Combien parmi nous ont pris la peine de regarder le sommet Maroc-Canada sur la télévision marocaine? Personne ou presque. Tous ceux qui avaient la possibilité de zapper n’ont pas dû hésiter à le faire. Cela devient une habitude. La télévision marocaine, en matière de foot, ne propose pas grand-chose. La qualité des commentaires et des «analyses» est proche du zéro. Les plateaux proposés sont d’une grande indigence. On n’y apprend rien sur le plan technique, tactique. En dehors des cris accompagnant les situations chaudes, il ne se passe rien. Que des approximations et des généralités débitées sur un ton neutre, sans saveur.
La mission de la télévision ne s’arrête pourtant pas à la diffusion d’un match mais à son animation. Le match fait partie d’un tout. Il faut le rendre vivant parce que l’objectif est de «fixer» le téléspectateur et l’empêcher de zapper. Oui, mais comment? En engageant des speakers entreprenants, enthousiastes et qui comprennent le foot. En invitant des experts qui n’ont pas la langue dans la poche et ont quelque chose à dire. En racontant des anecdotes, en donnant des infos, des chiffres, des stats. En mettant de l’ambiance, du rythme, en racontant une histoire, en mettant en avant le suspense, l’émotion, en proposant en fin de compte un spectacle complet, qui sollicite tous les sens.
A la télévision marocaine, tous ces ingrédients semblent absents. Et ce constat ne s’arrête pas aux matchs des Lions de l’Atlas.
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Pour suivre la dernière journée des «GNF» 1 et 2, disputée hier, il valait mieux se tourner vers les radios privées. Alors que l’identité du champion du Maroc était encore inconnue et pouvait changer d’un moment à l’autre, la télévision marocaine a été, une nouvelle fois, aux abonnés absents. Pas de multiplex mais des matchs commentés par des speakers qui s’ennuient ferme.
Le sommet El Jadida-Berkane (1-3) a touché le fond. Ceux qui l’ont suivi n’en reviennent probablement pas. Alors que les Berkanis étaient virtuellement champions à la pause, le speaker semblait l’ignorer. Complètement blasé, incapable de calculer le goal-average particulier et général des équipes de tête, il donnait l’impression de subir une punition en attendant la fin du match.
Le «niveau» proposé lors du fameux Maroc–Canada (3-0) n’était pas plus excitant. Avons-nous compris les choix tactiques des Lions de Ouahbi et de leurs redoutables adversaires? Non. Avons-nous obtenu des informations à chaud sur la blessure de Saïbari, la durée d’indisponibilité de Riad, le classement des passeurs (dans lequel Diaz est bien placé), les coulisses du vestiaire? Non plus, il ne faut pas rêver…
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Bien sûr, il nous reste les sites d’informations, les podcasts et quelques radios privées pour sauver quelque peu la face. Mais il faut tirer la sonnette d’alarme: quand le football marocain a accompli tant de progrès, au point de tutoyer désormais les sommets, il est inacceptable que la télévision continue de se noyer dans l’amateurisme. C’est une situation préjudiciable, voire dangereuse. Parce que la presse et surtout la télévision peuvent être un levier de développement pour le foot.
La France, que le Maroc défie jeudi prochain, s’est pleinement appuyée sur Canal + avant de prendre son envol footballistique. Et pour comparer ce qui peut raisonnablement l’être, la télévision marocaine a pris du retard même sur ses voisines africaines et arabes. Dramatique et incompréhensible.
