Naming, formation et professionnalisation: le Basket marocain veut réussir son rebond

Basketball marocain

Après les récentes crises qui ont frappé le basket-ball marocain, la discipline entend changer de dimension. Rebaptisée Dislog Basketball League, la compétition s’appuie sur un nouveau partenaire et une feuille de route ambitieuse, entre professionnalisation, centre fédéral de formation, assainissement financier et exposition télévisée accrue. La FRMBB entend désormais transformer l’essai et faire rebondir le basket-ball national.

Le 26/10/2026 à 17h05

Ce lundi, la salle couverte du complexe Mohammed V accueillera la dernière affiche de la troisième journée de la Division Excellence masculine, récemment rebaptisée Dislog Basketball League (DBL), entre le Wydad et le FUS. Si l’ambiance devrait être au rendez-vous pour cette affiche entre deux grands clubs de la ligue, un autre détail retiendra l’attention: les inscriptions Dislog sur le parquet, symbole d’un basket-ball national qui tente, encore une fois, de prendre le chemin de la professionnalisation.

Ce partenariat entre le groupe national de distribution et d’industrie et la Fédération royale marocaine de basket-ball (FRMBB) a été dévoilé il y a quelques jours, au lendemain d’une crise qui a frappé de plein fouet l’instance fédérale, paralysant les championnats. Une gouvernance instable et des conflits institutionnels avaient alors mis le basket-ball national en temps mort.

Le gel des activités était lié à une grave crise financière, attribuée notamment au non-versement de subventions ministérielles. La Fédération s’était retrouvée dans l’incapacité de régler certaines factures, jusqu’à rencontrer des difficultés pour payer ses employés.

L’ancien président de la FRMBB avait finalement suspendu les compétitions, alors même que le Royaume accueillait une des conférences de la Basketball Africa League (BAL), compétition continentale créée par la NBA.

De retour à la «normale» grâce à une commission provisoire présidée par Driss Chraibi, la Fédération a ensuite retrouvé ce dernier à sa tête à l’issue d’une assemblée générale élective. Ce dernier nous expliquait, à l’époque, que la discipline allait suivre une feuille de route pour remettre les choses en ordre.

Aujourd’hui, le championnat porte désormais le nom de Dislog, dans le cadre d’un partenariat stratégique de naming censé redorer le blason d’un basket-ball en difficulté depuis plusieurs années. Au-delà de l’aspect commercial, l’enjeu est aussi de restaurer l’image de la Fédération et de tourner la page de plusieurs mois de crise qui ont empêché des joueurs, parfois étrangers, de poursuivre normalement leur activité.

«Nous nous sommes fixé plusieurs objectifs pour les quatre prochaines années: augmenter la subvention du ministère, développer un centre de formation fédéral, attirer un sponsor institutionnel et mettre en place une ligue professionnelle. Tout cela dans le but d’améliorer la Fédération et le basket-ball marocain», nous explique Driss Chraibi.

Désireuse d’insuffler un nouvel élan à la discipline, la FRMBB entend ainsi reposer les bases d’un sport longtemps fragilisé.

Mission en bonne voie pour Chraibi et son équipe, qui peuvent désormais compter sur une subvention ministérielle passée de 13 à 25 millions de dirhams. Le partenariat avec Dislog est lui aussi acté pour quatre ans, avec une enveloppe de 3,5 millions de dirhams, dont 2,5 millions fixes et un million supplémentaire lié à la diffusion des matchs.

Quant à la professionnalisation du championnat, Chraibi annonce: «Nous avons réduit le nombre d’équipes participantes à 12, avec pour objectif de passer à 10, afin d’avoir davantage de compétitivité».

Le centre de formation, un levier pour la jeunesse

Pour qu’une discipline puisse rayonner durablement sur le plan sportif et générationnel, la formation constitue un levier essentiel. Le football en est une illustration, avec l’essor de l’Académie Mohammed VI, mais aussi des centres de formation des clubs, comme ceux du FUS ou du Raja. Ces structures ont bâti leur réputation et contribué à faire émerger de nombreux talents.

