Le président du Bayern a eu le mot juste: ce joueur est un authentique modèle, porte-étendard du jeu collectif, ce qui va à contre-courant de nos sociétés de plus en plus individualistes. C’est en plus un homme simple, «normal», qui ressemble à son jeu: sans fioritures et sans polémique.
La consécration de ce footballeur devient la victoire d’une certaine manière d’être et de faire, qui va bien au-delà du foot. Dieu sait combien on en a besoin, par les temps qui courent.
Mbappé, le numéro deux du classement final, représente parfaitement cet individualisme forcené de notre époque: il marque et collectionne les titres, mais ne fait pas gagner ses équipes. Quant à Yamal, c’est avant tout un soliste. C’est-à-dire un joueur merveilleux balle au pied, qui épate la galerie par des gestes techniques inouïs et peut connaître des fulgurances: il lui manque la constance, la régularité et peut-être un zeste d’humilité.
Le fait est trop rare pour le passer sous silence: dans une année de Mondial, le vainqueur du Ballon d’or n’appartient ni au club qui a gagné la C1, ni à la sélection qui a gagné la Coupe du monde. Kane, en plus, est un trentenaire longtemps resté fidèle à un club (Tottenham) qui ne gagnait jamais rien. Il a donc su être patient et continuer de travailler. Et son heure est venue, même sur le tard, ce qui donne des motifs d’espoir à tous ceux qui bossent dans l’ombre et savent patienter, dans le foot comme ailleurs…
Attention: tout cela ne veut pas dire que la victoire de Kane a été calculée. Certains sont allés le crier sur tous les toits: puisque la cérémonie du Ballon d’or avait lieu à Londres, il fallait bien récompenser un Londonien!
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Mais non. Il y a un vote, dont le dépouillement a montré des voix qui partaient un peu dans tous les sens. Kane ne coche pas toutes les cases, c’est certain. Mais il en coche plus que ses concurrents, c’est tout. Sa victoire ne souffre aucune contestation, même si ce n’est pas le footballeur le plus sexy de la planète. Et tant pis si l’unanimité est impossible à obtenir, puisque c’est le lot de ce genre d’exercice.
La «démocratie» imposée par France Football, organisateur du Ballon d’or, représente à la fois sa force et sa faiblesse. Sa force parce que tous les votants, venus du monde entier, ont le même poids. Sa faiblesse parce que beaucoup font preuve d’un chauvinisme que l’on peut comprendre sans l’approuver.
En effet, la plupart des journalistes ont tenté de pousser les footballeurs issus de leur culture ou proches d’elle. C’est de bonne guerre et cela fait partie des règles du jeu. Au bout du compte, et au-delà des efforts de lobbying et des pressions signalées çà et là, ces choix du cœur n’ont guère pesé sur le classement final, qui semble globalement répondre à une certaine équité sportive.
Parce que oui, et malgré toutes les critiques, le Ballon d’or a encore du sens et représente bien quelque chose qui va au-delà du football. Et heureusement, d’ailleurs.
Harry Kane désigné Ballon d'Or 2026. AFP













