Mondial 2030. Feizal Sidat, président de la fédération mozambicaine: «l’Afrique tout entière soutient la candidature du Maroc pour accueillir cette finale»

Montage. Feizal Sidat, président de la fédération mozambicaine (FMF) et le Grand Stade Hassan II

EntretienPrésident de la fédération mozambicaine (FMF) et cinquième vice-président de la Confédération africaine de football (CAF), Feizal Sidat s’exprime sur la Coupe du Monde 2030, ses enjeux, les attentes autour de la compétition, son empreinte durable, ainsi que sa grande finale, à l’occasion d’un entretien exclusif accordé à Le360 Sport.

Le 23/10/2026 à 16h04

Feizal Sidat, président de la fédération mozambicaine (FMF) et cinquième vice-président de la Confédération Africaine de Football (CAF), accorde une interview exclusive à Le360 Sport, au sujet de la Coupe du Monde 2030, ses enjeux majeurs pour le continent, et l’importance d’une finale à Casablanca.

Le360 Sport: Que pensez-vous du retour de la Coupe du Monde en Afrique pour la deuxième fois de son histoire, en 2030?

Feizal Sidat: Le retour de la Coupe du Monde de la FIFA en Afrique en 2030 représente un accomplissement historique et une reconnaissance de l’importance croissante du continent dans le football mondial. La Coupe du Monde 2010, organisée en Afrique du Sud, a prouvé que l’Afrique était capable d’accueillir le plus grand événement sportif au monde. Vingt ans plus tard, le retour de cette compétition sur notre continent constitue une avancée majeure.

Ce qui rend l’édition 2030 particulièrement singulière, c’est qu’il ne s’agira pas simplement d’une Coupe du Monde organisée en partie en Afrique. Ce sera une célébration du football réunissant les continents, les cultures et les générations, avec le Maroc jouant un rôle central aux côtés de l’Espagne et du Portugal, tout en commémorant le centenaire de la première Coupe du Monde.

Pour le football africain, c’est l’occasion de démontrer que notre continent n’est pas seulement un fervent consommateur de football, mais aussi un acteur de plus en plus influent dans son développement à l’échelle mondiale. Nous devons saisir cette opportunité pour renforcer nos institutions, développer nos infrastructures, offrir de nouvelles perspectives à nos jeunes joueurs et laisser un héritage durable, bien au-delà du tournoi lui-même.

Qu’attendez-vous de cette Coupe du monde au Maroc?

J’attends une Coupe du Monde de la FIFA 2030 placée sous le signe de l’excellence, de l’inclusion et de la fierté africaine. Le Maroc a déjà prouvé sa capacité à organiser des événements footballistiques internationaux majeurs de grande envergure; ses infrastructures, sa culture du sport et son expérience nous donnent l’assurance qu’il est en mesure de proposer un tournoi de très haut niveau.

Mais au-delà de l’organisation, j’espère que cette Coupe du Monde laissera un héritage significatif pour le football africain. Un tournoi réussi devrait se traduire par des académies plus solides, de meilleures installations, un développement technique accru, davantage d’opportunités pour les jeunes, ainsi que des partenariats renforcés entre les institutions du football africain et le reste du monde.

J’espère également que l’expérience du Maroc inspirera d’autres pays africains. La réussite d’une nation africaine doit créer des opportunités pour l’ensemble du continent.

Qu’avez-vous pensé de la CAN-2025, qui s’est déroulée plus tôt cette année?

La Coupe d’Afrique des Nations 2025 a constitué une nouvelle démonstration significative de la qualité et de la compétitivité du football continental. Le tournoi a démontré que le football africain connait une évolution constante, tant sur le plan technique qu’organisationnel, et que l’écart entre nos équipes et les puissances traditionnelles du football mondial se réduit progressivement.

À mes yeux, l’un des aspects les plus encourageants réside dans l’émergence d’équipes nationales de plus en plus compétitives, ainsi que dans le nombre croissant de joueurs africains évoluant au plus haut niveau au sein des grands championnats à travers le monde.

La CAN nous rappelle aussi que notre football possède une identité unique. Il allie qualités techniques, évolution tactique, puissance physique, passion et un lien extraordinaire entre les équipes et les supporters.

Notre responsabilité, désormais, est de transformer ces progrès en un développement durable. Nous devons poursuivre nos investissements dans la formation des jeunes, l’encadrement technique, les infrastructures, les compétitions et la gestion administrative du football, afin que les succès de nos équipes nationales reposent sur des fondations solides.

Le Maroc pourrait également accueillir la finale du tournoi. Quelle importance cela revêt-il pour le continent africain?

Si le Maroc est choisi pour accueillir la finale, ce serait un moment extraordinaire pour le football africain et pour le continent tout entier. La finale est le match le plus suivi et le plus riche en symbolique de la Coupe du Monde de la FIFA. Qu’elle se déroule sur le sol africain revêtirait donc une importance capitale.

