Mondial 2030. Oumarou Sawadogo, président de la Fédération burkinabè de football: «Une finale au Maroc serait une vitrine pour l’Afrique tout entière»

Oumarou Sawadogo, président de la Fédération burkinabè de football

EntretienDans un entretien exclusif accordé à Le360 Sport, Oumarou Sawadogo, président de la Fédération burkinabè de football, estime que l’Afrique mérite d’accueillir une deuxième finale de Coupe du Monde, après celle organisée en Afrique du Sud en 2010. Il défend les chances du Maroc pour accueillir ce rendez-vous en 2030 et revient sur les retombées qu’une telle affiche pourrait avoir pour le football africain.

Le 09/10/2026 à 15h01

Alors que le Maroc prépare le Mondial 2030 aux côtés de l’Espagne et du Portugal, la question du pays qui accueillera la finale continue de faire débat. Pour le président de la Fédération burkinabè, Oumarou Sawadogo, l’Afrique a toute sa place dans cette discussion, seize ans après avoir accueilli pour la première fois la plus grande compétition du football mondial, en Afrique du Sud.

Oumarou Sawadogo estime que le football africain a beaucoup progressé depuis 2010, aussi bien sur le plan sportif qu’en matière d’organisation. Il souligne les performances des sélections africaines et met en avant les atouts du Maroc, qui a accueilli plusieurs grands événements sportifs, notamment la CAN 2025, organisée avec succès. Le dirigeant cite également les infrastructures du Royaume, son expérience dans l’organisation des compétitions internationales et la passion de son peuple.

Au-delà de la finale elle-même, le dirigeant burkinabè insiste sur l’héritage qu’un tel événement pourrait laisser au continent, en particulier pour la formation des jeunes, le développement des infrastructures et la professionnalisation des fédérations.

Dans cet entretien exclusif à Le360 Sport, Oumarou Sawadogo livre sa vision de la place de l’Afrique dans le football mondial et explique pourquoi une finale au Maroc en 2030 enverrait, selon lui, un signal fort à tout le continent.

«Le Maroc bénéficie d’une véritable culture du football et d’un public passionné. Cette ferveur populaire peut donner à une finale une atmosphère exceptionnelle, tout en s’appuyant sur une organisation capable de répondre aux exigences d’un événement mondial.»

—  Oumarou Sawadogo

Pourquoi l’Afrique mérite-t-elle, selon vous, d’accueillir une deuxième finale de Coupe du Monde après celle de 2010 en Afrique du Sud?

L’Afrique mérite pleinement d’accueillir une deuxième finale de Coupe du Monde. Depuis l’édition historique de 2010 en Afrique du Sud, notre continent a démontré sa capacité à organiser de grands rendez-vous sportifs et, surtout, sa passion exceptionnelle pour le football.

Aujourd’hui, le football africain a franchi de nouvelles étapes. Nos sélections sont de plus en plus compétitives sur la scène internationale, nos joueurs évoluent au plus haut niveau et nos fédérations poursuivent leur professionnalisation. L’Afrique représente également un formidable vivier de talents et une jeunesse qui fait du football un véritable vecteur d’espoir, de cohésion et de développement.

Accueillir à nouveau une finale de Coupe du Monde serait donc à la fois une reconnaissance du chemin parcouru et une formidable opportunité d’accélérer le développement des infrastructures et de l’économie du sport sur le continent.

Mais au-delà des infrastructures, il y a une dimension symbolique très forte. La Coupe du Monde est une compétition universelle. Il est donc important que les différentes régions du monde puissent vivre ce grand événement au plus près de leurs populations.

Seize ans après 2010, l’Afrique a grandi, son football a grandi et ses ambitions également. Une nouvelle Coupe du Monde organisée sur notre continent pourrait laisser un héritage considérable aux générations futures.

Quels sont, selon vous, les arguments qui plaident en faveur du Maroc?

À mon sens, le Maroc dispose aujourd’hui de nombreux atouts pour accueillir une finale de Coupe du Monde. D’abord, le pays possède une expérience importante dans l’organisation de grandes compétitions internationales, avec des infrastructures sportives et hôtelières qui ont démontré leur capacité à accueillir des délégations, des supporters et des événements de très haut niveau.

Ensuite, le Maroc bénéficie d’une véritable culture du football et d’un public passionné. Cette ferveur populaire peut donner à une finale une atmosphère exceptionnelle, tout en s’appuyant sur une organisation capable de répondre aux exigences d’un événement mondial.

Enfin, le Maroc connaît bien les exigences du football international. Son expérience dans l’accueil de compétitions africaines et mondiales constitue un élément important lorsqu’on évalue sa capacité à organiser un rendez-vous aussi prestigieux.

Le Maroc possède des arguments sérieux et concrets pour accueillir une finale de Coupe du Monde. Une finale exige évidemment des standards très élevés en matière de sécurité, de logistique, d’infrastructures et d’expérience, mais le Maroc a déjà construit une grande partie des capacités nécessaires.

Sur le plan sportif, quelles pourraient être les retombées d’une deuxième finale de Coupe du Monde organisée en Afrique?

Sur le plan sportif, les retombées pourraient être considérables. Après une première Coupe du Monde organisée sur le continent africain, une deuxième finale en Afrique contribuerait à confirmer que notre continent est pleinement capable d’accueillir les plus grands rendez-vous du football mondial.

