contre le Brésil, je pense que c’est le meilleur moyen de rentrer dans cette compétition, d’affronter un gros et de tout de suite se mettre au niveau et en condition de Coupe du Monde.
On sait que ce premier match est souvent le plus important dans une Coupe du Monde. C’est celui qui va dicter un peu la suite de la compétition, parce qu’il permet à une équipe d’engranger de la confiance lorsqu’il se passe bien, et d’aborder avec plus de confiance les matchs suivants.
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Donc c’est très important de ne pas le perdre. Le mieux, c’est de le gagner, mais surtout de ne pas le perdre pour se donner confiance pour la suite, avoir une base de travail pour le reste de la compétition et aborder les prochains matchs avec plus de sérénité et de positivité.
Quel conseil donneriez-vous aux jeunes joueurs qui vont découvrir leur première Coupe du Monde?
Le conseil que je donne aux jeunes, c’est qu’ils doivent être conscients que porter le maillot du Maroc est un honneur, une fierté et une responsabilité.
Une Coupe du Monde n’est pas donnée à tout le monde. Il faut être conscient qu’on est là aujourd’hui, mais qu’on n’est pas sûr d’y être encore dans quatre ans.
Il y a des joueurs qui ont été d’immenses stars du football et qui n’ont jamais disputé de Coupe du Monde. Il faut donc être conscient de l’enjeu.
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C’est un mois durant lequel il faut tout donner, être sérieux, professionnel et se donner à 200% pour le pays afin de ne rien regretter. Les regrets sont la pire des choses dans le football.
Si vous êtes là, c’est que vous le méritez. À vous de le montrer sur le terrain et de sortir de cette Coupe du Monde en ayant tout donné, sans aucun regret.
Vous avez disputé deux Coupes du Monde avec le Maroc et participé à l’une des plus belles pages de l’histoire du football national et continental. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur les Lions de l’Atlas, quelques mois après votre retraite internationale?
J’ai eu le bonheur de faire partie de cette dernière épopée au Qatar, qui a été une expérience exceptionnelle, tout simplement. Aujourd’hui, j’ai l’impression de revivre ça, dans le sens où nous nous retrouvons un peu dans les mêmes prédispositions qu’avant la Coupe du Monde au Qatar, c’est-à-dire avec un changement d’entraîneur et seulement une date FIFA avant la Coupe du Monde. Ce sont des choses qui se répètent un peu, donc j’ose espérer que le résultat se répétera aussi.
Romain Saïss celebra con sus compañeros el primer gol de Marruecos ante Tanzania en 2023.
Je suis toujours la sélection de loin, si je puis dire. Je suis toujours en contact avec énormément de joueurs, parce que j’ai envie qu’ils réussissent, qu’ils fassent encore mieux que ce que nous avons pu réaliser et que le Maroc continue à grandir et à franchir des étapes au fil des compétitions.
«Les joueurs ne seront jamais seuls dans le stade.»
— Romain Saïss
Si vous faisiez encore partie du vestiaire, quel message transmettriez-vous à cette génération avant le coup d’envoi du Mondial?
Ce que je leur dirais, c’est que s’ils sont là, c’est qu’ils le méritent, qu’ils ont du talent et qu’ils sont de très bonnes personnes avant d’être de très bons footballeurs.
Ils ont tout pour réussir et écrire de nouvelles pages de l’histoire du Maroc. Ils ont la chance d’être soutenus par un peuple et un public incroyables, qui seront toujours derrière eux et les pousseront quoi qu’il arrive, même dans les moments les plus difficiles. Ils ne seront jamais seuls dans le stade.
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Je leur dirais de vivre cette expérience à fond et de prendre du plaisir, parce qu’il faut que ce soit un plaisir. Il faut prendre du plaisir à faire les efforts ensemble, à souffrir ensemble pour aller chercher un résultat et faire en sorte qu’à la fin ce soit une belle fête pour tout le monde. Donc donnez-vous à fond et, surtout, n’ayez aucun regret ni aucun état d’âme.
Vous avez connu plusieurs sélectionneurs avec le Maroc. Quel regard portez-vous sur les premiers tests de Mohamed Ouahbi à la tête des Lions de l’Atlas?
Écoutez, concernant le coach Ouahbi, on voit que, d’entrée de jeu, il a essayé d’instaurer sa patte sur l’équipe. Il propose un jeu très alléchant, porté vers l’avant, avec un pressing très haut et un contre-pressing à la perte du ballon.
Il essaie d’imposer ses idées dans un temps réduit. J’espère que, pour lui et pour l’équipe, tout va bien se passer, que les automatismes vont vite se trouver. Mais on sent qu’il a des idées bien à lui et qu’il prône un jeu offensif, porté vers l’avant.
On espère que cela va marcher et que cela va nous offrir de très beaux matchs et de très belles victoires durant cette Coupe du Monde.
Pensez-vous que le Maroc a les moyens de devenir la première nation africaine à remporter la Coupe du Monde un jour?
Bien sûr, je l’espère. Je pense que le Maroc est sur la bonne voie depuis pas mal d’années et va continuer à progresser. J’espère qu’on gagnera un jour cette Coupe du Monde et qu’on sera, inch’Allah, la première nation africaine à y parvenir. Avec le travail qui est fait année après année, le développement des infrastructures, le professionnalisme de tous ceux qui contribuent au développement du football marocain et à l’éclosion de nombreux talents, on a tout pour atteindre cet objectif.



