Toutefois, je pense qu’il convient d’aborder cette question dans une perspective plus large. L’enjeu ne se limite pas au simple fait que l’Afrique accueille une finale; il s’agit surtout de la reconnaissance croissante de la capacité de l’Afrique à organiser des événements de haut niveau et à contribuer à l’excellence du football mondial.

Le Maroc a l’opportunité de présenter au monde une vision africaine de l’hospitalité, de l’organisation et de l’excellence footballistique. L’Afrique tout entière soutient la candidature du Maroc pour accueillir cette finale.

Est-il enfin temps pour l’Afrique d’accueillir le match le plus important du tournoi, pour la deuxième fois de son histoire?

Absolument. L’Afrique a gagné le droit d’y prétendre. L’organisation de la Coupe du monde 2010 par l’Afrique du Sud a marqué un tournant décisif. Depuis, le football africain n’a cessé d’avancer; nos joueurs exercent une influence croissante sur la scène internationale, et notre continent a prouvé, à maintes reprises, sa capacité à organiser avec succès des compétitions de football de premier plan.

Si la finale de 2030 se déroule au Maroc, cela constituera une nouvelle étape majeure. Toutefois, je tiens à souligner que l’ambition du football africain ne doit pas s’arrêter là. Nous ne devrions pas seulement aspirer à accueillir des finales, mais aussi à former davantage d’équipes capables d’y parvenir. Nous devrions viser à ce qu’un plus grand nombre d’entraîneurs, d’administrateurs, d’arbitres, d’experts techniques et de professionnels du football africains jouent un rôle influent dans le paysage footballistique mondial.

L’objectif ultime n’est pas simplement d’amener le match le plus prestigieux en Afrique; il s’agit de faire en sorte que l’Afrique devienne un acteur incontournable du football mondial.

Comment l’Afrique peut-elle tirer pleinement profit d’un tournoi d’une telle envergure?

Le maître-mot est «héritage». L’Afrique doit veiller à ce que les retombées du Mondial 2030 ne se limitent pas uniquement aux stades et à quelques semaines de compétition. Nous devons profiter de cet événement pour accélérer les investissements dans les infrastructures footballistiques, les académies de jeunes, les centres de formation, le football féminin, la formation des entraîneurs, les sciences du sport et l’innovation numérique.

Il existe également une dimension économique majeure. Le football génère des emplois, stimule le tourisme, favorise le développement des entreprises et crée des liens entre les différentes composantes de la société.

Les pays africains doivent donc concevoir la compétition non seulement comme un événement sportif, mais aussi comme un levier de développement économique et social bien plus large.

Sur le plan institutionnel, nous devons également renforcer la coopération entre les associations nationales de football en Afrique. Les connaissances, l’expertise et les infrastructures développées dans le cadre du projet «Maroc 2030» devront être partagées à travers tout le continent.

Si nous y parvenons, la Coupe du Monde laissera à l’Afrique bien plus que de simples souvenirs: elle lui laissera des capacités sur le long terme.

Cette Coupe du Monde sera-t-elle une formidable occasion pour les équipes africaines de réaliser des performances exceptionnelles sur leur propre continent?

Sans aucun doute. Disputer une Coupe du Monde sur le sol africain peut offrir aux équipes africaines un avantage psychologique et émotionnel considérable. Le soutien du public, la familiarité avec l’environnement et l’ambiance créée par les supporters africains peuvent stimuler les équipes et les pousser à donner le meilleur d’elles-mêmes.

Mais il faut rester réaliste: jouer à domicile ne garantit pas, en soi, le succès. Pour faire des performances remarquables, il faut une préparation rigoureuse, des structures techniques solides, des championnats nationaux compétitifs, une formation des jeunes de qualité, ainsi que des joueurs prêts à affronter le plus haut niveau international.

Les progrès réalisés par les équipes africaines lors des dernières Coupes du Monde incitent à l’optimisme. Nous avons déjà vu des nations africaines atteindre des stades historiques de la compétition, ce qui prouve que le potentiel est bien là.

L’ambition pour 2030 doit donc être plus élevée. Il ne faut pas se contenter de participer; il faut viser la compétition, atteindre les phases décisives et, pourquoi pas, prétendre au titre mondial.

Le football africain possède le talent nécessaire. L’enjeu consiste à mettre en place des systèmes permettant à ce talent d’exprimer pleinement son potentiel, et ce, de manière constante.

Du point de vue du Mozambique, nous considérons cette Coupe du Monde comme une opportunité de renforcer nos propres ambitions. Nous voulons que le football mozambicain poursuive son développement, qu’il soit plus régulièrement présent au plus haut niveau, et que notre jeune génération ne perçoive plus le football international comme un horizon lointain, mais comme un objectif réaliste.

En somme, la Coupe du monde de la FIFA doit être celle de l’Afrique, mais aussi celle qui ouvrira un nouveau chapitre pour le football africain sur la scène mondiale.

Par Oumeïma Er-rafay
Le 23/10/2026 à 16h04