Finale de la CAN 2025, Hakim Ziyech, Lamine Yamal, Brahim Diaz… les confidences de Walid Regragui

Walid Regragui

L’ancien coach des Lions de l’Atlas, Walid Regragui, s’est assis pour un long entretien avec la chaîne qatarie «Atheer», où il revient sur l’ensemble de sa carrière, mais aussi sur certains sujets clivants, dont la finale de la CAN 2025, Hakim Ziyech ou encore Lamine Yamal.

Le 31/08/2026 à 15h13

Cinq mois après avoir quitté le banc des Lions de l’Atlas, qu’il a emmenés jusqu’en demi-finale de la Coupe du monde 2022 au Qatar, puis à une CAN 2025 remportée à domicile, Walid Regragui est revenu sur plusieurs points de sa carrière dans un entretien assez fourni accordé à la chaîne qatarie Atheer.

Ses origines, son attachement au Maroc, sa philosophie de vie, son lien avec le football, ses débuts sur un rectangle vert mais aussi en tant que coach, la pression qui en découle et les démissions… tout passe au peigne fin. Mais Regragui revient surtout sur certains points clivants, qui ont parfois fait couler l’encre, comme la finale de la Coupe d’Afrique des nations 2025, remportée par le Maroc, ou encore les dossiers des binationaux, Lamine Yamal, Ayyoub Bouaddi et Hakim Ziyech, qui a longtemps donné naissance à des rumeurs.

CAN 2025

Certainement le sujet qui restera le plus important, mais aussi le plus fou pour le football marocain et africain. Regragui, sondé d’abord sur la CAN 2023 en Côte d’Ivoire, se livre sur cette première CAN qu’il n’a pas considérée comme une réussite, huit mois après l’exploit des Lions au Qatar en 2022. Pour lui, il était presque écrit que le Maroc ne remporterait pas la compétition.

«Nous avions fait un match moyen face au futur champion d’Afrique, chez lui. Et la pression a commencé».

Sans détour, il explique avoir «déjà posé la démission après l’élimination, car je n’avais pas les demi-finales comme je le souhaitais», avant que le président de la FRMF, Fouzi Lekjaa, ne l’en empêche: «Il m’a dit: “Tu n’as pas terminé ton travail.” (…) Et je l’en remercie. Il avait raison», explique Walid.

Ensuite, il revient sur le bilan de la CAN 2025, et surtout sur la finale, qu’il estime être une victoire malgré tout: «Ça dépend du point de vue. Pour moi, on a fait une bonne compétition. Les joueurs ont tout donné. Nous étions une des meilleures équipes, voire la meilleure. (…) On a fait des matchs au niveau, contre le Cameroun, le Nigeria, qui est pour moi une des meilleures équipes de la compétition. L’état d’esprit était là».

Avant de mentionner la décision de Pape Thiaw, ex-sélectionneur du Sénégal, d’appeler ses joueurs à quitter le terrain, Regragui fait un parallèle intéressant avec la Panenka ratée de Brahim Diaz: «Ce qui s’est passé, c’est simple. Une finale, c’est 50-50. Tu vois rarement une finale qui se gagne comme ça: elle se gagne sur les détails. Ils ont des occasions, on a des occasions. C’est deux belles équipes. Nous disions que nous gagnerions sur le terrain».

Arrive le moment du penalty manqué: «Pour moi, tu as un penalty à la 90e minute: tu marques, tu deviens champion d’Afrique, que tu le veuilles ou non. Mais c’est Dieu qui décide, le joueur qui choisit une manière, il poursuit, mais la question est: est-ce que le match s’est joué de la même manière après l’arrêt de 15 minutes, suite au naufrage des joueurs sénégalais sur le terrain? C’est ça qu’il faut se demander».

Et sur les agissements de son homologue, le 18 janvier 2026 au complexe Moulay-Abdellah, ordonnant à ses joueurs de regagner les vestiaires après une décision arbitrale qu’il n’a pas appréciée, Regragui est clair: «Ce n’était pas normal. Je lui ai dit à la fin du match que ce qu’il avait fait, ça ne se faisait pas dans le football. Il ne voulait pas parler, il était parti dans un délire qui n’était pas du football. Moi, je reste dans le football».

Pour lui, la Panenka ratée de l’attaquant du Real Madrid peut découler de l’attitude des adversaires sénégalais: «Et je redemande: est-ce que Brahim Díaz va tirer le penalty de la même manière après les 15 minutes?»

Une question que le coach a choisi de comparer à un certain penalty manqué par Kylian Mbappé face à Yassine Bounou lors des quarts de finale du Mondial 2026: «Mbappé, quand il a raté le penalty face à Bounou, il a demandé à l’arbitre: “J’ai eu deux minutes, j’ai commencé à trop réfléchir.” (…) Alors, quelqu’un qui a attendu 15 minutes pour une finale de Coupe d’Afrique à la maison, avec 60.000 personnes, est-ce que ça a été bénéfique pour le Sénégal ou pour le Maroc?»