Cela pourrait d’abord renforcer les investissements dans les infrastructures sportives, mais aussi dans la formation, les académies et l’encadrement technique. Pour nos jeunes joueurs, voir une finale de Coupe du Monde se dérouler sur le continent serait également une formidable source d’inspiration et pourrait susciter davantage de vocations.

Je pense enfin qu’une deuxième finale en Afrique aurait une forte portée symbolique. Elle montrerait que l’organisation des très grandes compétitions ne doit pas être considérée comme l’apanage d’un seul continent. Pour nous, fédérations africaines, ce serait un encouragement à continuer à investir, à nous professionnaliser et à élever nos standards.

Au Burkina Faso, nous sommes particulièrement attentifs à cette dynamique, car le développement du football africain doit bénéficier à l’ensemble de nos fédérations, et pas uniquement au pays qui accueille l’événement.

Est-ce qu’une finale au Maroc pourrait donner un nouvel élan au football africain, notamment auprès des jeunes et des fédérations du continent?

Oui, je le pense profondément. Une finale de Coupe du Monde au Maroc pourrait donner un nouvel élan au football africain, parce qu’elle enverrait un message extrêmement fort à notre jeunesse: les plus grandes scènes du football mondial sont aussi accessibles et peuvent se vivre sur notre continent.

Pour les jeunes, l’impact serait d’abord symbolique et inspirant. Voir les meilleurs joueurs du monde évoluer dans un stade africain, dans une ambiance africaine, peut nourrir les rêves, susciter des vocations et donner davantage de valeur au travail dans nos académies et nos centres de formation.

Pour les fédérations, ce serait également une opportunité de renforcer les standards d’organisation, de formation et de professionnalisation. Un événement de cette dimension peut favoriser le partage d’expériences entre fédérations africaines et encourager de nouveaux investissements dans les infrastructures, les compétitions de jeunes, la formation des entraîneurs et des arbitres.

En tant que président de la Fédération burkinabè de football, je souhaiterais surtout que les bénéfices d’un tel rendez-vous dépassent le cadre des quelques semaines de compétition. Si une finale au Maroc peut laisser un héritage en matière de formation, d’infrastructures, de coopération entre fédérations et d’opportunités pour notre jeunesse, alors son impact sur le football africain pourrait être très important.

«Si la finale de la Coupe du Monde 2030 était organisée au Maroc, ce serait, à mon sens, un message extrêmement fort pour tout le football africain.»

—  Oumarou Sawadogo

Après les performances du Maroc et d’autres sélections africaines ces dernières années, pensez-vous que le continent a aujourd’hui davantage de poids dans le football mondial?

Les performances récentes montrent que le football africain a franchi un cap et qu’il est aujourd’hui davantage respecté et considéré sur la scène internationale.

Le parcours du Maroc à la Coupe du Monde 2022 a été un tournant historique, car les Lions de l’Atlas sont devenus la première sélection africaine à atteindre une demi-finale de Coupe du Monde. Et surtout, ce parcours n’a pas été sans lendemain. En 2026, le Maroc a atteint à nouveau les quarts de finale, devenant la première sélection africaine à atteindre deux fois ce stade de la compétition.

Mais il ne faut pas réduire cette progression au seul Maroc. Le Sénégal, le Cameroun, le Ghana, l’Algérie, la Côte d’Ivoire, l’Égypte et d’autres nations ont également montré, à différents moments, que les sélections africaines peuvent rivaliser avec les meilleures équipes du monde.

La Coupe du Monde 2026 a d’ailleurs constitué une nouvelle étape: dix sélections africaines y ont participé et neuf ont atteint la phase à élimination directe. C’est un indicateur important de la progression collective du continent.

Pour moi, le véritable enjeu maintenant est de transformer ces performances en développement durable. Nous devons investir davantage dans la formation des jeunes, les infrastructures, les compétitions nationales, l’encadrement technique et la professionnalisation de nos fédérations.

Si la finale 2030 est organisée au Maroc, quel message cela enverrait-il selon vous au football africain?

Si la finale de la Coupe du Monde 2030 était organisée au Maroc, ce serait, à mon sens, un message extrêmement fort pour tout le football africain.

Ce serait d’abord la reconnaissance de la capacité du continent à accueillir les événements sportifs les plus prestigieux au monde. Une finale de Coupe du Monde représente le sommet du football international; la voir se dérouler en Afrique montrerait que notre continent peut répondre aux exigences les plus élevées en matière d’organisation, d’infrastructures et d’accueil.

Ce serait également un message de confiance adressé à notre jeunesse. Nos jeunes doivent comprendre qu’ils peuvent rêver grand, que le football africain a sa place au plus haut niveau et que le continent peut être une terre de grands rendez-vous sportifs.

Pour les fédérations africaines, ce serait enfin une invitation à poursuivre les efforts engagés dans la formation, les infrastructures, la professionnalisation et la structuration de nos championnats. L’enjeu serait de faire de cette expérience un héritage qui profite à l’ensemble du football africain.

Une finale de Coupe du Monde au Maroc ne serait pas seulement un événement marocain. Ce serait une vitrine pour l’Afrique tout entière et une occasion de montrer au monde que le football africain a les capacités, les talents et les ambitions pour occuper une place toujours plus importante dans le football mondial.

Par Anas Zabari
Le 09/10/2026 à 15h01