Mondial 2030: Kiribati, le pays qui veut jouer une Coupe du monde avant de disparaître

Eriati Reebo, président de la Fédération kiribatienne de football (KIFF).

Menacé par la montée des eaux et la possible disparition de son territoire, Kiribati fait du football bien plus qu’un sport: un symbole de résistance et un puissant porte-voix sur la scène internationale. À travers un projet ambitieux nourrissant le rêve d’une qualification pour la Coupe du monde 2030, le président de la fédération, Eriati Reebo, explique comment ce petit État du Pacifique entend faire entendre sa voix, entre urgence climatique, identité nationale et espoir sportif.

Le 11/07/2026 à 14h17

Alors que la Coupe du monde 2030 sera organisée conjointement par le Maroc, l’Espagne et le Portugal, un autre récit, bien plus singulier, émerge à des milliers de kilomètres des continents africain et européen. Kiribati, petit État insulaire du Pacifique menacé par la montée des eaux, affiche une ambition inattendue: tenter de participer à la plus grande compétition de football au monde avant que son territoire ne disparaisse.

Derrière ce projet, à la fois sportif, politique et symbolique, se trouve une nation d’environ 100.000 habitants confrontée à une menace existentielle. La montée du niveau des océans, liée au changement climatique, fait peser un risque réel sur l’avenir du pays, au point que certaines projections évoquent une disparition progressive de son territoire.

Le président de la Fédération kiribatienne de football (KIFF), Eriati Reebo, s’est confié en exclusivité à Le360 Sport pour évoquer ce projet hors norme.

Dans ce contexte, le football devient bien plus qu’un jeu. Il se transforme en langage universel, en outil de visibilité et en moyen d’exister sur la scène internationale. Eriati Reebo explique la genèse de cette initiative: «L’idée est née de la combinaison de deux réalités puissantes. La première est la passion de notre peuple pour le football. La seconde est l’urgence climatique qui menace l’avenir de notre pays».

«Atteindre une Coupe du monde est un défi immense pour n’importe quelle nation, encore plus pour un petit pays insulaire du Pacifique comme le nôtre. Mais le football possède une capacité unique à unir les gens et à attirer l’attention du monde», ajoute-t-il.

Une intégration progressive dans le football océanien

Kiribati est aujourd’hui membre associé de la Confédération océanienne de football (OFC). Le pays travaille progressivement à structurer ses bases sportives, notamment à travers le développement du football de base, du futsal et du football féminin.

Mais le chemin reste long. Le président de l’instance le reconnaît: «Nous sommes actuellement membres associés de l’OFC. Nous travaillons avec la confédération afin de renforcer les programmes de base et les structures institutionnelles nécessaires au développement du football».

Il insiste néanmoins sur la volonté de progression du pays: «Il reste encore un long chemin à parcourir avant une intégration complète dans le football international, mais nous restons engagés dans ce processus».

Des défis sportifs… et existentiels

Au-delà des limites sportives, Kiribati doit faire face à des contraintes structurelles majeures: l’isolement géographique, le manque d’infrastructures et des ressources limitées.

Pour Eriati Reebo, la réalité est claire: «Notre principal défi est structurel. Nous sommes un petit pays réparti sur plusieurs îles, avec des ressources limitées. Nous devons développer les compétitions, former les entraîneurs et créer des parcours pour les jeunes talents».

Mais un autre défi, encore plus grave, plane sur le pays: «La montée des eaux affecte directement nos communautés et notre avenir. En réalité, nous essayons de construire le futur du football tout en protégeant celui de notre pays».

Pour donner davantage d’ampleur à cette ambition, la Fédération kiribatienne souhaite mobiliser des figures majeures du football mondial et nouer des partenariats internationaux.

Selon son président, l’essentiel ne réside toutefois pas uniquement dans les noms ou les soutiens obtenus: «L’invitation a été lancée parce que nous croyons que le football dispose d’une communauté mondiale capable de se mobiliser pour des causes qui dépassent le sport».

Le football comme porte-voix du climat

Au cœur de ce projet se trouve une idée centrale: utiliser la visibilité du football pour sensibiliser le monde à la crise climatique. Eriati Reebo insiste sur un point essentiel: «Le football possède une portée que très peu de plateformes ont. Il traverse les frontières, les langues et les cultures».

«Si nous parvenons à relier cette visibilité à la réalité que nous vivons, nous pouvons transformer l’intérêt sportif en prise de conscience mondiale», précise le président de l’instance.

Au-delà de la performance sportive, ce projet est déjà perçu comme un message d’espoir et de résistance pour la population: «Ce projet représente la décision de ne pas être définis uniquement par les menaces que nous subissons. Il incarne la volonté de continuer à rêver, à construire et à participer au monde».

Pour le président, la notion de résilience est essentielle: «La résilience ne signifie pas ignorer les défis, mais avancer malgré eux».

Un pays porté par l’espoir

Depuis l’annonce de cette ambition, la réaction des habitants est largement positive, malgré la conscience des difficultés: «La réponse a été faite de fierté et d’enthousiasme. Les gens savent que le défi est immense, mais ils comprennent aussi l’importance de faire entendre la voix de Kiribati dans le monde».

Interrogé sur le message qu’il adresserait aux grandes instances du football mondial, Eriati Reebo insiste sur l’universalité du jeu: «Le football est plus fort lorsqu’il inclut tout le monde. Nous voulons être considérés non seulement comme un petit pays, mais aussi comme une communauté passionnée qui souhaite contribuer à ce sport».

Le rêve d’une première historique

Enfin, imaginer Kiribati disputer un match de qualification pour une Coupe du monde représente bien plus qu’un simple objectif sportif: «Ce serait bien plus qu’un match de football. Ce serait la preuve qu’un petit pays, souvent absent des cartes et des grandes discussions internationales, a réussi à trouver sa place sur la scène mondiale».

Et de conclure: «Ce jour-là, au-delà du score, le monde nous regarderait. Et pour nous, cela constituerait déjà une immense victoire».

Par Anas Zabari
Le 11/07/2026 à 14h17