Regragui poursuit en pointant une certaine incohérence chez les Sénégalais et leur ex-sélectionneur: «D’ailleurs, à la fin, le Sénégal est allé à la Coupe du monde (2026 NDLR). Ils ont eu un penalty à la fin d’un match: pourquoi ne sont-ils pas sortis? Parce qu’il y a eu des sanctions avant qui les en ont empêchés. Et le penalty contre la Belgique était plus douteux contre eux que celui contre le Maroc lors de la CAN».

Sur l’hypothèse selon laquelle Díaz aurait volontairement manqué son penalty, Regragui est catégorique: «Non. Comment quelqu’un qui a une CAN dans les mains va faire exprès de la rater? (…) J’ai parlé à Brahim une fois après le match. Je lui ai dit: “Tu vas apprendre de ça, de cette expérience, qui va te faire grandir en tant qu’homme et joueur”».

Une finale qui, visiblement, a aussi fini de le convaincre qu’il était temps de partir: «La même soirée, j’ai pensé à donner ma décision, même avant. Je suis arrivé à une force où j’aime tellement mon équipe et mon pays que je savais que je devais partir après. Il avoue ensuite, pour moi, j’ai gagné la CAN, parce que même avec la pression et tout ce qui s’est passé, nous étions les meilleurs: la possession, l’attitude, le niveau».

Les binationaux: Lamine Yamal, Ayyoub Bouaddi et co

Dans l’entretien, Regragui revient aussi sur la question des binationaux et son principal élément de persuasion: l’amour de la tunique rouge avant tout. Il explique les cas Ayyoub Bouaddi, Lamine Yamal, Brahim Diaz… mais aussi ses nombreux voyages après la Coupe du monde 2022 pour avoir une «meilleure base de données», soit plus de joueurs, notamment des jeunes.

Sur le cas Bouaddi, longtemps annoncé comme tiraillé entre la France et le Maroc, il explique que le jeune joueur avait déjà donné son accord un an avant son arrivée: «Il faut l’accompagner. Il n’avait que 16 ans. On s’était mis d’accord pour ne pas le freiner dans sa progression dans son club».

Sur Lamine Yamal, il explique que le joueur était dans le viseur du Maroc depuis ses 14 ans, avec un travail de fond et d’accompagnement, qui a finalement débouché sur une décision en faveur de l’Espagne: «Même si le projet était qu’il allait jouer en équipe première avec le Maroc, qu’il allait faire grandir le pays et qu’il pouvait gagner le Ballon d’Or, au final, il a choisi l’Espagne. À la fin, tu vois le résultat: il a gagné la Coupe du monde et la Coupe d’Europe. C’est son choix. Mais nous avons fait le travail nécessaire pour le convaincre».

Pareillement, sur les cas de Brahim Diaz, Adam Aznou, Ilias Akhomach et Neil El Aynaoui, le procédé était le même: se déplacer, échanger et convaincre, tant que la décision finale vient du joueur et pas d’un autre.

«Je n’ai jamais ressenti quelque chose de mal avec Hakim Ziyech»

Outre le Mondial 2022, la CAN 2025 et le travail entrepris, Walid Regragui a aussi marqué son passage par l’un des retours les plus attendus en sélection, celui de Hakim Ziyech. Après une absence de la tanière et à la veille d’une Coupe du monde 2022, le retour du magicien a été facilité par Walid Regragui: «Hakim, il aime son pays. Il reviendra, il reviendra. Il faut juste le convaincre, juste savoir comment faire. Si tu ne le convaincs pas avec la vérité, il ne reviendra pas».

Il explique le processus de persuasion du joueur, similaire à celui adopté pour les autres, mais un peu plus ciblé pour celui qui «aime son pays»: «Donc, quand j’ai parlé, je lui ai dit la vérité. Je lui ai dit : “Ce n’est pas moi qui ai besoin de toi. C’est ton pays. Tu ne vas pas jouer pour un coach, Vahid, Walid, X ou Y. Quand le Maroc t’appelle parce qu’il a besoin de toi et qu’il connaît ton talent, il sera toujours derrière toi. Tu reviens pour ton pays”».

Et Regragui est clair: les rumeurs sur un Ziyech en déconnexion avec l’équipe nationale, voire responsable de conflits, ne sont que néant: «Avec moi, je n’ai jamais vu quelque chose de mal avec lui. Il vient à l’heure, il s’entraîne à fond, il aide les autres».

Tout en ajoutant que sa personnalité n’était pas un problème: «Chaque personnalité peut paraître difficile à comprendre de l’un à l’autre». Il ajoute: «Hakim, je n’ai jamais vu quelque chose de difficile avec lui. Oui, c’est une star, tu dois le manager comme un grand joueur. Quand tu le respectes, il te respecte en retour. Et il respecte avant tout l’équipe nationale, avant moi, et ça, c’est ce qui compte. Tous les joueurs étaient comme lui, je peux dire la même chose des autres».

Par Magda Soltani
Le 31/08/2026 à 15h13