«Ce serait mentir que de prétendre qu’il ne faut pas s’inspirer des modèles qui fonctionnent. Fouzi Lekjaa a montré la voie et le chemin à suivre. Le basket-ball a toutefois ses spécificités», reconnaît le président de la FRMBB.

Le centre fédéral de formation de Mohammedia, qui ne constitue «pas une finalité» mais plutôt le début d’un renouveau, s’implante entre Casablanca et Mohammedia, à proximité de l’autoroute. Le projet est prêt et se trouve dans ses derniers détails de finalisation. L’accessibilité depuis les villes voisines, les écoles de proximité et les conditions d’entraînement font partie des éléments pris en compte: «Tout un écosystème» était à organiser, souligne Chraibi. Le centre devrait pouvoir accueillir une soixantaine d’enfants.

Quand ouvrira-t-il ses portes? «Nous voulions commencer début janvier, mais il y a encore quelques éléments à finaliser et nous voulons faire les choses bien. Les installations sont prêtes».

Quant aux futurs centres régionaux, ils passeront d’abord par une étape incontournable: la professionnalisation des ligues. «Nous avons besoin de compétences disponibles et mobilisées pour que ça avance», explique Chraibi. Le président de la FRMBB entend d’abord professionnaliser l’ensemble des acteurs, avec des ligues chargées notamment de mettre en place des centres de formation régionaux: «Pour les centres régionaux, nous allons travailler avec les régions, leurs responsables et les élus afin de mettre en place les structures nécessaires».

Un passif financier de 20 à 30 millions de dirhams

Reste la question des dettes héritées de l’ancienne gouvernance. Le passif financier, estimé entre 20 et 30 millions de dirhams, est toujours en cours de traitement.

«Nous travaillons et nous essayons de montrer que la Fédération évolue. Concernant les dettes, nous cherchons des solutions avec les moyens dont nous disposons. Le passif se situe entre 20 et 30 millions de dirhams».

Driss Chraibi entend bien régler ces arriérés, tout en projetant la Fédération vers l’avenir et en s’attaquant méthodiquement aux difficultés héritées du passé.

«Nous gérons la Fédération en bons pères de famille. Nous voulons la restructurer, nous savons où nous allons et où nous voulons aller. Le changement n’est jamais facile, mais nous avons de l’ambition et nous voulons rendre la Fédération plus solide et plus performante».

La diffusion télévisée, un enjeu majeur pour la DBL

Si le partenariat avec Dislog, l’augmentation de la subvention ministérielle, les accords stratégiques et les centres de formation constituent des signaux encourageants, la diffusion des rencontres reste un enjeu majeur pour développer l’engouement autour du championnat, attirer les sponsors et renforcer l’exposition médiatique de la discipline: «Avant, nous diffusions deux ou trois matchs par saison, car il n’y avait pas de vision», nous explique le président de la FRMBB, qui ajoute que cette année, la DBL devrait être diffusé «au minimum une fois par semaine, avec l’objectif de proposer idéalement deux rencontres, notamment les lundis et vendredis, sauf exception».

Le basket-ball marocain n’a pas encore produit de résultats concrets sous l’impulsion de la nouvelle présidence de Driss Chraibi: le chantier vient à peine de commencer. Mais la FRMBB affiche une volonté de changement et entend «redorer le blason du basket-ball national», tout en se détachant progressivement d’un passif qui a fragilisé la discipline.

L’ambition affichée dépasse aussi la seule restructuration administrative: «L’objectif ultime est de développer le niveau du basket-ball national et de faire progresser nos équipes. À terme, nous voulons voir un Marocain évoluer en NBA et remporter des titres continentaux», conclut Chraibi.

Par Magda Soltani
Le 26/10/2026 à 17h05