Mondial 2030: que risque l’Espagne si elle se retire de l’organisation?

Gianni Infantino annonçant l'attribution de l'organisation du Mondial 2030 au trio Maroc-Espagne-Portugal

La récente menace d’un retrait de l’Espagne de l’organisation du Mondial 2030, qu’elle coorganise avec le Maroc et le Portugal, brandie par le leader du Parti populaire (PP), Alberto Núñez Feijóo, dans le cas où son pays n’obtiendrait pas la finale, soulève une question: quelles conséquences un pays coorganisateur encourrait-il s’il décidait de se désister de l’organisation de la compétition?

Le 06/11/2026 à 19h15

Dans une démarche éminemment politique, à l’approche des élections, Alberto Núñez Feijóo, leader du Parti populaire (PP) et candidat à la présidence du gouvernement espagnol, a clairement posé ses conditions: si l’Espagne, coorganisatrice du Mondial 2030 avec le Maroc et le Portugal, n’obtient pas la finale, à Madrid ou à Barcelone, son pays «doit» se retirer de l’organisation.

Une déclaration pour le moins téméraire, qui traduit surtout un agacement grandissant de l’autre côté du détroit. Depuis des mois, le Maroc y est la cible de critiques, notamment autour du Grand Stade Hassan II, lui aussi candidat, et plus que crédible, pour accueillir le match le plus important de la compétition.

Mais derrière cette sortie, une question se pose: si l’Espagne venait à mettre sa menace à exécution, que risquerait-elle réellement?

Elle pourrait s’exposer à de lourdes conséquences, notamment sur le plan financier, voire à d’éventuelles sanctions de la FIFA. Car l’organisation d’une Coupe du monde ne s’improvise pas. C’est un processus long, minutieusement encadré par l’instance mondiale, qui engage les pays hôtes bien au-delà de la simple mise à disposition de leurs infrastructures.

Garanties gouvernementales, dossiers techniques, évaluations, accords contractuels avec les villes, les gestionnaires de stades, les opérateurs de transport ou encore les autorités chargées de la sécurité… Rien n’est laissé au hasard. Tout repose sur un cahier des charges précis et des engagements formels.

Les conséquences exactes d’un éventuel retrait restent toutefois difficiles à établir, les accords conclus avec la FIFA n’étant pas intégralement publics. Les règlements de l’instance permettent néanmoins d’entrevoir certains risques, même si les dispositions applicables aux équipes participantes ne peuvent être automatiquement transposées aux pays organisateurs.

Ils prévoient notamment, dans certaines situations de retrait d’une association participante, des sanctions pouvant aller jusqu’à la suspension de compétitions organisées par la FIFA.

L’instance peut également réclamer le remboursement des dépenses engagées ainsi qu’une compensation pour les dommages subis. Mais ces dispositions concernent principalement le retrait d’une association participant à la compétition, et non celui d’un pays hôte. Les conséquences dépendraient donc avant tout des contrats conclus entre la FIFA et les différentes parties concernées.

Une chose est néanmoins certaine: un pays qui renoncerait à l’organisation d’une Coupe du monde après avoir pris des engagements contractuels ne pourrait pas simplement tourner la page sans avoir à répondre des éventuels manquements à ses obligations.

L’exemple de la Colombie

La Colombie avait été désignée en 1974 pour organiser le Mondial 1986. Mais, en octobre 1982, le gouvernement de Belisario Betancur avait finalement renoncé à accueillir la compétition pour des raisons économiques, le pays n’étant pas en mesure de satisfaire aux exigences de la FIFA. L’instance avait alors désigné le Mexique à l’issue d’une nouvelle procédure de sélection.

Un pays peut donc renoncer à l’organisation d’un Mondial, même après en avoir obtenu l’attribution. Mais le cas espagnol serait bien différent. Ici, il n’est question ni de difficultés économiques ni d’une incapacité à répondre aux exigences de la FIFA. C’est avant tout une question d’orgueil.

L’Espagne estime que la finale lui revient et revendique le droit de l’accueillir, sans pour autant parvenir à trancher entre Madrid et Barcelone. En face, le Maroc avance ses arguments, avec notamment son Grand Stade Hassan II, appelé à devenir l’un des plus grands et des plus modernes au monde. Un projet qui, visiblement, a réussi à titiller l’orgueil des voisins.

Par Magda Soltani
Le 06/11/2026 à 19h15